L. 525.  >
À Charles Spon,
le 7 mai 1658

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Monsieur mon cher ami, [a][1]

En suite de ma dernière, datée du vendredi 26e d’avril, emortuali Ioannis Fernelii die ante centum annos[1][2] voilà que je me remets à vous écrire afin que soyez participant des nouvelles que nous apprenons de deçà, tam de aula et re bellica, quam de re literaria[2] Vous saurez donc que le roi [3] est parti d’ici le jeudi 25e d’avril avec la reine [4] et toute la cour. On disait que le roi allait à Amiens, [5] il y a envoyé la reine [mais lui et le Mazarin sont allés à Péronne [6] ] falsum[3] L’on dit que c’est pour en ôter le gouvernement au marquis d’Hocquincourt, [7] de peur qu’il n’ait quelque intelligence avec le maréchal son père. [4][8] Laissons-les voyager sur la frontière pour empêcher que les ennemis n’entrent en France ; et en attendant, je vous dirai que voilà que je reçois la vôtre datée du 23e d’avril, pour laquelle je vous rends mille et mille grâces.

Ce 28e d’avril. Je vous remercie d’avoir écrit pour moi à M. Io. Daniel Horstius. [9] Si son cousin [10] fût venu à Paris l’hiver passé, [5] il aurait pu y voir des dissections [11] tout à son aise car on n’y en fit jamais tant : on en a fait quatre publiques en nos Écoles, dont il y en a eu deux de femmes, et plus de six particulières, chez des chirurgiens, qu’il aurait pu voir. Je vous conjure au nom de Dieu de vous souvenir de l’âge de Fernel et de marquer qu’il n’est mort qu’âgé de 52 ans. [6][12] Je ne sais point le lieu du Poitou où est allé M. Dinckel, [13] et n’en ai eu aucune nouvelle depuis son départ ; il m’a dit qu’il n’y serait que six mois, dont il y en a déjà deux de passés. Je n’ai reçu aucune lettre de M. Lyonnet [14] depuis son départ, mais je serais ravi qu’il donnât au public l’ouvrage dont vous me faites mention. [7] Les vertiges [15] menacent ce bonhomme d’apoplexie [16] et j’en ai grand regret. Je vous supplie de l’assurer de mes très humbles services si vous lui écrivez. Il y a ici fort peu de malades, l’hiver y dure encore : il y fit avant-hier autant froid qu’il faisait il y a trois mois, et néanmoins les arbres commencent à pousser ; notre jardinier de Cormeilles [17] était hier céans, qui me disait que tous nos arbres étaient chargés de boutons et qu’ils auraient tous du fruit cette année. C’est qu’il y a environ 400 petits et jeunes arbres que j’y ai fait mettre depuis trois ans et qui commencent à porter ; il y en a d’autres plus vieux, environ 200, sans ceux que j’y ai fait mettre depuis le mois de novembre, et encore la valeur d’un cent que l’on y mettra dans six ou sept mois. Ainsi, nous en aurons de toute sorte et à tout âge : des poires de bon-chrétien, [18] de bergamote, [19] d’amadote, [8][20] des pavies, [9][21] des abricots, [22] des prunes de plusieurs façons, des figues, [23] etc. ; mais l’hiver trop long et trop rigoureux y a tué trois de mes figuiers, si le reste y demeure et continue d’amender, nous y aurons bien du fruit dans deux ans. Notre terre y est assez bonne, mais les étés y ont été bien divers depuis quelque temps. Les bonnes gens disent que les saisons sont changées à cause que le monde est trop méchant, cela pourrait bien être. Quoi qu’il en soit, si tous mes poiriers portent, j’aurai bientôt huit ou neuf cents poires de bon-chrétien d’hiver, sans les autres sortes de bon fruit.

