Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : vii
Note [11]

  • Pietro Francisco Frigio (Phrygius) a parlé du bézoard aux pages 387‑388 de ses Commentarii in Historias epidemicas Hippocratis [Commentaires sur les Épidémies d’Hippocrate] (Lyon, 1643, v. note [11], lettre 78) :

    Bezoartica iam apud nos civitatis Medicos ita sunt suspecta, ut omnino eadem evitemus, cum tamen si pharmacopolas vocemus habeant quamplurima, verum eum adulterata sint, ut sæpius sumus experti, hos non curamus lapides : melius enim est abstinere a medicamento ambiguo, quam exhibere cum ægrotantis detrimento, et Medici dedecore, nisi cogamur gratificari adstandibus, et ægrotantibus.

    [Les médecins de notre ville tiennent les remèdes bézoardiques pour si suspects que nous évitons tout à fait de les utiliser, même si les apothicaires nous les proposent en abondance ; mais étant donné que ces pierres ont été frelatées, comme nous l’avons très souvent constaté, nous n’en faisons aucun cas. Mieux vaut-il en effet s’abstenir d’un médicament douteux que le prescrire au détriment du malade et pour la honte du médecin, à moins d’y être poussé par les patients et leurs familles]. {a}


    1. Traduction acrobatique et bienveillante d’un latin fort défectueux.

  • À la page 99 de son Tractatus de febrium acutarum, et pestilentium remediis, diæteticis, Chirurgicis, et Pharmaceuticis [Traité sur les remèdes diététiques, chirurgicaux et pharmaceutiques des fièvres aiguës et pestilentes] (Venise, Johannes Guerilius, 1621, in‑8o), Rodericus a Fonseca (Rodrigo da Fonseca, v. note [17], lettre de Thomas Bartholin, datée du 25 septembre 1662) a rangé le bézoard avec les autres remèdes cardiaques (perles, fragments précieux, corne et os de cœur de cerf), mais sans les éreinter, en doutant qu’ils fussent vraiment dotés de telles vertus. Il a précisé sa pensée à la page suivante :

    Contra vero, quod pertinet ad margaritas belzuar, lapillos pretiosos et alia cordialia supra posita, videmus adhiberi quotidie saltem sine ulla noxa, nec negandum esse videtur, posse prædicta omnia habere occultas qualitates, et dato etiam quod non haberent, sua frigiditate, et siccitate saltem venenis repugnant, unde hac ratione laudari videntur. […]

    De lapide belzoartico non vidimus magna portenta licet infinities illum in febre maligna dederimus, præterea nostris hisce temporibus omnes fere adulterantur, ut vix unus reperiatur sincerus.

    [Quant aux perles, au bézoard, aux fragments précieux et aux autres remédes cordiaux dont j’ai parlé plus haut, nous les prescrivons presque tous les jours sans le moindre inconvénient et il semble hors de doute qu’elles possèdent toutes des qualités occultes ; et quand bien même elles n’en auraient pas, du moins leur froideur et leur sécheresse luttent-elles contre les venins, ce qui mène à les tenir pour louables. (…) {a}

    Pour la pierre bézoardique, bien que nous l’ayons administrée maintes et maintes fois dans la fièvre maligne, nous n’en avons pas observé grands miracles. La raison en est que presque toutes sont aujourd’hui frelatées, de sorte qu’il est presque impossible d’en trouver une qui soit authentique].


    1. Fonseca a consacré la dizaine de lignes que j’ai omises à expliquer que l’os de cœur de cerf (v. l’observation iv) est le plus efficace des remèdes cordiaux contre les serpents et leur venins.

  • Thomas Jordan (Tamás Jordán, Thomas Jordanus ; Kolozsvár, aujourd’hui Cluj-Napoca en Roumanie 1539-1585), premier médecin des armées de l’empereur Maximilien ii, puis physicien (premier médecin) de la province de Moravie : Pestis Phænomena seu de iis quæ circa febrem pestilentem apparent, exercicatio [Les Symptômes de la peste, ou essai sur les manifestations de la fièvre pestilente] (Francfort, Andreas Wechel, 1586, in‑8o). Le bézoard y figure dans le chapitre ix, Solennes Antidoti [Antidotes habituels], du troisième traité (pages 584‑589), avec neuf mentions marginales :

    • Lapis Bezoar [La pierre de bézoard] ;

    • Etymon Bezoar [Étymologie du bézoard] ;

    • Cardani opinio [Opinion de Cardan] ;

    • Persis inquilinus Bezoar [Le bézoard se trouve en Perse] ;

    • Descriptio Bezoar ex Aponitano [Description du bézoard d’après Abano (Pietro d’Abano, médecin de Padoue au xiiie s.)] ;

    • Vera descriptio lapidis [Véritable descrition de la pierre] ;

    • Animal Bezoar gignens [L’animal qui engendre le bézoard] ;

    • Usus et dosis [Indications et dosage] avec, pour seule remarque critique de tout le discours, Raritas et insani qui in emendo fiunt sumtus, solis Regibus et Imperatoribus fere vernas fecit, idcirco ad viliora migrandum nobis erit [Sa rareté et le prix extravagant auquel on l’achète font que seuls les rois et les empereurs en disopsent, et nous devrons nous tourner vers des remèdes moins onéreux] ;

    • et pour finir, la curieuse observation d’un Bezoar in equi ventriculo repertus [Bézoard trouvé dans l’estomac d’un cheval].

    En appendice de l’ouvrage (pages 621‑631) figure une Lapidis Bezoar virium exquisita descriptio [Excellente description des pouvoirs de la pierre de bézoard], signée Claudius Richardus (médecin impérial que je ne suis pas parvenu à mieux identifier), qui est un dithyrambe à la gloire du bézoard et de ses vertus.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Observations de Guy Patin et Charles Guillemeau sur les us et abus des apothicaires (1648) : vii. Note 11

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=8160&cln=11

(Consulté le 23.09.2019)

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