Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 1D. Novembre 1650-novembre 1651, Affaires de l’Université
Note [37]

V. les commentaires datés des 12 et 19 juin 1651 dans les Décrets et assemblées de la Faculté de médecine pour les courriers échangés par Jean Mulot et Guy Patin sur cette houleuse élection. César Egasse Du Boulay a donné une relation fort circonstanciée de cette élection du procureur fiscal de l’Université en 1651 (Du Boulay a, pages 25‑28) :

« Ledit Ruault {a} ayant exercé cette charge jusques au mois de mars de l’année 1623, il la résigna à M. Jacques Du Chevreul, professeur en philosophie au Collège d’Harcourt, lors recteur, et l’Université agréa cette résignation le 21 mars 1623 […]. Trois jours après, il quitta le rectorat et fit son successeur M. Jean Aubert, lors professeur en rhétorique au Collège de Calvy. {b}

Ce célèbre philosophe a exercé ladite charge avec toute la satisfaction imaginable jusques à l’an 1649, qu’étant décédé, l’on a été près de dix-huit mois sans pouvoir convenir d’un successeur, à cause des contestations qui sont survenues dans l’Université depuis le 7 octobre 1647, que les doyens s’opposèrent à ce que les procureurs eussent égale distribution avec eux à la reddition des comptes de l’Université. Tellement que plusieurs assemblées ayant été tenues pour aviser à l’élection d’un procureur syndic, et les compagnies se trouvant partagées, les unes pour M. Pierre Le Coq, les autres pour M. Pierre Daniel, ancien régent du Collège de Navarre, d’autres tâchant d’y faire entrer, contre la coutume, M. Paul Courtois, docteur en médecine, enfin, le 7 juin 1651, M. Jean Courtin ayant tenu une assemblée des députés ordinaires aux Mathurins, tous, à la réserve du doyen de théologie, élurent M. François Du Monstier, ancien professeur des humanités au Collège de Navarre, et aussi ancien recteur. {c} Voici ce que porte l’acte de son élection :

Anno Domini 1651. die 7. Iunij apud Mathurinenses hora 7. matutina convenerunt venerabiles et circunspecti viri M.M. Ioannes Mulot, Theologiæ Decanus, Philippus de Buisine, Iuris Canonici Decanus, Guido Patin, Medicinæ Decanus, Petrus le Coq et Bonus de Merbes, Galliæ et Picardiæ Procuratores, Nicolaus Isambert, Normaniæ Exprocurator, Alexander Pendric, loco Procuratoris Germaniæ. Magistri studiorum Universitatis ex Mandato Clarissimi viri Ioannis Courtin, Rectoris Amplissimi, per eiusdem Universitatis Apparitores legitime denunciato. Tum D. Rector dixit. Viri Academici, hic est mensis decimus octavus ex quo Clarissimus vir M. Iacobus du Chevreul, qui cum in cæteris, tum in Procuratoris Fisci Academiæ munere per septem et viginti circiter annos obeundo præclare se gessit, diem suum obijt magno Reipub. litterariæ damno : iam vero Academiæ plurimum interest, ut tandem huic muneri maxime idoneus præficiatur. Cum de hoc iam sæpius disceptatum fuerit tum apud Facultates superiores, tum apud Nationes. Quamobrem pro vestra prudentia e viris cum doctrina, tum virtute coniuncta, tum rerum peritia atque adeo industria ac diligentia conspicuis qui longe plures sunt in Academia, deligite quem huic muneri magis idoneum noueritis. Tum D. Mulot dixit mandatum sibi ut eiusmodi Electioni intercederet ; donec de ea suam consuluisset Facultatem : ac proinde se intercedere quominus ea de re amplius deliberetur : atque adeo suæ intercessionis instrumentum efflagitare : quod si suæ intercessionis nulla habeatur ratio, iam per præsentes Notarios contestando denunciare irritam fore eiusmodi electionem. Cum vero Notarij eiusmodi denunciationis instrumentum recitare vellent, dixit D. Rector, Exspectate tantisper, dum amplius deliberetur de illa intercessione, postea liberum vobis erit, quod iuris erit, denunciare. Postea D. Rector sapientissimum Theologiæ Decanum monuit non esse iam quod hisce Comitijs intercederet, cum de Procuratore Fisci designando toties deliberatum fuerit apud suam Facultatem : cuius rei iampridem fecit fidem sapientissimus vir M. Iacobus Pereyret, summus Regiæ Navarræ Moderator, Doctor et Regius Theologiæ Professor, qui in Comitijs Amplissimi D. Rectoris et DD. Deputatorum eiusdem Universitatis apud eandem Navarram habitis 1650. 15. Octob. cum ageretur de nominando Procuratore Fisci Academiæ, eundem D. le Cocq suæ Facultatis nomine designavit Fisci Procuratorem, in cuius tamen sententiam tunc non est facta conclusio. Quare iam penes ipsum Decanum pro sua prudentia Academiæ providere.