On a tiré de la Bastille, [24] et mis en liberté un certain abbé de Courtenay [25] qui s’était ici rendu suspect à cause du cardinal de Retz ; [26] et en sa place, y ont été mis certains Anglais qui médisaient atrocement de Cromwell [27] et qui n’y sont qu’à sa recommandation, car c’est lui qui a prié pour les y faire mettre. On dit ici que, depuis la mort du feu roi, [28] le meilleur conseil qui ait été pris entre tous a été celui de gagner à nous ce Cromwell et de faire paix avec l’Angleterre ; d’autant que si nous ne l’eussions gagné, l’Espagnol l’eût eu de son côté, qui nous eût bien fait de la peine. Cromwell est fort paisible dans Londres et n’y a ni bruit, ni révolte ; nous sommes en très bonne intelligence avec lui et l’on dit qu’il va nous envoyer 12 000 hommes sur notre frontière, qui, étant joints avec les nôtres, feront une grande et puissante armée, de laquelle on assiégera Gravelines. [10][29]

Comme le roi partait d’ici, un courrier arriva qui apporta une nouvelle qui déplut, de Francfort, [30] savoir que l’empereur [31] serait bientôt élu et que les électeurs s’étaient déjà assemblés trois fois ; [11] et MM. de Gramont [32] et de Lionne [33] avaient auparavant mandé qu’ils avaient obtenu que l’élection ne se ferait de plus de six mois, à quoi l’on s’attendait.

Le duc d’Orléans [34] est parti de Blois [35] le 24e d’avril pour aller à Bourbon, [36] sous ombre de guérir par ces eaux d’une loupe [37] qu’il a au dos, [12] laquelle a par ci-devant été ouverte et s’est encore rouverte depuis. On dit que ce prince, à ses heures de loisir, travaille à notre histoire de France depuis la mort du feu roi. [38] Je voudrais bien avoir vu cela, il peut dire de belles choses de notre gouvernement et de nos deux ministres, tant femelle que mâle. [13] On dit que le cardinal de Retz en fait autant à sa mode ; [14][39] que l’empereur sera bientôt élu ; que les gentilshommes de Normandie, de Bretagne, d’Anjou, du Maine et du duché d’Orléans continuent leurs lettres circulaires et leurs assemblées.

On imprimait ici la Vie des cardinaux illustres en sainteté in‑fo en latin, en trois tomes, de M. d’Attichy, [40] évêque d’Autun, par ci-devant de Riez, [41] et minime ; [42] mais la querelle des imprimeurs et des libraires l’a fait mettre bas. [15] Ces pauvres imprimeurs, [43] ne pouvant gagner leur vie, s’en vont par désespoir à la guerre où la plupart mourront, et puis après on ne pourra plus rien imprimer.

Il y a ici grosse querelle entre les jésuites et les pères de l’Oratoire à cause du P. Senault, [44][45] supérieur des pères de l’Oratoire du faubourg Saint-Jacques, qui a fait trois sermons contre la nouvelle Théologie des cas de conscience des révérends pères de la Société, qui s’en vont écrire contre lui : [16] autel contre autel, guerre de gens désarmés et qui n’ont point d’épée, Arma armis, littora littoribus contraria, fluctibus undas, pugnent ipsique nepotes, odiis mutuis, lingua et calamo[17][46] Il me semble que je n’entends plus parler que de moines, [47] de leurs débauches, de leurs prisons et de leurs querelles. Un grand et nombreux Parlement n’est point capable de les apaiser. Il faudrait, afin d’avoir ici la paix, mettre toute cette vermine monacale dans des bateaux et les envoyer à la Mozambique, [48] ou au royaume de Monomotapa, [49] d’où l’on n’entendrait guère leur bruit ; [18] ou bien dans l’Amérique, [50] pour les y employer à la conversion des sauvages ou travailler aux mines d’or et d’argent qu’ils aiment tant.

On imprime à Genève deux livres nouveaux de M. Daillé, [51] ministre de Charenton, [52] l’un desquels est de Confirmatione, contre le P. Sirmond. [19][53] Je fais état de cet auteur qui est un habile homme et qui écrit bien.

