À Claude II Belin, le 18 janvier 1633
Note [14]

André Du Chemin avait été doyen de la Faculté de médecine de Paris d’avril 1623, à novembre 1624 (v. note [1], lettre 7). Alors en cours, l’établissement de l’Antidotaire de la Faculté de médecine de Paris fut, en France et en son temps, l’événement pharmaceutique le plus considérable du premier xviie s. L’ouvrage tardait tant à paraître parce que les docteurs régents ne parvenaient pas à se mettre unanimement d’accord sur un seul et unique principe médicamenteux : l’antimoine (v. note [8], lettre 54), et tout particulièrement sa préparation sous forme de vin émétique. Dans son Antimoine justifié et l’antimoine triomphant… (1653, pages 193‑199 ; v. note [21], lettre 312), Eusèbe Renaudot s’est complu à extraire des Comment. F.M.P. les interminables travaux et débats de la Faculté, pour en fournir un résumé fidèle :

« Lundi 30e janvier 1623, tous les docteurs ayant été spécialement convoqués par Me Michel Seguin, doyen, afin que conformément aux arrêts de la Cour de parlement, {a} on eût à nommer les docteurs en médecine qui prissent le soin de dresser l’Antidotaire, la Faculté commit la charge à 18 d’entre eux de s’employer à cet ouvrage. Pour cet effet, le 4e janvier ensuivant, {b} les docteurs députés s’étant trouvés dans les Écoles et ayant partagé cette besogne en neuf sections, il fut ordonné que chacune serait examinée par deux de ces docteurs qui en feraient après cela leur rapport à toute la Compagnie. Me Jean Des Gorris et Me Denis Le Soubs eurent les eaux distillées, les vins et autres liqueurs en partage. Les sirops, hydromels, conserves et confits échurent à Me Simon Bazin et Me Jean Mannoir. Les hières {c} et électuaires purgatifs furent donnés à Mes Philippe et Gabriel Hardouin de Saint-Jacques, pour en faire l’examen. Celui des pilules fut commis à Me André Du Chemin et Me Jean Martin. Me Charles Bouvard {d} et Me Jean Akakia entreprirent les antidotes ; comme firent Me Jacques Perreau et Me Michel de La Vigne, les trochisques ; {e} Me Nicolas Piètre et Me René Moreau, les huiles. Me Jean Riolan {f} et Me Claude Gervais, qui faisait lors charge de censeur des Écoles, eurent celle de censurer les onguents ; comme firent Me Pierre Seguin et Me Jean Tournier les emplâtres. Le zèle d’un chacun fut si grand au commencement, qu’on s’assembla deux fois la semaine dans nos Écoles, où non seulement les docteurs députés, mais plusieurs de la Compagnie se trouvèrent assidûment, pour y donner leurs avis touchant le choix, la préparation et les mélanges des médicaments ; et après en être convenus, on les pratiqua publiquement durant 14 ans. Cette ardeur qu’on avait fait paraître d’abord s’étant beaucoup ralentie, elle fut réveillée par les soins de Me Philippe Hardouin de Saint-Jacques, doyen de la Faculté ; lequel l’ayant à ce dessein convoquée le 31e janvier 1637, et fait savoir que notre Antidotaire, qui avait été compilé par les commissaires nommés dans le doyenné de Me Michel Seguin et confirmés sous celui de Me André Du Chemin, était presque entièrement achevé, et qu’il en requérait l’impression être faite ; tellement que {g} la Faculté, par un très judicieux décret, ordonna qu’il serait encore de nouveau examiné par ces mêmes délégués, ou autres qui seraient nommés en la place de ceux d’entre eux qui étaient absents ou décédés, afin qu’il n’y eût rien à désirer à une pièce de cette conséquence ; permettant après ce second examen l’impression et la publication en être faite par les ordres de mondit sieur de Saint-Jacques, lors doyen, qui conclut aux mêmes fins. Les belles productions ne se peuvent utilement éclore qu’à loisir. Celle-ci, qui requérait divers éclaircissements sur quantité de remèdes, la plupart contestables, avait besoin de ce temps pour être bien reçue, et pouvoir exposer sans aucun scrupule ces remèdes, qui furent tous examinés, non seulement par les docteurs qui en avaient particulièrement la charge, mais par tous leurs collègues qui avaient droit de suffrage en toutes les assemblées qui se firent pour en aviser. La plus nombreuse fut celle du 23e avril ensuivant, {h} où tous les docteurs ayant été convoqués par article spécial pour donner leurs avis touchant l’impression de cet Antidotaire, elle fut accordée à condition que chacun des députés rapporterait à la Faculté son sentiment touchant les remèdes de leur ressort, afin que tous les autres docteurs eussent à délibérer sur les difficultés qui pourraient naître en ces matières et que, les voix étant supputées, {i} le doyen conclût selon leur pluralité ; {j} et pour y procéder plus mûrement, il fut ordonné qu’on se rendrait réglément deux fois la semaine dans les Écoles d’en haut pour donner la dernière main à cet ouvrage. La première et seconde section, concernant les eaux distillées et les sirops, passèrent dans l’approbation de la Faculté sans qu’elle y trouvât rien à censurer. Il y eut plus de difficulté le 20e juin audit an dans l’examen des purgatifs, dont la conséquence