L. latine 376.  >
À Gerardus Leonardus Blasius, le 22 octobre 1665

[Ms BIU Santé 2007, fo 198 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Gerardus Blasius, à Amsterdam.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Ceux que vous m’avez recommandés, tout comme ceux que vous me recommanderez à l’avenir, quand vous voudrez, me seront toujours très chers. Ces deux derniers, savoir Hubert Koen, natif de Lübeck, [2] et Georg Elsner, natif de Breslau, [3] jouiront de mon plein agrément : [1] tous deux sont des jeunes hommes savants et de bonnes mœurs, je ne leur refuserai aucun service si, par hasard, ils ont besoin de mon aide. J’apprends que depuis déjà un an, vous luttez contre une fièvre quarte ; [4] j’en suis certes peiné, mais je m’étonne fort d’une si longue durée ; je souhaite pouvoir être votre Hercules alexicacos[2][5][6][7] et chasser avec bonheur cette fièvre de vos entrailles. Dans une telle épreuve, je ne voudrais pas refuser quelque conseil très salutaire, surtout à un ami fidèle tel que vous. Dans la quarte, beaucoup de gens fuient la phlébotomie ; [8] elle y est pourtant nécessaire, tant en raison de l’intempérie atrabilaire [9] et de l’accès fébrile lui-même, que des divers symptômes qui d’ordinaire l’accompagnent ou la suivent, comme maux de tête, frissons, soif, intense chaleur, sueurs, douleurs des lombes, tension des hypocondres, [10] tuméfaction dans la région de la rate, [3][11] vomissements et nausées parfois, etc. Au temps de Galien, vivaient des érasistratiens ; affligés d’une barbare et cruelle hématophobie, ils ne saignaient presque jamais ; [12][13] Galien en personne les a réprimandés, non moins âprement que savamment, par trois livres qu’il a écrits, ouvertement en faveur de la nécessité et du mérite d’un tel remède[4][14] Imprégnés de ses préceptes et poussés par ses excellents raisonnements, nous saignons avec bonheur dans la quarte, surtout quand il existe une pléthore, [15] et parfois même en son absence, en cas de symptôme pressant ; ce que j’ai très souvent pratiqué avec très grand succès et toujours pour le plus grand bien des malades. La purgation doit toujours être douce, [16] en recourant à des médicaments lénifiants : casse, [17] séné, [18] rhubarbe, [19] tamarin, [20] sirop vieilli de roses ou de fleurs de pêcher, [21][22] ou chicorée [23] mélangée à de la rhubarbe. Fuyez les purgatifs plus puissants, scammonée, [24] coloquinte et tous ceux qui en contiennent ; [25] ainsi que tous les émétiques, autant qu’il s’en trouvera, surtout ce fameux vin énétique[26] parfait poison qui a déjà déplorablement occis des milliers de gens ; et aussi toutes les poudres chimiques, etc. [27] Je ne tolère pas non plus l’emploi de l’écorce du Pérou, [28] qui a abusé bien des malades ou, du moins, ne leur a pas donné satisfaction car elle n’éradique pas la cause de la maladie, mais l’attise au contraire. [5] Pardonnez-moi pourtant, très distingué Monsieur, si noctuas Athenas[6] Vous connaissez de meilleurs et plus sûrs traitements, je souhaite que vous les utilisiez avec bonheur pour en finir avec une si tenace maladie, et que vous guérissiez heureusement pour le bénéfice de la république médicale. Dieu veuille que je voie un jour votre dissertation de Typographia[7] et que j’apprenne rapidement que vous êtes libéré de la quarte ; et aussi que se trouvent à vendre chez vous des thèses ou disputations médicales ; [29] j’aurai soin de vous en rembourser le prix que vous m’aurez indiqué. Portez-vous bien, très distingué Monsieur, et veuillez recevoir avec bienveillance ce que je vous ai écrit.

De Paris, ce 22e d’octobre 1665.

Vôtre de tout cœur, Guy Patin.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Gerardus Leonardus Blasius à Guy Patin, le 22 octobre 1665.
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(Consulté le 19.10.2019)

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