À Charles Spon, le 8 mai 1648
Note [27]

Élie Béda, sieur des Fougerais (Paris vers 1600-ibid. 21 août 1667), fils aîné d’un avocat protestant (v. note [9], lettre 240), avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1624. Sa première présidence de thèse, le 19 décembre de la même année, fut pour la première quodlibétaire de Guy Patin (v. note [4], lettre 3). Par la suite, l’adhésion de Béda au parti antimonial fut la cause d’une brouille tenace entre le maître et son intransigeant élève. Béda venait en outre de se convertir au catholicisme, ce qui allait sans doute contribuer aux progrès de sa carrière. Pourvu de la charge de médecin ordinaire de Madame puis de médecin ordinaire du roi, il se constitua une immense et opulente clientèle à la cour et dans la haute noblesse, n’hésitant pas, semble-t-il, à recourir aux ressources les moins nobles de son art : on accusa ce « vénérable charlatan » d’être avorteur (v. note [8], lettre 849) ; cela lui valut les foudres de la Faculté de médecine qui lui infligea une réprimande sévère et s’en fit l’un de ses ennemis les plus farouches. Le 23 décembre 1651, Patin, doyen, fit voter sa Compagnie contre le titre de noblesse dont Béda se prévalait (v. note [3] des Décrets et assemblées dans les Commentaires de 1651-1652).

Sans parler de son apostasie de 1648, La France protestante (Paris, Sandoz et Fischbascher, 1879, in‑8o, 2e édition, tome deuxième, page 194) a glorifié le zèle calviniste de Béda et détaillé sa progéniture :

« Élie Bedé, sieur des Fougerais ou des Fougerets, préféra la carrière de son grand-père maternel {a} à celle de son père ; il fut un médecin distingué et docteur régent, c’est-à-dire professeur, à la Faculté de Paris. Avec un petit nombre de ses confrères, protestants comme lui, il soutenait la liberté religieuse dans le sein du corps médical officiel. Entre autres débats auxquels il prit partt, les registres de la Faculté mentionnent une délibération prise à la date du 23 janv. 1645, contre les docteurs Georges Arbault, Jean Des Gorris, François Mandat, Élie Bedé et Pierre Guénault qui se rebellaient contre l’ordre récemment donné aux étudiants de commencer leurs thèses par l’invocation : “ Deo optimo maximo et Virgini Deiparæ… ” {b} Les médecins hérétiques firent appel au Parlement contre cette mesure, bien vainement d’ailleurs. Élie Bedé avait épousé, <en> avril 1627, Marie Androuet, fille de l’architecte Jacques Androuet du Cerceau, dont il eut : Élie, 1627 ; David, 1629 ; Anne, 1630 ; Charles, 1633 ; Louis, 1634 ; David, 1636 ; Jean, 1639 ; Henri, 1642, lequel eut l’honneur d’être tenu sur les fonts baptismaux par Henri de La Tour, vicomte de Turenne et Anne de Coligny ; {c} enfin, Roc, baptisé le 7 septembre 1647. »


  1. La mère d’Élie était née Marie d’Ailleboust, fille de Jean, premier médecin du roi Henri iv (v. note [7], lettre 159).

  2. « Dieu tout-puissant et à la Vierge mère de Dieu… » : requête de la Faculté présentée Au roi et à nos seigneurs de son Conseil et Extrait des registres du Conseil privé dans les Comm. F.M.P., tome xiii fo 260 ro‑261 vo (en français), le 27 janvier 1644, sous le décanat de Michel i de La Vigne.

  3. V. notes [9], lettre 135, pour Henri de La Tour d’Auvergne, futur maréchal de Turenne, et [58], lettre 104, pour Anne de Coligny, arrière-petite-fille de l’amiral, Gaspard ii de Coligny, martyr du calvinisme en 1572.

Molière a caricaturé Élie Béda en Desfonandrès dans son Amour médecin (1665, v. note [1], lettre 835). Guy Patin n’a jamais ménagé dans ses lettres celui qu’il qualifiait (entre bien d’autres aménités) de « malheureux chimiste, boiteux des deux côtés comme Vulcain, qui tue plus de monde avec son antimoine que trois hommes de bien n’en sauvent avec les remèdes ordinaires » (lettre à Charles Spon du 22 septembre 1651).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 8 mai 1648. Note 27

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(Consulté le 02.04.2020)

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