Cum vero D. Mulot Rectoris Amplissimi monitis acquiesceret, statim a venerando consessu tum a D. Lagaut, Doctore Sorbonico, tum ab ipsis Notarijs auulsus est et abstractus. Nihilominus re per Ampliss. D. Rectorem in deliberationem adducta, placuit cæteris Decanis et 4. Procuratoribus alternis suffragijs suarum facultatum et Nationum nomine de sufficiendo Procuratore Fisci iam nunc deliberari. Et ita per D. Rectorem conclusum fuit. tum D. de Buisine consultissimæ Iuris Canonici Facultatis Decanus, D. Patin saluberrimæ Medi. Facultatis Decanus, MM. Petrus le Cocq, bonus de Merbes, honorandæ Galliæ et fidelissimæ Picardiæ Procuratores, Nic. Isambert venerandæ Normaniæ Exprocurator, eiusdem Proprocurator, et Alexander Pendric, loco Procuratoris constantissimæ Nationis Germaniæ, ubi Clarissimi viri M. Francisci du Monstier Viri rectotorij, Eloquentiæ Professoris, egregias animi dotes maximaque in Academiam merita certatim commendarunt, eundem D. du Monstier tametsi absentem, eodem quo supra suarum Facultatum et Nationum nomine alternis suffragijs Procuratorem Fisci, seu Syndicum Academiæ designarunt, atque adeo in locum demortui M. Iacobi du Chevreul consensu communi suffecerunt. Et ita per D. Rectorem conclusum fuit. Tum ijsdem DD. placuit eundem D. du Monstier e Choletæo, ubi commoratur, a D. de Merbes, me Scriba adiuncto statim accersiri. Huic viro ita accersito, ubi se stitit coram ijsdem Dominis, ab Amplissimo D. Rectore renunciatum est ipsum Venerandi Consessus communi consensu nominatum fuisse Procuratorem Fisci seu Syndicum Academiæ. Tum D. du Monstier, gratias egit Academiæ quammaximas, atque adeo sese excusatum voluit, quod et alijs nominibus iam sit Universitati studiorum maxime devinctus, et non desint qui hoc munere præclare defungantur. Cum vero ijdem DD in sua conclusione constanter perseverarent, D. du Monstier dixit, Vestrum est Imperium, mihi vero Obsequii Gloria ; atque adeo solenne Sacramentum præstitit in manibus Amplissimi D. Rectoris, et suffectus est in locum demortui Clarissimi viri M. Iacobi du Chevreul Procuratoreis Fiscalis seu Syndici Academiæ Novissimi. His ita peractis dimissa sunt Comitia. {d}

Ainsi l’Université crut ne pouvoir pas mieux témoigner sa gratitude à ce grand homme, au refus dudit sieur Courtin, recteur, qui, voulant prendre le bonnet de docteur, renonça volontairement à ses droits, qu’en lui donnant la première charge publique qui eût vaqué après son rectorat, pour ne l’avoir pas pu faire pendant les trois ans qu’il fut recteur, pendant lesquels il assura par son éloquence le Pré-aux-Clercs à l’Université et les messageries aux quatre nations de la Faculté des arts. » {e}


  1. Le 23 décembre 1617, Jean Ruault (v. note [10] du Borboniana 2 manuscrit), alors recteur de l’Université, avait obtenu la charge de procureur fiscal, en remplacement de Christophe Barberousse, récemment décédé.

