Autres écrits : Ana de Guy Patin :
L’Esprit de Guy Patin (1709),
Faux Patiniana II-3
Note [57]

Le propos sur Niphus se lit dans le Thuana, c’est-à-dire l’ana de Jacques-Auguste i de Thou, paru pour la première fois à Cologne en 1661 (pages 13‑14 de la réédition d’Amsterdam, 1740) :

« Étant à Padoue, Augustinus Niphus, neveu de ce grand philosophe Augustinus Niphus, {a} me parla de Scaliger, et me dit que la vérité était qu’il ne venait point des Scaliger de Vérone, et qu’il venait de Benedetto Bordone, qui demeurait à la strada della Scala à Venise, et l’assura qu’il < en > était ainsi. Comme j’en voulus parler à M. de Foix, {b} M. de Foix me dit que Niphus se plaignait fort de Julius Scaliger pour ce qu’il avait méprisé son oncle, et qu’il semait cette imposture de sa famille pour se venger de lui, et que ce qu’a écrit Scioppius {c} a pris son origine de Niphus, qui le disait à tout le monde. Ce fut en 1573 que Niphus me fit ce conte.

Lipsius {d} disait sur ce débat de l’origine de Jules et Joseph Scaliger que ceux de Vérone devraient tirer leur origine de ceux-ci, à cause de leur doctrine, et qu’ils étaient plus nobles que Vérone entière. »


  1. Augustinus Niphus, philosophe italien du xvie s. (v. notes [7], lettre 108, et [25], lettre 484).

  2. Paul de Foix (v. note [31] du Borboniana 3 manuscrit), avec qui de Thou avait fait son voyage en Italie en 1573-1575.

  3. V. note [10], lettre 104, pour les virulentes attaques de Caspar Scioppius contre la noblesse des Scaliger.

    En se fondant sur une notice de Michel de Marolles (v. note [72], lettre 183), dans ses Mémoires (Paris, 1656, page 256), un petit article du Dictionnaire de Moréri (Paris, 1718, tome 5, page 294) fait intervenir un certain Scipion Scaliger, chevalier de l’Escale dans l’Ordre de Malte et intime ami de Scioppius, qui dénonçait les fausses allégations des autres Scaliger sur leurs nobles ascendances.

  4. V. la lettre que Juste Lipse a écrite à Joseph Scaliger le 12 mars 1606, dans la dernière notule {c} de la note [26] du Grotiana 1.

V. note [12] du Naudæana 2 pour Melchior Guillandinus et son commentaire (Venise, 1572) des trois chapitres de L’Histoire naturelle où Pline l’Ancien a parlé « du Papier ». Joseph Scaliger y vit de nombreuses erreurs et rédigea des Notæ in Guillandinum [Notes sur Guillandin], qu’il fit circuler sans les faire imprimer. Plus tard, la querelle s’envenima, comme en témoigne (entre autres) ce passage de la lettre que Scaliger a écrite à Isaac Casaubon le 15 juin 1605 (Epistola cviii, livre ii, édition de Leyde, 1627, pages 287‑288) :

Pater meus fratrem majorem natu habebat, nomine Titum. Ab eo ille distinguebatur cognomine “ a Burden ”. Nunquam enim Pater meus, aut in aula Maximiliani Cæsaris, aut in Italia alio nomine vocatus fuit, quam “ Iulius Cæsar a Burden ”, aut “ Comes a Burden ” : Itali vocabant eum “ Tonsum a Burden ”. Lilius Gregorius Gyraldus, familiaris Patris, mentionem ejus faciens in recentioribus Poetis, vocat eum “ Burdonium ” : si  “Burdenium ” dixisset, verum dixisset. Neque aliter potuit. Est enim error Typographi. Hinc illæ lacrymæ. Fanaticus quidam Silesius Melchior Guilandinus, stirpium petitus, reliqua imperitissimus, quum intellexisset, me ab eo in iis, quæ de papyro disputaverat, dissentire, probe hanc injuriam se ulturum putavit, si nos insitios in genus Scaligerum proderet. Iuvit eum, et operas contulit porcus quidam Latinarum literarum professor Patavinus, qui ex illo loco Gyraldi persuasit illi, nos non Scaligeros, sed Burdonios esse. Quid fecit acutus Silesius ? finxit quendam Iulium Burdonem Benedicti civis Veronensis filium in Patavina Schola ad medicinæ gradum fuisse promotum. Hoc in vulgus sparsit, et hinc multa per Europeam exemplaria, quorum ego nullum habeo, vulgata sunt. Ex quo etiam adreptitius ille Robertus Titius “ Burdones ” cœpit crepare : et ne ullum mendacium esset, quod non in scriniis Societatum extaret, nunc in illo Amphitheatro pro “ Burdenio ”,  “Burdonius ” audio. Cuius caussam tam illi omnium hominum improbissimi quam etiam probi ignorant. Utrum “ Burdonius ” an “ Burdenius ” vocandus sim, susque deque habeo. Nunquam negabo patrem meum “ a Burden ” vocatum fuisse : id est dominium quoddam in Carnia quod propatrui mei Bonifatii fuit, non patris mei. Et non semel a patre meo audivi id lingua Carnorum significare desertum. Neque solus pater meus se eo nomine Italis et Germanis notum fuisse sæpe prædicabat ; sed et seniores Ligures Taurini, qui cum eo in Nitiobrigas venerant, non aliter quam Iulium Scaligerum a Burden vocabant, ut ego testis sum.

