À Claude II Belin, le 18 janvier 1633
Note [6]

Purgatif d’origine végétale, le séné venait d’Égypte. Son nom est directement issu de l’arabe (sena, senna en néolatin) ; il portait aussi celui de folia orientalia medicinalia (feuilles médicinales d’Orient). On distinguait deux sortes de séné suivant la forme de ses feuilles : les unes, obtuses (arrondies), venaient de cassia obovata, et les autres, aiguës (pointues), de deux plantes différentes, cassia lanceolata et cynanchum argel ou olœifolium (pour la ressemblance de ses feuilles à celles de l’olivier).

Ces trois composés n’étaient guère cultivés, mais poussaient à l’état naturel, principalement sur les rives du Nil. Les Arabes de la tribu des Abbadès se livraient principalement aux deux récoltes annuelles de ces feuilles : la première était la plus abondante, après les pluies d’été, à la fin d’août ou au commencement de septembre ; la seconde, en avril, était moindre et manquait parfois (v. note [7], lettre 625, pour la confection ultérieure du séné). La composition du séné variait dans sa richesse en cassia lanceolata, ingrédient le plus estimé.

Les médecins arabes ont les premiers employé le séné en médecine et de tous les médicaments qu’ils ont mis en vogue, aucun n’a eu de succès plus soutenu. On en trouve la première trace dans Sérapion (ixe s., v. notule {a}, note [55], lettre latine 351) ; il était inconnu d’Hippocrate et de Galien.

Le séné n’a qu’une seule propriété, mais bien caractérisée et très sûre : c’est un bon purgatif, un évacuant fidèle du canal intestinal, agissant ordinairement sans douleurs ni coliques, et toujours avec certitude. Presque tous les purgatifs mentionnés par Guy Patin contenaient du séné : électuaire de psyllium, lénitif, catholicon etc. (Mérat in Panckoucke, 1821).

Le séné n’a pas disparu de la pharmacopée française : il entre encore dans la composition d’une trentaine de médications laxatives, mais il est plus prisé des constipés que du corps médical (sauf, sous le nom d’X-Prep, pour la purge drastique qui doit précéder un examen endoscopique du côlon).

Dans sa Méthode d’Hippocrate (Paris, 1648, v. note [2], lettre 158), Charles Guillemeau termine sa liste des purgatifs recommandables par le séné :

« J’y ajoute surtout le séné ou, pour mieux dire, le sain, qui est comme le roi des médicaments purgatifs, duquel qui ne sait les propriétés et les vertus excellentes, celui-là sans doute est vraiment étranger et ignorant en matière de médecine. Au contraire, quiconque le connaît par ses causes et par ses effets, ne feint point de le nommer un tout-remède, un tout-utile, comme celui qui tire dehors toute humeur ennemie, et à qui doivent céder ou crever tous les fourneaux des coupe-bourses paracelsistes, et toutes leurs impostures recuites. Car il ne s’est jamais vu qu’il ait ou rongé les intestins, ou irrité le sang, ou embrasé les viscères. Il purge bénignement, sûrement, promptement. Pas une de ses qualités n’est nuisible. Il n’a jamais fait et jamais il ne fera mal à personne, donné à propos par notre dogmatique. Il est bon aux enfants, meilleur aux vieillards et ne nuit point aux femmes enceintes. » {a}


  1. Ce livre contient une riche observation sur le séné, à laquelle Patin a probablement mis la main.

La pharmacopée de Patin, fidèle d’entre les fidèles aux préceptes des médecins de l’Antiquité, n’allait pas sans quelques contradictions : d’un côté, il condamnait la thériaque et le mithridate (v. note [9], lettre 5), bien qu’ils fussent recommandés par Galien en personne ; et de l’autre, il ne tarissait pas de louanges sur le séné, bien qu’il appartînt à l’héritage médicinal des Arabes, qu’il haïssait globalement plus que la peste (v. note [4], lettre 5).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 18 janvier 1633. Note 6

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(Consulté le 06.12.2019)

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