Il est ici mort un vieux notaire nommé M. Richer, [54] âgé de 72 ans et homme fort riche, on dit qu’il laisse un million de biens ; il est mort d’une suppression d’urine [55] avec la gangrène [56] dans la vessie, pour laquelle empêcher, sa vessie lui fut ouverte au périnée quasi calculo eximendo laborasset[20] ce qui l’a fait vivre environ 15 jours plus longtemps qu’il n’eût vécu. Il est mort à Rome d’une mort subite [57] un cardinal vénitien nommé Bragadino. [21][58] Le roi n’a point été à Péronne, mais il y a envoyé deux compagnies de Suisses [59] qui y ont été fort bien reçues. Un de mes amis me vient de prier, que je lui fasse acheter dans Lyon, un livre in‑4o, impression de Lyon, intitulé 3Argoli 2parvus 1Ptolemæus ; [22][60] je vous supplie de vous charger de cette commission, et quand vous l’aurez, nous chercherons le moyen de le faire venir. Vous en mettrez le prix sur mes parties, il y a bien encore autre chose que je vous dois ; vous pouvez le mettre avec le Io. Heurnius, [61] qui pourra être fait en ce temps-là, et duquel vous ne m’avez rien appris par votre dernière. [23]

Ce 30e d’avril. On dit qu’il est arrivé ce matin une bonne nouvelle de Francfort, en vertu de laquelle l’élection de l’empereur pourra être différée. M. le maréchal de Gramont n’a pas voulu recevoir la visite de l’électeur de Saxe, [62] d’autant qu’il avait été voir le premier le comte de Pigneranda, [63] ambassadeur d’Espagne. [24] Vous savez quels droits nous avons de préséance par-dessus tous les autres princes de l’Europe, en tant que nous sommes les fils aînés de l’Église ; il n’y a que ces Morisques d’Espagne [64] qui aient l’impudence et l’effronterie de nous disputer ce droit de primogéniture ecclésiastique. [25]

Je viens de recevoir une lettre de Gênes [65] en latin écrite par un certain docteur en médecine nommé Paulus Franciscus Pallierius, [66] qui se dit avoir été écolier de feu M. Alcide Musnier, [67] par laquelle il m’annonce la mort dudit Musnier, que je savais bien, et même vous me l’aviez mandé ; cela m’en a renouvelé la douleur, mais je n’y sais point de remède. Sa lettre est datée du dernier de janvier et ne l’ai reçue qu’au bout de trois mois. Je voudrais qu’il m’eût mandé le jour de la mort de ce précieux ami qui a été si fort malheureux. [26]

Ce 1erde mai. On dit ici à l’oreille que le cardinal de Retz est quelque part en Allemagne où il a [cru] être assassiné. Il ne s’en est fallu que demi-heure : deux de ses domestiques l’avaient vendu ; il montait à cheval, déguisé et inconnu, avec ces deux traîtres pour faire un petit voyage ; à demi-heure delà, 30 cavaliers le devaient rencontrer et le massacrer malheureusement ; mais ayant reçu l’avis de sa mort infaillible et comme il était averti par ce billet que ces deux coquins, siens domestiques auxquels il se fiait le plus, étaient ceux qui le trahissaient, il descendit et fit arrêter ces deux malheureux pendards. Voilà ce qui m’en a été dit ce matin. Si cela est vrai, Dieu sait de quelle part vient ce mauvais dessein : ou du prince de Condé qui a par ci-devant été son rude ennemi, ou de quelque autre qui ait peur de la fortune de cet homme exilé si jamais il revient de si loin. [27]

Si l’on vend à Lyon un livre in‑fo intitulé Annales Massilienses[28][68] je vous prie de me l’acheter, en blanc ou relié, et de me l’envoyer à la première commodité avec le Heurnius [69] ou quelque autre. M. de Turenne, [70] que les courtisans appellent Thomas a Kempis [71] à cause qu’il excelle dans l’intelligence et dans l’art de camper une armée (Pyrrhus primus omnium docuit castrametationem, à ce que dit Plutarque [72] in Annibale), [29][73][74][75][76] est parti ce matin ; mais on ne dit rien encore du dessein d’assiéger, on soupçonne seulement que ce sera Gravelines pour cette année et que Cromwell doit envoyer 12 000 hommes par ses vaisseaux d’Angleterre, qui débarqueront à nos ports. Il faut prendre patience, donec transeat iniquitas ; leniter ferendum est quod emendari non potest : Deus enim ferreo seculo nos inclusit[30] Il n’est pas jusqu’à la saison qui ne soit fort déréglée : il y a neuf mois entiers qu’il fait froid à Paris, car nous l’avons eu sensible dès le mois d’août ; septembre et octobre, il a fait froid et humide ; le grand hiver est venu, qui a duré jusqu’à présent ; le 26e et le 30e d’avril derniers, il fit ici autant froid qu’en janvier. Ce grand et long froid a merveilleusement concentré et poussé les humeurs in penetralia corporis. Adeat ex impedita transpiratione insensibili adaucta putredo, multorum morborum cacoethia non vulgari præditorum proventum minetur, cum multa pernicie et strage ; et ne quid desit ad infelicitatem et perniciem nostram, pestilentes morbi vigebunt ante autumnum, quibus percurandis impares erunt theriaca, mithridatium, confectiones alkermes et de hyacintho, et aliæ similes Arabum quisquiliæ. In tanta segete malorum facile est hariolari, sed utinam sim vanus aruspex[31][77][78][79][80][81][82]

