L. latine 298.  >
À Christiaen Utenbogard, le 30 mai 1664

[Ms BIU Santé no 2007, fo 170 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Christiaen Utenbogard, à Utrecht.

Très distingué Monsieur, [a][1]

L’Hortus Blesensis que je vous destine est in‑fo ; [1][2][3] je vous l’enverrai quand je l’aurai trouvé. Pour le liber Plantarum du très distingué Saumaise, [4] je n’ai encore rien entendu dire et pense que rien n’a été achevé. Ce très éminent personnage possédait d’immenses capacités et abordait volontiers quantité de sujets, mais il venait à bout de peu de choses par faute d’application et de temps. Si M. Lantin [5] m’apprend quelque chose de nouveau là-dessus, je vous en écrirai. [2] Je pense que vous avez maintenant reçu l’opuscule de Claude Saumaise de Manna et saccharo ; [6][7] il ne me semble pas y avoir vu cité le très distingué Vorst ; [8] c’est un ouvrage incomplet où il manque la fin et le début. [3] Pour son livre des plantes, je me souviens avoir jadis entendu dire par M. Pierre Dupuy, [9] conseiller du roi et directeur de la Bibliothèque royale, [10] que Saumaise a certes songé quelquefois à publier ce livre des plantes, mais qu’ensuite il en a abandonné l’espoir en raison du décès d’un certain Elichmann, son ami, qui était très doué en langue arabe et en botanique ; je pense qu’il est mort dans votre pays il y a une vingtaine d’années. [4][11] Néanmoins, je crois que vous feriez mieux d’écrire à M. Lantin, à qui je ferai suivre votre lettre, si vous voulez, pour qu’il nous éclaire sur tout cela. J’ignore qui est ce M. Cavalier, par qui je vais recevoir les livres que vous m’avez achetés ; écrivez-moi donc pour que je sache qui il est et où il habite. Le roi et toute la cour sont à Fontainebleau, le cardinal-légat est en chemin pour y venir. [12][13][14] Mme de Nemours est morte âgée de 50 ans. [15] M. de Guise est ici fort malade[5][16] Nous n’avons rien de nouveau sur Fouquet. [17] Nous ne savons pas si vous avez reçu les graines que Joncquet [18] m’avait transmises par Johann Droüard. [19] Écrivez-moi donc, mais à votre commodité. En attendant, vive et vale, et aimez-moi.

De Paris, ce vendredi 30e de mai 1664.

Votre G.P.


1.

V. note [74], lettre 332, pour le « Jardin de Blois » d’Abel Brunier (Paris, 1653 et 1655).

2.

Le « livre des Plantes » de Claude i Saumaise est celui que Guy Patin ne vit jamais : il ne parut qu’en 1689 à Utrecht sous le titre d’Exercitationes de homonymis Hyles iatricæ [Essais sur les homonymes d’Hylès, le centaure médecin] (v. note [5] de la biographie de Claude ii Saumaise, sieur de Saint-Loup), avec une préface de Jean-Baptiste Lantin (v. note [14], lettre latine 170).

3.

V. note [16], lettre 95, pour le traité posthume inachevé de Claude ii Saumaise « sur la Manne et le sucre » (Paris, 1663). C’est un petit ouvrage, édité par Philiber de La Mare et Jean-Baptiste Lantin, en deux parties :

  • le commentaire sur la manne occupe les pages 1‑75, mais je n’y ai pas vu de manque évident ;

  • le commentaire sur le sucre est très bref (pages 76‑95) et se conclut sur cet avis, Cætera deerant in MS. [Le reste manquait au manuscrit].

Professeur de médecine et de botanique à Leyde, mort en octobre 1663, Adolf Vorst avait publié quelques ouvrages sur les plantes cultivées dans la région de Leyde et dans le jardin de son Université. Ami de Saumaise, il avait prononcé un Oratio in excessum illustri viri Claudii Salmasii, principis eruditorum [Discours sur la mort de l’illustre M. Claude Saumaise, prince des érudits] (Leyde, Johannes et Daniel Elsevier, 1654, in‑4o). Vorst n’est pas mentionné dans le de Manna et saccharo, mais Guy Patin n’a pas donné le motif exact de la question que Christiaen Utenbogard lui avait posée sur ce sujet.

4.

Johann Elichmann, natif de Silésie vers 1600, a pratiqué la médecine à Leyde où il mourut en 1639. Sa maîtrise des langues du Moyen-Orient, tout particulièrement du perse, lui a valu la profonde admiration de Claude i Saumaise.

5.

Ces deux phrases en italique sont en français dans le manuscrit.

Élisabeth de Vendôme, duchesse de Nemours, était morte de la variole le 19 mai 1664, âgée de 50 ans (vV. note [3], lettre 782). Henri ii de Lorraine, duc de Guise, allait mourir au même âge, d’une rétention d’urine avec fièvre, le 2 juin 1664 (v. note [2], lettre 784).

a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite à Christiaen Utenbogard, ms BIU Santé no 2007, fo 170 vo.

s.

Ms BIU Santé no 2007, fo 170 vo.

Clariss. viro D. Christ. Utenbogardo, Ultrajectum.

Vir Cl. Hortus ille Blesensis Tibi destinatus est in folio, quem ad Te
mittam quum nactus fuero. De libro Plantarum Cl. Salmasij, nihil adhuc
audivi, nec esse puto quidquam perfectum ; multa quidem poterat, et libenter
multa aggrediebatur vir maximus, sed pauca perficiebat, spatijs exclusus
iniquis, tam studiorum quàm ipsius temporis : si aliquid super ea re novi didicero
à D. Lantin, ad Te scribam. Libellus Cl. Salmasij de Manna et Saccharo,
quem nunc ad Te pervenisse puto, non videtur meminisse Cl. Vorstij : et est
opus imperfectum, fine carens ut et principio. Quod spectat ad ejus librum
de Plantis, memini me olim audivisse à Cl. viro D. Petro Puteano, regio Con-
siliario et regiæ Bibliothecæ Præfecto, Salmasium quidem aliquando
de illo libro Botanico edendo cogitasse, sed cujus editionis spem postea abjecit,
propter obitum cujusdam ejus amici Elichmanni, Medici doctissimi, in lingua Arabica
et re Botanica versatissimi, quem puto apud vos ad plures transijsse ante
annos circiter viginti. Nihilominus tamen, melius fore puto si scripseris ad D.
Lantin, ad quem tuam mittam Epistolam, si volueris, ut de tota erudiamur.
Quis sit ille D. Cavalier, à quo libros à Te mihi emptos sum accepturus, nescio :
scribe ergo, ut intelligam quis ille sit, et ubinam habitet. Le Roy et toute la
Cour sont à Fontainebleau ; le cardinal Legat est en chemin pour y venir :
Madame de Nemours est morte âgée de 50. ans : Monsieur de Guise est ici fort
malade : de Fuqueto nihil habemus novi.
Nescimus an acceperis semina
quædam à Ionqueto transmissa per Io. Droüart : scribe igitur, sed tuo commodo :
interea vive, vale, et me ama. Parisijs, die Ven. 30. Maij, 1664. Tuus G.P.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Christiaen Utenbogard à Guy Patin, le 30 mai 1664.
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(Consulté le 14.05.2021)

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