Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Bornoniana 4 manuscrit

Note [59]

« Sur la strangulation de ce cardinal et l’homme qu’il fut, voyez : la Prosopographie de Du Verdier, tome 3e, page 2250 ; {a} de de Thou, sous Charles ix, page 36, {b} et sous Henri ii, page 321 ; Pierre Matthieu sous Henri ii, page 145 ; {c} et D. Lambin dans sa préface à la 2e partie de ses Commentaires sur Horace. » {d}


  1. Antoine Du Verdier, sieur de Vauprivas (1544-1600), « gentilhomme du Forez et ordinaire de la Maison du roi », est un prolifique historien et bibliographe, notamment auteur des Bibliothèques françaises, écrites avec La Croix du Maine. {i} Il s’agissait ici de sa :

    Prosopographie ou description des personnes illustres, tant chrétiennes que profanes. Où se continuant, l’histoire et chronologie, depuis l’an dcc. li, premier du règne de Pépin, roi de France, est contenu tout ce qui a succédé de remarquable en tout le monde, même en France, l’avènement à la Couronne de Hugues Capet, chef de la troisième race, et de ses successeurs, jusques à présent que règne notre très grand et très victorieux roi Henri iiii. Enrichie de figures et médailles pour l’embellissement de l’œuvre. Avec un indice très ample de toutes les matières principales. Tome troisième. {ii}

    L’exécution de Carafa est relatée dans le chapitre sur Pierre de La Ramée, Vermandois {iii} du livre huitième (page 2520) :

    « Le pape {iv} donne sentence de mort contre le cardinal Carafe, le duc de Pallian, le comte d’Alisse, leur beau-frère, et Léonard Cardini, leur cousin, laquelle est exécutée à cinq heures de nuit. Le duc de Pallian et les deux autres furent avertis au château Saint-Ange qu’on les voulait ôter de là pour les mener à Ostie ou à la tour de Nonne, {v} ou ailleurs peut-être, pour exécuter quelque sentence sur eux, < mais > que le pape n’avait pas découvert sa volonté. Quoi ouï, le duc connut bien qu’il fallait mourir, remercia celui qui lui avait porté cette nouvelle, au refus du châtelain qui ne le voulut faire, et le remercia du bon avis qu’il lui donnait de penser à ses affaires ; et se résolvant à la mort avec beaucoup de constance, écrivit une lettre à son fils, pleine de bons documents {vi} et de consolations, et en même temps, comme César soulait {vii} faire, en dicta une autre à sa sœur, ne voulant écrire à sa fille pour ne la point affliger ; au pied d’icelles lettres, y avait le dernier jour de mars 1561. Ce fait, furent menés à la tour de Nonne où, le duc voyant les préparatifs de leur mort qu’on y avait faits, se retournant à ses compagnons, leur dit d’une façon comme joyeuse : “ Voici qui châtiera les grandes fautes que nous avons commises. ” Et ce fait, on leur trancha la tête. De là, ils allèrent au cardinal et le trouvèrent en son lit qui reposait bien à son aise. Étant levé et averti de l’occasion de leur venue, il se voulut habiller des habits de cardinal, ce qui lui fut refusé, et demanda qu’on lui laissât au moins prendre son bonnet. Étant confessé, il requit temps pour dire l’office de Notre-Dame, qu’on lui accorda ; et icelui fini, il leur dit qu’ils fissent ce pourquoi ils étaient venus. Le fil d’airain avec lequel on l’étranglait rompant, encore qu’il eût des menottes, il se leva et dit : “ Ha, traitres ! vous me faites languir. ” Il fut mis dans un linceul et porté sur le pont comme les autres, puis fut enterré. »

    1. François Grudé, sieur de La Croix du Maine (v. note [20] du Naudæana 3) ; notre édition a plusieurs fois recouru à leurs Bibliothèques (réédition de Paris, 1772-1773, 6 tomes in‑4o).

