À André Falconet, le 6 novembre 1666
Note [6]

Guy Patin connaissait bien et saluait ici avec enthousiasme la parution du Scaligerana, sive excerpta ex ore Iosephi Scaligeri per F.F. P.P. (fratros Puteanos) [Scaligerana ou les extraits de la conversation de Joseph-Juste Scaliger {a} (recueillis par les frères Dupuy)] (Genève, Petrus Columesius, 1666, in‑8o), toute première de nombreuses éditions du recueil à grand succès qui inaugura le genre littéraire des ana (v. l’Introduction aux ana de Guy Patin).

  • Les frères Jean et Nicolas de Vassan, suivis par Pierre et Jacques Dupuy, {b} avaient réuni, puis laissé en sommeil les textes permettant à Isaac Vossius {c} de mettre au jour ce Scaligerana (ou Scaligeriana) de 1666, florilège de bons mots, français et latins, prêtés à Joseph Scaliger, mais brûlot calviniste qu’apparemment aucun libraire français n’avait osé imprimer jusque-là. {d} L’année suivante, Jean Daillé, {e} mécontent du résultat, le publia de nouveau, revu et corrigé. Ils furent suivis (1669) de l’autre Scaligerana, du Perroniana (pour le cardinal Jacques Davy Duperron) {f} et du Thuana (pour Jacques-Auguste i de Thou, président au Parlement de Paris et auteur de la volumineuse Histoire de son temps). {g}

  • L’intitulé des deux Scaligerana a suivi l’ordre chronologique de leur recueil, et non de leur parution : le premier (Prima Scaligerana), colligé par François de Saint-Vertunien, marquis de Lavau, {g} est celui de 1669 (dont Guy Patin n’a pas parlé dans ses lettres), qui couvre la période 1574-1593 ; celui de 1666, sur les années 1604-1606 de la vie de Scaliger, est alors devenu le second (Secunda Scaligerana). L’article de Jérôme Delatour, Pour une édition critique des Scaligerana (Bibliothèque de l’École des chartes, 1998 ; 156‑2 : 407‑450), fournit une étude détaillée sur les sources manuscrites, les rédacteurs et la genèse de ces deux anthologies, dont la compilation la plus complète a été publiée par Pierre de Maizeaux (Amsterdam, 1740). {i}


    1. V. note [5], lettre 34, pour l’illustre Joseph-Juste Scaliger, mort en 1609.

    2. Pierre et Jacques Dupuy (respectivement morts en 1651 et 1656, v. note [5], lettre 181) avaient repris et édité les textes recueillis par les frères Vassan (v. la fiche biographique de Jean de Vassan, mort en 1652).

    3. V. note [19], lettre 220, pour l’érudit hollandais Isaac Vossius, fils de Geradus Johannes.

      En lisant entre les lignes, on sent Patin comme un peu morfondu d’avoir laissé passer l’occasion d’éditer lui-même le Scaligerana.

    4. Épître intitulée Typographus Lectori [L’imprimeur au lecteur] de la toute première édition (1666) :

      Damus, benigne Lector, quæ Jacobus et Petrus Puteani, fratres, ex ore Clarissimi et Doctissimi Viri Josephi Scaligeri exceprta, chartæ olim mandarunt. Descripsit illa Claudius Saravius ex schedis Puteanorum. Alius Vir Doctissimus digessit illa in ordinem Alphabeticum. Vel solum Scaligeri nomen, ut gratum tibi sit hoc opusculum, sufficere arbitror. Itaque non multus ero in eo commendando cum bona merx præcone non egeat. Vale et fruere, mi Lector.

      [Nous te donnons ici, bienveillant lecteur, ce que les frères Jacques et Pierre Dupuy ont recueilli de la bouche du très savant M. Joseph Scaliger, et couché sur le papier. Claude Sarrau {i} l’a transcrit à partir de leurs cahiers. Un autre très savant homme en a rangé les articles dans l’ordre alphabétique. {ii} Je pense néanmoins suffisant que tu en saches gré au seul talent de Scaliger. Je ne m’attarderai pas davantage à te recommander cet ouvrage, car bonne marchandise n’a pas besoin de crieur public. Profite et porte-toi bien, mon cher lecteur].

      1. V. note [14], lettre 201.

      2. Sans mention de la contribution initiale des frères Vassan.

    5. V. note [15], lettre 209, pour le pasteur calviniste français Jean Daillé.

    6. V. note [20], lettre 146, pour le cardinal Duperron.

    7. V. note [4], lettre 13, pour Jacques-Auguste i de Thou.

    8. V. note [5] du Patiniana I‑4, pour François de Lavau, médecin de Poitiers (mort en 1605).

    9. Édition que j’ai employée pour mon travail sur Patin, v. notre Bibliographie.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 6 novembre 1666. Note 6

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(Consulté le 18.09.2021)

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