ayant été jugée plus grande que des autres remèdes altératifs, il survint quelque contraste dans les avis touchant les hières, qui furent néanmoins admises avec l’hydragogue décrit dans le Code, aussi bien que l’électuaire Diasaru de Fernel, propre à purger par le vomissement les humeurs pituiteuses et grossières contenues dans le ventricule {k} et les autres parties voisines. Mais sur la proposition qui fut faite que ce remède était ordinairement de peu d’efficace, et que pour faire une évacuation plus considérable le vomitif d’antimoine était plus convenable, son vin émétique fut publiquement proposé aux assistants pour suppléer au défaut de ce faible vomitif, plus propre à émouvoir qu’à évacuer suffisamment, et pour être substitué à l’ellébore des anciens, dont l’usage fut jugé périlleux pour les convulsions et autres fâcheux symptômes qu’il ne produit que trop souvent. Après diverses contestations faites de part et d’autre, enfin il fut résolu que le vin émétique du safran des métaux serait inséré parmi les purgatifs de cette même classe. Ce furent les sentiments de feu Mes Jacques Cousinot, {l} premier médecin du roi, Gabriel Hardouin de Saint-Jacques, Jean de Bourges, Jacques Jouvain, Jean Vacherot, Nicolas Héliot, Hugues Chasles, Mathurin Denyau, et de la plus grande partie des autres docteurs qui étaient présents à cette action, dont les voix ayant été supputées par Me Philippe Hardouin de Saint-Jacques, doyen, il conclut suivant la pluralité d’icelles, et à la manière accoutumée, à ce que le vin émétique d’antimoine fût rédigé en la section des remèdes purgatifs. Les sections suivantes de ce qui restait de médicaments à examiner furent parachevées chacune en leur ordre, qui fut si ponctuellement observé que le 20e octobre de ladite année 1637 on accomplit cette pièce tant désirée de tout le monde, l’Antidotaire de la Faculté de médecine de Paris, après avoir travaillé sept mois consécutifs à le purger de remèdes inutiles ou dangereux. Ledit sieur de Saint-Jacques, doyen, aux veilles et aux travaux infatigables duquel est due la principale gloire de cet excellent ouvrage, n’en eut pas plus tôt fait son rapport à la Compagnie, qu’elle ordonna que cet Antidotaire serait mis en lumière dans la forme qu’il avait été compilé par les docteurs commis à cette fin, et approuvé par tous les autres qui avaient assisté aux assemblées, où chaque remède fut proposé en son rang pour y être réformé et corrigé, en cas qu’on eût quelque raison de le faire. Et bien qu’on y eût par ce moyen employé toute l’exactitude possible, néanmoins notre Faculté, pour rendre cette édition plus recommandable et ôter tous les sujets de plainte à ceux qui voudraient quelque jour y trouver à redire, ne voulut point qu’on travaillât à son impression, qu’au préalable il n’eût été de nouveau mis au net et lu publiquement par le doyen ; ce qui fut exécuté de point en point en cinq assemblées tenues dans les hautes salles de nos Écoles les 27e octobre, 10, 14, 17 et 22 novembre ensuivants, que tous les remèdes compris dans ce Code furent lus hautement et distinctement ; après laquelle lecture, il fut conclu dans cette dernière séance du 22e novembre qu’il serait imprimé et mis en lumière de la façon qu’il avait été décrit, et lu en présence des docteurs qui s’étaient trouvés en ces cinq assemblées. Cette affaire ainsi réglée par le consentement unanime de toute la Faculté qui avait eu la communication du vin émétique, aussi bien que des autres remèdes, auxquels la plus grande partie de l’École avait donné ses suffrages, le doyen travailla si vigoureusement à l’édition de cet Antidotaire qu’il fut mis au jour l’an 1638 avec un tel applaudissement de tous les docteurs, que pour lui en témoigner leurs sentiments, on le remercia le 16e octobre de la même année, au nom de toute la Compagnie, d’avoir employé ses soins à la publication de cet ouvrage si nécessaire à l’accomplissement de la médecine ; et pour marque d’une entière satisfaction, il fut arrêté qu’on apposerait à son frontispice les noms et surnoms de tous les docteurs régents de la Faculté de Paris ; lesquels y ayant été mis au nombre de 110, ils servent d’une approbation authentique au vin émétique, aussi bien qu’aux autres remèdes qui y sont compris. »


  1. V. supra note [3].

  2. 1624.

  3. Compositions purgatives.

  4. Charles i Bouvard.

  5. Pastilles (v. note [7], lettre latine 341).

  6. Jean ii Riolan.

  7. Tant et si bien que.

  8. 1637.

  9. Comptées.

  10. Majorité.

  11. Estomac.

  12. Jacques ii Cousinot.


Toute la Compagnie allait donc finir par approuver le vin émétique, et tel fut le germe de l’ardente querelle qui a agité Guy Patin et ses comparses tout au long de sa Correspondance ; ce fait en est absolument indissociable.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Claude II Belin, le 18 janvier 1633. Note 14

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(Consulté le 27.11.2020)

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