Le roi de Hongrie[11] [83] est sorti de Francfort avant Pâques et est allé passer la fête à Mayence. [84] Le roi est à Amiens. Le Mazarin [85] a envoyé la femme [86] de M. de Fargues [87] dans Hesdin [88] pour y traiter avec son mari, cela fait dire qu’il y a encore espérance. Il y a révolte devers Sens [89] de plusieurs villages contre les exacteurs et collecteurs des tailles, [90] c’est à Saint-Fargeau [91] que la querelle a commencé. Si vous achetez le Ptolomæus parvus Argoli[22] je vous supplie de me l’envoyer au plus tôt par le messager ou le coche de Lyon : voilà un honnête homme, pour qui c’est, qui m’en vient derechef de prier. Excusez< -moi > de tant d’importunités que je vous donne, c’est votre courtoisie même qui me fait pécher tant de fois et si souvent contre votre bonté ; nosti veterem versiculum Martialis[92]

Omnis inhumanos habet officiosus amicos[32]

La Bible nouvelle [93] que l’on fait en Angleterre, de plusieurs langues et en plusieurs tomes, est presque achevée ; [33][94] il y aura six tomes, lesquels reviendront en blanc à 200 livres ou très peu moins. Elle n’est pas de si beau papier ni de si belle impression que celle de Paris, [95] mais il y a quelque texte ou quelque langue davantage. [34][96] Celle de Paris ne s’est guère bien vendue, voire même presque point, et a été malheureusement décriée par je ne sais quel rencontre de gens qui prétendaient plusieurs fautes dans les versions. Entre autres, il y a eu un de nos professeurs du roi en hébreu, nommé M. de Flavigny, [35][97] qui en a fait quelques petits livres exprès ; et cette non-vente a ruiné celui qui en avait fait la dépense, qui était un riche avocat nommé M. Le Jay, qui, étant devenu veuf, a été fait doyen de Vézelay, ville natale de M. Théodore de Bèze [98] qui a si heureusement travaillé sur le Nouveau Testament. [36]

M. de Bar [99] est allé à Hesdin avec la femme de M. de Fargues pour accorder la reddition d’Hesdin moyennant 100 000 écus qu’on leur donne et le gouvernement qu’on leur laisse pour trois ans, au bout desquels ils remettront la ville entre les mains du roi ; et c’est Cromwell qui les assure de la parole que le roi leur donne, etc. ; mais à tout cela, il n’y a encore rien d’assuré. Ceux qui tiennent Hesdin ont découvert une conspiration : c’est qu’un nommé Sainte-Marie Papillon, [100] qui commandait là-dedans une compagnie, avait été gagné et devait laisser entrer les troupes du roi dans Hesdin par la porte à laquelle il commanderait le jour qu’il serait en garde ; cela a été découvert et a été mis prisonnier ; le lendemain, on l’a trouvé mort dans la prison, i. poignardé, et sa baïonnette près de lui afin de faire croire que lui-même s’est poignardé. J’ai connu cet homme, ce n’était qu’un fripon débauché, enfant de Paris, glorieux et superbe, fils d’un tireur d’armes.

