L. latine 194.  >
À Reiner von Neuhaus,
le 18 mai 1662

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[Ms BIU Santé 2007, fo 106 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Reiner von Neuhaus, gymnasiarque d’Alkmaar.

Très distingué Monsieur, [a][1]

N’allez pas vous étonner si quelqu’un, que vous ne connaissez pas et qui est même peut-être peu connu dans son propre pays, ose s’adresser à vous et vous écrire. C’est en effet que vous n’êtes pas aussi inconnu que lui : tout ce qu’il y a d’hommes savants dans le monde lettré et qui aiment la plus pure science vous connaît, et Ego nomen lubens profiteor meum[1][2] Deux livres, publiés il y a 25 ans, m’ont depuis longtemps fait connaître l’immense renom, l’insigne réputation et la singulière érudition de feu M. votre distingué père : ce sont le Theatrum humani ingenii et les Fatidica sacra, que trois autres ont suivi, savoir la Triga artium scholasticarum, le Gymnasium eloquentiæ et l’Infantia Imperii Romani, etc. [2][3] Peut-être en existe-t-il encore d’autres, anciens ou récents, mais je ne les connais pas. Si tel est néanmoins le cas, je me les procurerai dès que j’en aurai été informé. Quant à vous, très docte Monsieur, je possède un bien plus grand nombre de vos livres ; j’ai récemment écrit à un ami qui habite Amsterdam que s’il s’y en vend d’autres, qu’il me les achète et qu’il me les envoie par une voie sûre que je lui ai indiquée. Je les rangerai dans mon cabinet aux côtés de ceux d’autres hommes savants et lettrés, dont j’ai ici les œuvres en nombre non négligeable puisqu’il dépasse aisément les quinze mille volumes. [4] Je demeure seulement dans le doute au sujet de vos Epistolæ : j’en possède bien sûr l’opuscule unique, imprimé chez Jansson en 1639, [5] mais n’en avez-vous pas publié d’autres pour atteindre le nombre de quelques centuries ? Je crois en avoir entendu dire quelque chose, mais pourtant n’en ai rien vu jusqu’ici. [3] Pardonnez, très distingué Monsieur, l’importune curiosité d’un homme inconnu de vous. Votre bonté, les mânes de votre père et ces Muses qui nous sont communes, mais dont, chacun à notre manière, nous honorons le culte sacré, font que je place de bons espoirs en vous. Pour que vous ne soyez pas plus longtemps en doute sur qui je suis, je vous le dirai brièvement : je m’appelle Guy Patin, je suis natif de Beauvaisis, c’est-à-dire presque de Belgique, et donc presque votre compatriote ; [4][6] docteur en médecine de Paris depuis 40 ans, je suis maintenant sexagénaire et père de deux fils, qui sont tous deux médecins de Paris ; [7][8] je suis aussi professeur royal dans le Collège de Cambrai[9] où j’enseigne la médecine depuis plusieurs années avec grand concours d’auditeurs. [10] J’ai et connais beaucoup d’amis dans toute l’Allemagne et dans votre Hollande : la famille en est menée par les très savants MM. Vander Linden, [11] Vorst, [12] Sylvius de Le Boë, [13] Van Hoorne, [14] Gronovius [15] et autres à Leyde ; par Christiaen Utenbogard à Utrecht ; [16] par Isaac de La Fontaine, qui a naguère été de mes auditeurs, [17] et autres à Amsterdam. Bien des grands hommes, qui écrivent authentiquement ce qu’on lit dans les facultés, m’ont dédié leurs livres (bien que je ne l’aie jamais en rien mérité), comme l’ont fait Caspar Hofmann, professeur d’Altdorf, [18] Jean Riolan, mon prédécesseur au Collège de France[19] le Danois M. Thomas Bartholin, [20] M. Marten Schoock, professeur de philosophie [Ms BIU Santé 2007, fo 106 vo | LAT | IMG] à Groningue, en son livre de Cervisia[21][22] M. Vander Linden, professeur de Leyde, en son Celse[23] Fortunio Liceti, professeur de Padoue, en son travail à la chandelle de Lacu Asphaltites, sive Mari mortuo[5][24] Gabriel Naudé, dans sa Vita Julii Cæsaris Lagallæ de Giulio Cesare La Galla[6][25][26] Jacques Martin, médecin de Paris, en son École de Salerne[7][27][28] Louis Fontanettes, médecin de Poitiers, en son Hippocrate[8][29][30] Louis Ferrant, médecin de Bourges, en ses Aphorismes[9][31] Philippe Labbe en sa Vita Galeni[32][33] Louis Jacob, en sa Bibliographia Parisina[10][34] un autre dans la Pathologie de Fernel, [11][35] un anonyme dans la Chirurgie d’Hippocrate[12][36][37] un autre dans la Methodus generalis de Francisco Valles, médecin espagnol, [13][38] un autre dans le livre de Bruno Seidel de morborum incurabilium causis, récemment publié à Leyde ; [14][39] et quantité d’autres dont on ne finirait pas d’énumérer les noms. Je n’ai cité ces quelques ouvrages qu’en témoignage, et non pas du tout par orgueil (péché dont Dieu veuille me garder), mais comme ce Romain, mera morum fiducia[15][40] et pour vous faire entendre que je vis non sans quelque renom ni quelque gloire à Paris, d’où je vous offre tout ce que vous pourrez souhaiter si vous me faites connaître vos vœux. Je veux véritablement être tout à vous aussi longtemps que je serai sur terre. C’est pourquoi je désire et souhaite ardemment votre amitié, et je chercherai dorénavant à la mériter par tout genre de services. Adieu donc, très distingué Monsieur, vivez et portez-vous bien, soyez-moi favorable et aimez-moi, moi qui vous suis très attaché et très dévoué, plusquam Solduriorum lege[16][41]

Guy Patin, docteur en médecine et professeur royal.

De Paris, ce jeudi 18e de mai 1662, nouveau style. [17]


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Reiner von Neuhaus, le 18 mai 1662

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(Consulté le 20.10.2019)