  2. V. notes [6], lettre 211, pour Jacques Du Chevreul, et [44] du Borboniana 3 manuscrit pour le Collège de Calvi.

  3. V. notes :

  4. « Le 7 juin 1651, aux Mathurins, à 7 heures du matin, se réunirent les hommes vénérables et avisés que sont MM. Jean Mulot, doyen de théologie, Philippe de Buisine, doyen de droit canonique, {i} Guy Patin, doyen de médecine, Pierre Le Cocq et Bon de Merbes, procureurs des Nations de France et de Picardie, Nicolas Isambert procureur sortant de celle de Normandie, Alexander Pendric, tenant lieu de procureur en celle d’Allemagne. {ii} Un mandement du très éminent recteur, M. Jean Courtin, notifié dans les règles par les appariteurs de l’Université, avait convoqué ceux qui dirigent ses étudiants. M. le recteur leur dit d’abord : “ Voici dix-huit mois que le très distingué M. Jacques Du Chevreul nous a quittés, au grand dam de la république des lettres, après avoir fort brillamment assuré, parmi ses autres occupations, la charge de procureur fiscal durant environ vingt-sept ans. Pour l’Université, il est de toute première importance qu’un homme parfaitement capable s’acquitte de cet office, comme il en a déjà été maintes fois débattu, tant au sein des facultés supérieures qu’en celui des nations. Voilà pourquoi, en raison de votre sagesse, parmi les très nombreux maîtres de notre Université qui se sont fait remarquer tant pour leur science, jointe à leur vertu, que pour leur connaissance des affaires, leur assiduité et leur diligence, je vous prie de choisir celui que vous tenez pour le plus capable d’occuper cette fonction. ” Ensuite, M. Mulot dit que sa participation à cette élection était soumise à une consultation préalable de sa Faculté, et qu’il n’y participerait donc qu’après qu’elle en aurait plus amplement délibéré, exigeant que son opposition fût prise en compte ; et ce avec tant d’insistance que, si tel n’était pas le cas, il ferait attester par les greffiers {iii} présents la nullité de ladite élection. M. le recteur repartit alors : “ Puisque les greffiers veulent prononcer un avis sur la validité de votre objection, prenez le temps que vous voudrez pour en délibérer plus amplement avec eux ; et ensuite, libre à vous de décider ce que le droit juge légitime de faire. ” M. le recteur avertit néanmoins le très sage doyen de théologie qu’il n’avait pas le pouvoir de suspendre maintenant cette réunion puisque sa Faculté avait déjà maintes fois délibéré sur la désignation d’un procureur fiscal, ainsi qu’en a témoigné, voici longtemps déjà, le très avisé M. Jacques Pereyret, principal du Collège de Navarre, docteur et professeur de théologie : {iv} lors de la réunion de M. le très éminent recteur et de MM. les députés de l’Université, qui s’est tenue audit Collège de Navarre, le 15 octobre 1650, pour débattre sur la désignation du procureur fiscal de l’Université, ledit Pereyret a désigné, au nom de sa Faculté, M. Le Cocq pour cette charge, mais sans qu’aucune conclusion n’ait été portée sur cet avis ; il appartient donc au doyen de théologie lui-même de respecter la compétence de l’Université.

