À Claude II Belin, le 7 décembre 1632
Note [4]

Jacques-Auguste i de Thou (Thuanus, Paris 1553-ibid. 1617) fils de Christophe de Thou, premier président du Parlement de Paris, mena des études dans plusieurs universités françaises, notamment celle de Valence, en Dauphiné, pour y suivre les leçons de Jacques i Cujas qui y professait le droit en 1571. Sa famille le destinait à l’état ecclésiastique et le plaça, en 1572, auprès de son oncle, Nicolas de Thou, alors chanoine de Notre-Dame, et qui fut peu après nommé évêque de Chartres. Jacques-Auguste accompagna ensuite Paul de Foix en Italie (v. note [31] du Borboniana 3 manuscrit). À son retour en France, il fut pourvu par son père d’une charge de conseiller clerc au Parlement de Paris (1576), puis envoyé pour négocier une entente avec les chefs du parti protestant réunis à Bordeaux (1581), où il connut Montaigne qui était alors maire de la ville. Conseiller d’État en 1588, de Thou accompagna Henri iii aux états généraux de Blois, mais n’assista pas à l’assassinat du duc de Guise ; six jours auparavant, le roi l’avait envoyé à Paris, chargé d’une mission secrète qu’il eut beaucoup de peine à remplir car la nouvelle de la mort de Guise, arrivée presque en même temps que lui, avait violemment soulevé la capitale. Il fut ensuite chargé, avec Schomberg et Duplessis-Mornay, de négocier l’accord du roi de France avec le roi de Navarre, puis il alla solliciter, en Allemagne et en Italie, des secours d’hommes et d’argent pour Henri iii. Ce fut à Venise qu’il apprit la mort de ce prince et il accourut aussitôt auprès de Henri iv, qui lui témoigna la même confiance que son prédécesseur. Toujours au premier rang, avec Sully, parmi les conseillers du monarque, il négocia, en 1594, le raccommodement du jeune duc de Guise avec la cour, figura aux conférences de Loudun et eut enfin l’honneur de rédiger les articles de l’édit de Nantes qui opéra la pacification du royaume (1598). En 1600, de Thou assista, en qualité de commissaire, à la Conférence de Fontainebleau (v. note [3], lettre 548) et y défendit avec force les libertés de l’Église gallicane, qu’une partie du Clergé attaquait pour complaire au pape. En 1616, il négocia encore le traité de Loudun, conclu entre le prince de Condé et la régente, Marie de Medicis. Ce fut son dernier acte politique.

En 1591, de Thou avait commencé d’écrire, sous le titre d’Historiæ sui temporis [Histoires de son temps], une des plus vastes compositions historiques qu’on eût jusqu’alors entreprises. Il en publia les 18 premiers livres en 1604, mais les idées de tolérance qu’il y exprimait soulevèrent contre lui de telles clameurs de la part du Clergé qu’il fut sur le point de renoncer à terminer son ouvrage. Henri iv ne put pas même le défendre des censures de la cour de Rome. Les Historiæ furent mises à l’index en 1609. Sous la régence, de Thou se remit à son grand livre, qu’il voulait pousser jusqu’à la mort de Henri iv ; mais il s’interrompit une seconde fois pour écrire ses Mémoires ; son Histoire universelle fut achevée par un de ses amis, Nicolas Rigault (v. note [13], lettre 86).

L’édition que possédait Guy Patin, en cinq tomes reliés en quatre volumes in‑fo, est la seconde :

Illustris viri I.-A. Thuani… Historiarum sui temporis ab anno… 1543 usque ad annum 1607, libri cxxxviii, quorum lxxx priores multo quam antehac auctiores, reliqui vero lviii nunc primum prodeunt… Accedunt Commentariorum de vita sua libri vi hactenus inediti.

[Les 138 livres des Histoires de son temps, de l’illustre J.‑A. de Thou, depuis l’an… 1543 jusqu’à l’an 1607, dont les 80 premiers ont été beaucoup augmentés, et les 58 autres paraissent véritablement pour la première fois… Avec six livres de commentaires sur sa vie, jusqu’ici inédits].


  1. Volume 1. [1505-1560] Orléans, Pierre de La Rovère, 1620 ; volume 2. [1560-1574] Genève, même nom, 1620 ; volume 3. [1574-1589] sans lieu et Genève, même nom, 1620 ; volume 4. [1589-1607], sans lieu, 1621.

Les Commentaria de vita sua ou autobiographie (v. note [27] du Borboniana 10 manuscrit) rédigés en partie par de Thou (parlant de lui-même à la troisième personne du singulier), en partie par Rigault sur ses notes et manuscrits, sont insérés à la fin du dernier volume.

En 1659, Pierre Du Ryer (v. note [9], lettre 441) en a donné une traduction française partielle (1505-1574). Notre édition a recouru à la traduction complète parue à Londres en 1734 (Thou fr, v. note [1], lettre 1017).

Le récit de la conférence de Suresnes se trouve au début du livre cvi de l’Histoire universelle (Thou fr, volume 11) ; il est surprenant que Guy Patin l’ait trouvée « fort brièvement décrite » car elle occupe les pages 719 à 750. Tout au long de sa correspondance, Patin s’est montré affectueusement attaché aux fils du président de Thou, et profond admirateur de son Histoire universelle, qu’il a souvent citée à l’appui de ses dires.

Aujourd’hui, ce monumental ouvrage n’est plus tenu pour une référence solide : elle n’a jamais été rééditée depuis les xviiie s. On reproche à son auteur d’avoir énormément emprunté à d’autres sources, sans généralement les citer, d’avoir laissé trop libre cours à ses préjugés politiques ou religieux, et de s’être parfois grossièrement mépris dans ses récits (v. citation 2, note [9] du Grotiana 1, pour un exemple particulièrement flagrant). Néanmoins, L’Histoire universelle de de Thou était très volontiers citée au xviie s. : plus de 80 notes s’y réfèrent dans notre édition. L’ayant donc beaucoup consultée, j’oserai en dire qu’elle est plus démodée qu’erronée.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 7 décembre 1632. Note 4

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0013&cln=4

(Consulté le 06.12.2022)

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