Autres écrits : Traité de la Conservation de santé (Guy Patin, 1632) : Chapitre VIII
Note [18]

L’Italien dont parlait Paul Jove (Elogia veris clarorum virorum imaginibus apposita, quæ in musæo Iovanio Comi spectantur [Éloges des célèbres hommes ajoutés à leurs authentiques portraits qui se voient dans le cabinet de Jove, natif de Côme], Venise, Michaël Tramezius, 1546, in‑4o, fos 50 vo‑51 ro) était Giovanni Manardi (v. notes [2] et [3], lettre 533) :

Ioannes Manardus Ferrariensis in Pannonia Vladislao Rege, medendi artem exercuit ; eandamque demum in gymnasio Ferrariæ professus Epistolarum Librum edidit, quo magna medentibus, et pharmacopolis utilitas paratur ; quum terræ frugibus, indicisque præsertim in Medicinæ usus adoptatis, obsoleto antiquo nomine, et incerta virium potestate, perobscuris eruditam claritatem attulerit. Duxit autem uxorem plane senex, et articulorum dolore distotrus, ab ætate, formaque florentis juvenis toro dignam adeo levi judicio, et lætali quidem intemperantia, ut maturando funeri suo, aliquanto prolis, quam vitæ cupidior ab amicis censeretur.

Dum Manarde Vigil cum prole Coronidis esses,
Vidisti vitam perpetuam esse tuam.
At dum formosa cum Pallade conjuge dormis,
Sensisti mortem curvus adesse senex.
Hic nunc clare iaces, et quem Podalirion esse
Vidimus, annosum sustulit ipsa Venus.

[Giovanni Manardi, natif de Ferrare, a exercé la médecine en Hongrie sous le règne de Vladislas, puis a professé cet art à l’Université de Ferrare. Il a publié un livre d’épîtres fort utile aux médecins et aux pharmaciens, {a} car il a jeté une docte clarté quant à l’ancien nom oublié et au pouvoir incertain des plantes les plus obscures qu’on emploie en médecine, principalement celles venues des Indes. Étant déjà fort vieux et tout perclus de rhumatisme, il épousa une femme que sa jeunesse et sa beauté rendaient dignes de la couche d’un homme dans la fleur de l’âge, avec si peu de sagesse et de si fatale immodération que ses amis le jugèrent plus désireux de hâter son trépas et d’engendrer quelque descendance que de vivre.

Tant que tu t’es soucié d’assurer la descendance d’Esculape, {b} tu as semblé, Manardi, voué à l’éternité ; mais maintenant que tu partages la couche nuptiale d’une belle Pallas, tu as compris n’être qu’un torve vieillard approchant de la mort. Ici tu gis maintenant et nous te voyons devenu Podalirios ; {c} Vénus en personne t’a emporté, usé par les ans]. {d}


  1. Manardi (1462-1536) avait exercé la charge de premier médecin de Ladislas ii, roi de Hongrie (ancienne Pannonie) de 1491 à 1516. De retour à Ferrare en 1519, Manardi y enseigna la médecine jusqu’à sa mort. V. note [78], lettre latine 351 pour ses vingt livres d’Epistolarum medicinalium [Épîtres médicales]

  2. Coronides, fils de Coronis, est un autre nom d’Esculape (v. note [5], lettre 551).

  3. Les deux Asclépiades (fils d’Esculape), Podalirios (ou Podalire) et son frère Machaon (v. note [4], lettre 663), servirent les Grecs comme médecins pendant la guerre de Troie. Après la victoire, l’oracle de Delphes conseilla à Podalirios d’aller vivre dans un pays où le ciel tombait sur la terre. Il s’établit dans la ville de Syrnos en Carie, au centre d’un cirque montagneux, et épousa Syrna, fille du roi de ce lieu.

  4. Ces vers sont de Petrus Curtius (Pierre de Corte, Bruges 1491-1567), premier évêque de Bruges, en 1560.

Éloy a fourni l’épilogue de ces railleries :

« Julie, femme de Manard, a émoussé la pointe épigrammatique de ces vers, par l’inscription honorable qu’elle fit graver sur le tombeau de son mari :

Joanni Manardo Ferrariensi
Viro, uni omnium integerrimo ac sanctissimo,
Philosopho ac Medico doctissimo,
Qui annos p. m. lx continenter tum docendo, tum scribendo,
Tum innocentissime medendo,
Omnem Medicinam ex arce bonarum Litterarum fœde prolapsam,
Et in Barbariæ potestatem ac ditionem redactam,
Prostratis ac profligatis hostium copiis,
Identidem ut Hydra renascentibus,
In antiquum, pristinumque statum ac nitorem restituit :
Lauream omnium bonorum consensu adpetus,
iv et lxx annum agens,
Omnibus omnium ordinum sui desiderium relinquens,
Humili se hoc Sarcophago condi voluit.
Julia Manarda Uxor
Quod ab ea optabat ;
Posuit.

Hæc brevis exuvias magni capit Urna Manardi,
Nam virtus late docta per ora volat,
Mens pia cum Superis cœli colit aurea templa ;
Hinc Hospes vitæ sint documenta tuæ.

Anno m. d. xxxvi. »

[À Giovanni Manardi, natif de Ferrare,
homme unique entre tous pour son intégrité et sa sainteté, philosophe et très savant médecin qui, pendant les 60 années qui ont précédé sa mort, en enseignant la médecine, en écrivant à son sujet et en l’exerçant de manière irréprochable, l’a rétablie dans son éclat d’antan, alors qu’elle était odieusement tombée hors de la citadelle des belles-lettres, abandonnée au pouvoir et à l’empire de la barbarie, après que quantité d’étrangers l’eurent terrassée et abattue, sans cesse régénérés, à la manière de l’Hydre ; {a} s’étant acquis, par consentement unanime, les lauriers de la gloire, en sa 74e année, regretté par tous ceux de sa Compagnie, il a voulu être inhumé en cet humble tombeau.
Julia Manarda, son épouse,
y a posé cette inscription, comme il le lui avait demandé :

Cette petite urne contient la dépouille de Manardi, son immensément savante vertu vole de bouche en bouche, et son pieux esprit habite les temples dorés du ciel auprès du Très-Haut. Puise ici, Voyageur, des enseignements pour ta propre vie.

L’an 1536].


  1. V. note [5], lettre 607.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Traité de la Conservation de santé (Guy Patin, 1632) : Chapitre VIII. Note 18

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(Consulté le 28.10.2021)

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