L’élection de l’empereur est reculée. Avant que d’en venir là, les électeurs veulent tâcher de faire faire la paix générale et d’y porter les deux couronnes par leur médiation ; à cause de quoi ils ont délibéré d’envoyer en France et en Espagne deux ambassadeurs. Celui qui viendra ici est le comte de Furstenberg, [37][101] celui qui ira en Espagne est du Conseil de Mayence. [102] Après leur retour, on parlera d’élire un empereur ; mais je crois que, inter illas moras[38] on verra ce qu’entreprendra, du côté de l’Allemagne, le roi de Suède. [103] On ne sait aussi encore rien d’assuré du dessein de Cromwell ni de tant de troupes que l’on fait aller à Calais et là alentour, si ce n’est pour attaquer Gravelines ou Dunkerque. [104] Quelques-uns disent que Cromwell a dessein d’envoyer une puissante armée navale contre l’Espagne, en quoi il sera aidé des Portugais, et que si les Hollandais se mêlent contre lui, qu’il ne leur pardonnera pas. M. de Neuchèzes, [105] évêque de Chalon-sur-Saône, [106][107] est mort. [39] Voilà un évêché et trois bonnes abbayes qui tombent dans la ferme des bénéfices dont M. Ondedei, [108] secrétaire de l’Éminence et évêque de Fréjus (mais dont il n’a pu encore avoir les bulles), [109] est le dispensateur, nummis præsentibus et auro numerato[40]

Ce 3e de mai. M. Henry [110] est ici fort en peine pour le portrait de feu M. Gassendi [111] que Nanteuil, [112] célèbre graveur, doit faire ; et même le devait rendre tout fait dès le mois de novembre passé. Ces bons ouvriers se font merveilleusement courtiser : il a reçu de l’argent d’avance il y a près de 10 mois et néanmoins, on n’en peut venir à bout ; je crois sans hyperbole que M. Henry, depuis ce temps-là, y a fait plus de 300 voyages ; c’est un martyre que d’avoir affaire à de tels ouvriers. Itque reditque viam toties[41] il n’a fait qu’aller chez M. de Montmor [113] et chez Nanteuil, et n’avance rien per ignaviam illius artificis ; [42] et néanmoins, tout ce travail lui semble doux à cause de feu M. Gassendi, dont il chérit tendrement la mémoire, et pour M. Devenet [114] qui est son bon ami. Un homme m’a dit aujourd’hui que le Paracelse [115] ne sera pas sitôt achevé et que M. Chouët, [116] libraire de Genève, viendra bientôt à Paris où il apportera bien des livres. Je pense que c’est celui qui a réimprimé l’an passé l’Hippocrate de Foesius. [43][117][43][118] On dit ici que Bouteville [119] est entré dans Hesdin avec des troupes du prince de Condé, [44] et que La Rivière [120] et de Fargues ont touché 450 000 livres de l’argent d’Espagne pour récompense de leur trahison ; même l’on dit que le prince de Condé a écrit à quelqu’un qu’il était maître d’Hesdin comme de Rocroi. [121]

Ce 6e de mai. Il est aujourd’hui venu à ma leçon un jeune homme natif d’Amsterdam, [122] nommé M. de La Fontaine, [123] qui m’a dit vous avoir vu et salué à Lyon, et qu’il vous veut écrire. Je l’ai exhorté de m’apporter sa lettre, que je la mettrais dans mon paquet. Je leur ai fait une fort bonne et fort utile leçon de la dysenterie. [124] J’avais plus de cent auditeurs, [125] cela me donne de la satisfaction et du courage pour continuer : Excitat auditor studium, laudataque virtus crescit, etc[45][126]

Ce 7e de mai. Voilà M. de La Fontaine qui me vient de rendre celle que je vous envoie. Il est ravi d’avoir assisté hier à ma leçon et dit qu’il n’en perdra aucune, tant il est content. Il dit que vous lui aviez montré quelques-unes de mes lettres et entre autres, celle dans laquelle je parlais que je ne voulais point aller à Bologne. [46][127][128] Je m’étonne comment vous gardez toutes ces lettres, cela ne vaut rien qu’à allumer du feu. Vous m’obligerez de les y jeter [129][130] et de croire que je serai toute ma vie, Monsieur, tuus ære et libra, [47]  G.P.

De Paris, ce 7e de mai 1657 < sic pour 1658 >.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 7 mai 1658

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(Consulté le 16.10.2019)