    2. Lyon, Paul Frelon, 1604, in‑fo.

    3. Pierre Ramus, assassiné à Paris en 1572, lors du massacre de la Saint-Barthélemy : v. note [7], lettre 264.

    4. Pie iv.

    5. La Torre di Nona ou dell’Annona était une autre prison pontificale de Rome.

    6. Enseignements : latinisme (documenta).

    7. Avait coutume : au rapport de Pline l’Ancien (Histoire naturelle, livre vii, chapitre xxv, Littré Pli, volume 1, page 294), Jules César « était dans l’habitude de lire ou d’écrire, et en même temps de dicter et d’écouter. Il dictait à la fois à ses secrétaires quatre lettres, et des lettres si importantes ! ou même, s’il ne faisait rien autre chose, il en dictait sept. »
    8. Histoire universelle de Jacques-Auguste i de Thou, livre xxviii, année 1561 (Thou fr, volume 4, pages 118‑119) :

    9. « Procès fait aux Carafe. Le pape qui, dès l’année précédente, avait fait emprisonner les Carafe, leurs parents et presque tous ceux qui étaient attachés à cette Maison, voulut cette année qu’on fît leur procès : il nomma pour faire les informations Jérôme Frédéric, évêque de Sagone, gouverneur de Rome, et Alexandre Palenteri, procureur fiscal. Ensuite, pour paraître agit en cette cause selon toutes les formes judiciaires, il choisit dans le sacré Collège huit cardinaux des plus distingués, pour veiller sur la conduite et la procédure du gouverneur et du fiscal. Enfin, après une instruction de neuf mois, les accusés ayant subi les interrogatoires, les pièces produites contre le cardinal Carafe étant examinées et les objets discutés, le procès fut rapporté devant le pontife, qui voulut discuter lui-même et juger chaque chef d’accusation en particulier. Afin que tous les cardinaux eussent une parfaite connaissance de toutes les suites de cette grande affaire, le gouverneur fut un jour entier à leur en faire le rapport en plein consistoire, mais ils n’opinèrent pas. {i} Charles Carafe, cardinal déclaré criminel d’État par le pape et dégradé, fut livré au bras séculier pour être puni selon les lois. Alors, le juge criminel eut ordre de lui faire son procès dans les formes : ce qu’il fit et, en exécution de sa sentence, Carafe fut étranglé dans le château Saint-Ange la nuit entre le 6e et le 7e de mars. Il demanda le temps de réciter les sept psaumes de la pénitence, et fit paraître en ces derniers moments un plus grand soin de son salut qu’il n’en avait eu, à ce que l’on croit, pendant toute sa vie.

      Le cardinal Carafe, son frère et ses parents sont condamnés à mort et exécutés. Jean, son frère, comte de Montorio et depuis duc de Palliano, le comte d’Alisse, son beau-frère, et Léonard de Cardini furent aussi condamnés à mort et exécutés dans la prison de la Tour neuve. Leurs cadavres, exposés sur le pont Saint-Ange à toutes les insultes du peuple, donnèrent un triste et mémorable exemple de l’inconstance de la Fortune, et une leçon importante, qui apprend à ceux qui, par leur élévation, semblent être à l’abri de ses coups, à user avec modération de ses faveurs. Après avoir vu le duc de Palliano marcher dans Rome avec un équipage de roi et avec toutes les marques de la souveraine puissance, pouvait-on voir son cadavre sans tête exposé sur un pont sans penser à l’instabilité des choses humaines, qui est telle que la plus grande élévation peut en un instant être suivie de la chute la plus humiliante et la plus terrible ? »

      1. Ils ne votèrent pas.
    10. V. note [7], lettre 794, pour la bénédiction impie prononcée par Carlo Carafa à Paris en 1556, sous le règne de Henri ii, relatée par de Thou.

      Pierre Matthieu {i} a parlé de cette légation de Carafa, dans son :

      Histoire de France sous les règnes de François ier, Henri ii, François ii, Charles ix, Henri iii, Henri iv, Louis xiii, et des choses plus mémorables advenues aux autres états de la chrétienté depuis cent ans. {ii}

      Il y a réfuté de Thou dans le volume 1, page 145 :

      « Le roi {iii} le fit recevoir en grande pompe et magnificence à Paris ; mais je m’étonne que le président de Thou représente ce cardinal d’un esprit impie et libertin, quoiqu’il fût plus propre à manier l’épée que le bréviaire ; aussi avait-il fait toute sa vie profession des armes en Allemagne et Italie, et avait été grand ami du maréchal Strozzi. {iv} Il dit donc qu’en cette entrée à Paris, passant par les rues, le peuple, qui est bon et dévot, se présentait à genoux pour avoir sa bénédiction, et que ce cardinal disait entre ses dents, au lieu des paroles saintes, celles-ci : Puisque ce peuple veut être trompé, trompé soit-il. Mais quelle apparence, quelle candeur, quelle sincérité en ce discours ? Car si ces mots demeuraient dans le murmure et le bourdonnement de ses lèvres, qui les a ouïs ? De qui ont-ils été entendus ? Qui les a rapportés ? Est-il croyable qu’il s’en soit vanté, et que son hypocrisie ait été si peu fine que de commettre quelque chose contre la religion, le seul respect de laquelle le faisait presque adorer ? »