[Mon père avait un frère aîné prénommé Titus. Il se distinguait de lui par le surnom « de Burden » ; et que ce soit à la cour de l’empereur Maximilien {a} ou en Italie, il ne fut jamais appelé autrement que « Julius Cæsar de Burden », ou « le comte de Burden » ; les Italiens lui donnaient le nom de « Tonsus {b} de Burden ». En le mentionnant parmi les poètes modernes, Lelio Gregorio Giraldi, {c} qui était ami de mon père, l’appelle « Burdonius » : il aurait dit vrai s’il l’avait nommé « Burdenius » ; mais n’a pu faire autrement, car il s’agit d’une erreur de l’imprimeur. Hinc illæ lacrymæ ! {d} Melchior Guilandinus, fanatique Silésien en manque de racines, et du reste parfaitement ignorant, quand il eut appris que j’étais en désaccord avec lui sur ce qu’il avait écrit au sujet du papier, pensa être entièrement lavé de cette insulte s’il attaquait à notre insu la famille Scaliger. Un porc, professeur de littérature latine à Padoue, lui a procuré de l’aide en le persuadant, sur ce passage de Giraldi, que nous n’étions pas des Scaliger, mais des Burdonius. Et que fit notre subtil Silésien ? Eh bien, il inventa qu’un Julius Burdo, fils de Benedictus, citoyen de Vérone avait obtenu ses grades de médecine à la Faculté de Padoue. {e} Il divulga son histoire et ensuite, de multiples copies en ont circulé par toute l’Europe, mais je n’en possède aucune. Là-dessus, ce satané Robertus Titius {f} a aussi commencé de criailler le nom de « Burdo » ; et pour qu’aucune menterie n’échappât aux registres des sociétés, j’apprends qu’il y a « Burdonius » à la place de « Burdenius » dans cet Amphitheatrum. {g} Ces plus malhonnêtes de tous les hommes, tout autant que les honnêtes gens, ignorent la cause de cette erreur. Peu m’importe {h} qu’on m’appelle « Burdonius » ou « Burdenius », je ne nierai jamais qu’on appelait mon père « de Burden » : c’est le nom de quelque seigneurie de Carnie, {i} qui appartint à mon arrière-grand-oncle Bonifatius, et non pas à mon père ; et je l’ai souvent entendu dire que dans la langue carnique, ce mot signifie « désert » ; souvent aussi, mon père m’a appris qu’il était le seul de ce nom parmi les Italiens et les Allemands ; mais quantité de vieux Ligures turinois, qui étaient venus avec lui à Agen, ne l’appelaient pas autrement que Julius Scaliger a Burden, ce dont je fus moi-même témoin]. {j}


  1. Maximilien ier a régné de 1459 à 1519 (v. note [4], lettre 692). Jules-César Scaliger, né en 1494 (v. note [5], lettre 9) avait été l’un de ses pages.

  2. Le Tondu.

  3. Lelio Gregorio Giraldi (Ferrare 1479-ibid. 1552), littérateur érudit.

  4. « Et de là ces larmes ! » (Juvénal, v. note [32], lettre 197).

  5. Jules-César Scaliger est réputé avoir étudié la médecine à Turin, mais sa famille contestait qu’il eût été gradué à Padoue.

  6. V. note [13] du Naudæana 2 pour Roberto Titi et sa dispute avec Joseph Scaliger sur la poésie latine.

  7. Plus haut dans sa lettre, Scaliger a parlé de l’Amphitheatrum honoris, in quo Calvinistarum in Societatem Iesu criminationes iugulatæ [Amphithéâtre de la gloire, où sont confondus les crimes des calvinistes contre la Compagnie de Jésus] (Anvers, 1605), écrit sous pseudonyme par le jésuite Charles Scribani (v. note [8], lettre 128).

  8. Susque deque, « De bas en haut comme de haut en bas », est une locution latine qu’Érasme a commentée (adage no 283) en lui donnant le sens de « peu m’importe, je n’en ai rien à faire », que j’ai adopté pour ma traduction.

  9. Nord-ouest de l’actuel Frioul.

  10. La lettre de Scaliger s’achève sur une virulente diatribe contre les jésuites.

Les preuves ont été si bien brouillées des deux côtés que nul, à ma connaissance, n’a encore mis au jour la vérité dans l’insigne querelle sur la noblesse des Scaliger. Étant donné la jeunesse aventureuse de Jules-César et la mégalomanie avérée du père comme du fils, je pencherais plutôt pour une supercherie que l’un aurait forgée et que l’autre aurait soigneusement entretenue.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
L’Esprit de Guy Patin (1709),
Faux Patiniana II-3. Note 57

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(Consulté le 19.10.2021)

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