    Bien que M. Mulot acquiesçât aux remarques du très éminent recteur, la vénérable assemblée, aussi bien que M. Lagault, {v} docteur de Sorbonne, et les greffiers eux-mêmes l’ont exclu et expulsé sur-le-champ. Nonobstant, M. le très éminent recteur ayant mis l’affaire en délibération, et les deux autres doyens et les quatre procureurs ont accepté, au nom de leurs facultés et nations, de procéder immédiatement à la désignation du procureur fiscal ; et ainsi M. le recteur en a-t-il conclu. Alors, MM. de Buisine, doyen de la très avisée Faculté de droit canonique, Patin, doyen de la très salubre Faculté de médecine, Pierre Le Cocq et Bon de Merbes, procureurs de l’honorable Nation de France et de la très fidèle Nation de Picardie, Nicolas Isambert procureur sortant de la vénérable Nation de Normandie, et son futur procureur, et Alexander Pendric, tenant lieu de procureur de la très constante Nation d’Allemagne {vi} ont vanté à l’envi les heureuses qualités d’esprit et les insignes mérites académiques du très distingué M. François Du Monstier. Bien qu’il ne fût pas présent à la réunion, leurs suffrages exprimés tour à tour l’ont désigné à l’unanimité pour occuper la charge de procureur fiscal ou syndic de l’Université, en remplacement de feu M. Jacques Du Chevreul ; et ainsi en a-t-il été conclu par M. le recteur. Ces mêmes Messieurs ont alors jugé bon d’envoyer aussitôt M. de Merbes, en compagnie du greffier que je suis, chercher ledit M. Du Monstier au Collège des Cholets, {vii} où il réside. Une fois le maître arrivé dans la salle, il se plaça face à ces Messieurs et M. le très éminent recteur annonça qu’après en avoir été reconnu digne, il avait été unanimement désigné procureur fiscal ou syndic de l’Université. M. Du Monstier exprima alors son extrême reconnaissance, mais pria qu’on voulût bien l’excuser de décliner cette nomination, prétextant, entre autres raisons, qu’il était encore fort attaché à ses enseignements académiques et qu’il ne manquait pas d’autres maîtres capables d’assurer cette charge ; mais comme lesdits Messieurs persistaient obstinément dans leur conclusion, M. Du Monstier dit : “ À vous le pouvoir d’ordonner, à moi la gloire d’obéir. ” Ensuite, il prêta solennellement serment entre les mains de M. le très éminent recteur et fut nommé tout nouveau successeur du très distingué M. Jacques Du Chevreul dans la charge de procureur fiscal ou syndic de l’Université. Cela fait, l’assemblée se dispersa. »

    1. V infra. note [43].

    2. V. notes [26] et [11] des Affaires de l’Université en 1651‑1652 pour Bon de Merbes et Alexander Pendric. Nicolas Isambert pouvait être neveu du théologien homonyme qui était mort en 1642 (v. note [6], lettre 19).

    3. Les deux greffiers (tabelliones), notaires (notarii) ou scribes (scribæ) de l’Université dressaient ses actes, rédigeaient les comptes rendus de ses assemblées, tenaient à jour ses registres et classaient ses archives.

    4. V. supra notule {d}, note [28], pour Jacques Pereyret ; son titre de Regius Theologiæ Professor n’est pas à prendre ici au sens de « professeur de théologie au Collège royal de France », mais au sens de « professeur de théologie au Collège royal de Navarre » (Regia Navarra).

    5. Jérôme Lagault, docteur en théologie de Sorbonne, accompagna François Hallier (v. supra notule {b}, note [28]) à Rome en 1652 pour obtenir du pape la bulle Cum occasione condamnant les Cinq Propositions de Jansenius. Il mourut en 1653.

    6. V. note [8], lettre 679, pour toutes ces épithètes consacrées à la désignation des facultés et nations de l’Université de Paris.

    7. Le Collège des Cholets, fondé en 1295 sur l’héritage du cardinal Jean Cholet pour accueillir des étudiants originaires des diocèses de Beauvais et d’Amiens, se situait près de la Sorbonne.

  5. Toutes ces louanges sont décernées au recteur Jean Courtin : il n’était alors que licencié du Collège de Navarre et renonça à devenir docteur, désireux de céder son tour à Du Monstier ; ce qu’il n’eut pas occasion de faire durant les trois années de son rectorat, qu’il illustra par l’exploitation foncière du Pré-aux-Clercs, au profit de l’Université, et par le maintien des lucratives messageries de l’Université qui étaient placées sous le contrôle de la Faculté des arts.

    François Du Monstier demeura procureur fiscal jusqu’à sa mort survenue en 1661, deux ans après son exil à Tours en raison de son adhésion au jansénisme.


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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Commentaires de la Faculté rédigés par le doyen Guy Patin (1650-1652) : 1D. Novembre 1650-novembre 1651, Affaires de l’Université. Note 37

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(Consulté le 06.12.2021)

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