      1. V. note [10] du Patiniana I‑1.

      2. Paris, veuve de Nicolas Buon, 1631, 2 volumes in‑4o.

      3. Henri ii.

      4. Pierre Strozzi (1510-1558), condottiere florentin, nommé maréchal de France en 1554.
    11. Denis Lambin {i} a publié deux commentaires sur Horace. {ii} La première partie, portant sur les quatre livres Odes et sur les Épodes, dédiée au roi Charles ix, a paru à Lyon en 1561 (rééditée à Florence en 1575). La seconde partie, dont il est ici question, est intitulée :

      Q. Horatii Flacci Sermonum libri quattuor, seu, Satyrarum libri duo, Epistolarum libri duo. A Dionysio Lambino Monstroliensi ex fide decem librorum manuscriptorum emendati : ab eodemque Commentariis copiosiss. illustrati.

      [Les quatre livres des Discours d’Horace, soit ses deux livres des Satires et ses deux livres d’Épîtres. Denis Lambin, natif de Montreuil, les a corrigés sur la foi de dix livres manuscrits, et les a enrichis de très copieux commentaires]. {iii}

      L’épître dédicatoire, datée de Lyon le 13 avril 1556, est adressée Francisco Turnonio, sapientiss. et clariss. viro, amplissimique cardinalium collegii primario [au très sage et brillant cardinal François de Tournon, {iv} président du très éminent Collège des cardinaux]. Le cardinal Carafa est nommé dans un passage parlant des partisans de la paix entre les peuples et les religions, à la 2e de ses 5 pages :

      Meminerant, te cum semper alias pacis suasorem, auctoremque fuissse, neque unquam, nisi necessario tua sententia bellum comprobasse : tum anno m dlvi. et Errico Regi, datis ad eum Roma litteris, inducias cum Philippo Hispaniarum Rege factas gratulatum esse, et Pontifici Max. Paullo iiii. coram dissuasisse, ne bellum pactis inter Erricum, et Philippum induciis repressum, ac sopitum excitaret, aut redintegraret. Memoria tenebant, te eundem, cum Pontificem Max. in belli studium incumbere videres, instigante præsertim fratris eius filio cardinali Carraffa, cui Deus immortalis dignum flagitiosa vita, sceleratisque factis exitum dedit, Regi per litteras suasisse, ut in sententia maneret, pactaque et sibi honestissima, et populo suo utilissima sanctissime, religiosissimeque observaret.

      [Ils se souvenaient que par le passé vous avez toujours été le promoteur et le garant de la paix, et que vos jugements n’ont jamais approuvé la guerre, si elle était évitable ; et que maintenant, en l’an 1556, par une lettre que vous lui avez écrite de Rome, vous avez congratulé le roi Henri pour la trêve qu’il a conclue avec Philippe, roi d’Espagne, {v} et que vous avez directement parlé au souverain pontife Paul iv pour le dissuader de laisser une guerre rompre les accords passés entre Henri et Philippe, qui attiserait et rallumerait le feu assoupi. Ils n’ont pas non plus oublié que, quand vous avez vu le souverain pontife s’appliquer à envisager la guerre, principalement sur l’instigation de son neveu, le cardinal Carafa, {vi} à qui Dieu immortel a accordé sa noble absolution pour les crimes qu’il a commis et pour la vie dissolue qu’il a menée, alors, vous avez encore écrit une lettre au roi pour le persuader de ne pas changer d’avis, et d’observer, très scrupuleusement et religieusement, les pactes qui sont les plus honnêtes pour lui et les plus bénéfiques pour son peuple].

      1. V. note [13], lettre 407.

      2. V. note [3], lettre 22.

      3. Venise, Paul Manuce, fils d’Alde, 1566, in‑8o de 419 pages.

      4. V. seconde notule {a‑iii}, note [4] du Patiniana 4.

      5. Les rois Henri ii de France et Philippe ii d’Espagne.

      6. Comme on a vu (v. supra note [58]), le belliqueux cardinal Carafa parvint à convaincre Paul iv d’entrer en guerre contre l’Espagne en 1557 ; mais ce fut un lamentable échec, qui provoqua la disgrâce et la condamnation à mort du cardinal-neveu et de son frère en 1559.


    Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
    Bornoniana 4 manuscrit, note 59.

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    (Consulté le 18/05/2024)

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