À Charles Spon, le 16 novembre 1643
Note [31]

« À Brescia, les chants que composent les poètes ne sont pas dignes de torcher le cul aux gens de chez nous. »

Gilles Ménage cite ces deux vers léonins (v. note [4], lettre 58) dans son Anti-Baillet, ou Critique du livre de M. Baillet intitulé “ Jugemens des savans ” (dont la première édition date de 1688), parlant du poète brescian Lorenzo Gambara (mort à Rome en 1586) :

« Ce sont des vers de Muret, écrits de sa main à la tête de son exemplaire des Poésies de Gambara, qui est dans la bibliothèque des jésuites de Rome ; ce qui m’a été dit par le P. Sirmond, lequel avait vu cet exemplaire dans cette bibliothèque » {a}


  1. Guy Patin pouvait directement tenir l’anecdote du P. Jacques Sirmond (v. note [7], lettre 37).

Marc-Antoine Muret (Muret près de Limoges 1526-Rome 1585) professa les humanités dès l’âge de 18 ans au collège d’Auch, puis à Poitiers, à Bordeaux, où il fut le précepteur de Montaigne, et enfin à Paris. Au milieu de succès éclatants, Muret fut accusé de mœurs dépravées et enfermé au Châtelet. Rendu à la liberté, il se retira à Toulouse où il fut poursuivi par les mêmes accusations. Condamné au bûcher (1554), il s’enfuit en Italie, gagna Venise où il fut bien accueilli des savants ; et sur la réputation de son savoir, il fut appelé en 1560 à Rome par le cardinal et prince de Ferrare, Hippolyte d’Este. À partir de ce moment, Muret mena l’existence la plus heureuse et se vit recherché des princes et des grands. En 1561, il accompagna son prince protecteur au colloque de Poissy. De retour à Rome (1563), il fit avec un grand éclat des cours d’éloquence, de philosophie et de droit civil. Le pape Grégoire xiii l’appela le Flambeau et la Colonne de l’École romaine, et lui accorda le droit de cité, ce qui fit dire à Théodore de Bèze (v. note [28], lettre 176) : « Pour un penchant contre nature, Muret a été chassé de France et de Venise, et pour le même penchant, il a été fait citoyen romain. » Muret entra dans les ordres en 1576, refusa en 1578 les offres brillantes que lui fit Étienne Bathori, roi de Pologne, pour l’attirer dans ses États, reçut cette même année de Grégoire xiii mille écus d’or pour être resté à Rome et put, grâce à ses puissants protecteurs, braver les flétrissantes imputations que lui attiraient ses mœurs. On a de lui de nombreux écrits, mais son mérite le plus grand est d’avoir édité et commenté les œuvres de Pierre Ronsard (G.D.U. xixe s.).

Borboniana (article vii, pages 252‑253) :

« Comme Muret était fort malade dans l’hôpital de Venise, deux médecins contestant d’un remède pour lui donner, le lendemain l’un d’eux dit Faciamus periculum in vili anima. {a} Muret l’ayant entendu, lui dit en colère Etiam ne vilem animam quam Christus Sanguine suo redemit ? {b} On dit qu’il était si dévot qu’il pleurait toujours en disant la messe »


  1. « Faisons-en l’expérience sur une âme vile. »
  2. « Y a-t-il même une seule âme vile que le Christ n’ait pas rachetée par son sang ? »

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 16 novembre 1643. Note 31

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0097&cln=31

(Consulté le 16.07.2020)

Licence Creative Commons