À Charles Spon, le 4 février 1653
Note [5]

Jean Charlier dit Gerson (Gerson près de Rethel 1363-Lyon 1429), chancelier de l’Université de Paris, a mis ses talents oratoires, théologiques et philosophiques au service du gallicanisme, et s’est opposé au Grand Schisme d’Occident qui entraîna la division de la papauté entre Rome et Avignon (1378-1418). Brisé par les déceptions, Gerson embrassa la vie ascétique et méditative, et passa les dix dernières années de son existence dans un couvent de célestins (v. note [46] du Naudæana 3) à Lyon où il composa le plus grand nombre de ses traités mystiques. Il fut inhumé dans une petite chapelle latérale de l’église Saint-Laurent, annexe des Célestins de Lyon.

L’Imitation de Jésus-Christ (v. note [35], lettre 242), rien de moins que le plus fameux texte contemplatif de la chrétienté, est son ouvrage le plus connu ; on lui en a pourtant contesté la paternité (en raison de sa quasi-homonymie avec le fictif bénédictin Johannes Gersen), pour finalement la lui ôter (mais avec l’ombre d’un sérieux doute, v. notes [29], [30], [31] et [32] du Naudæana 3).

Jean-Baptiste L’Écuy (Essai sur la vie de Jean Gerson… Paris, Chaudé, 1832, in‑8o, tome second, pages 258‑260) :

« Vers le milieu du xviie siècle, Gerson et tout ce qui le concerne étaient tombés à Lyon dans un profond oubli, lorsqu’un événement imprévu vint rendre à la mémoire du chancelier de Paris un nouvel éclat. Le 14 avril 1643, des fossoyeurs creusant, dans l’église de Saint-Paul ou celle de Saint-Laurent, une fosse pour une dame lyonnaise, nommée Mme de Grassi, firent tomber d’un coup de pioche quelques pierres qui, détachées du paroi <sic> auquel elles appartenaient, y produisirent une ouverture. La curiosité les poussa à y introduire une lumière, au moyen de laquelle ils aperçurent un cercueil garni de cercles de fer, renfermé dans un entourage de briques, et duquel, dit la relation, s’exhalait une odeur suave. Ils firent part de leur découverte à quelques membres du chapitre, qui vinrent la vérifier. Bientôt, le bruit se répandit dans tout Lyon qu’on venait de trouver dans l’église de Saint-Paul, le tombeau d’un saint, et l’on soupçonna que c’était celui de Gerson. Aussitôt, une foule immense remplit l’église et les environs, et ce fut avec assez de peine que l’on put procéder à l’inhumation de la dame de Grassi. Le lendemain, de grand matin, le peuple se renouvela. Parmi ceux qui se présentèrent, se trouva une veuve nommée Marguerite Le Roux, qui, étant quelques mois auparavant à Montpellier dans une maison où le feu avait pris et ne voyant pas d’autre moyen d’échapper aux flammes, sauta par la fenêtre et perdit dans sa chute l’usage de ses jambes. Elle s’approcha du tombeau, pleine de foi, y pria avec ferveur pendant une demi-heure et commença à sentir quelque soulagement ; puis elle se leva sur ses jambes, ce qu’elle n’avait pas pu faire depuis son accident ; et avant de sortir de l’église, elle se trouva entièrement guérie. Quelques autres guérisons suivirent celle-là. L’archevêque de Lyon de cette époque crut alors devoir prendre connaissance d’un événement si extraordinaire. C’était Louis-Alphonse de Richelieu, frère du ministre de ce nom, ancien chartreux et alors cardinal. {a} Il se transporta dans l’église, descendit dans le caveau et fit ouvrir le cercueil, sur le couvercle duquel se trouvait l’inscription : Ioannes de Gerson, cancellarius Parisiensis. Le corps était entier, très bien conservé et encore enveloppé dans ses habits sacerdotaux. Sur la poitrine était un calice d’étain qui paraissait s’être échappé des mains. Après avoir inspecté avec vénération et un pieux attendrissement ces précieux restes, et en avoir extrait quelques parcelles des cheveux et des vêtements, qu’il distribua à ceux qui étaient présents, le cardinal fit refermer le tombeau et ouvrir les portes de l’église, où le peuple se précipita en foule. Ces détails sont extraits de la relation qu’en dressa sous ce titre, Gersonius in tumulo gloriosus, l’un des perpétuels de Saint-Paul, nommé Étienne Verney, natif de Lyon et domicilié dans cette ville, témoin oculaire. {b} Il la dédia au cardinal de Richelieu, premier ministre. Verney y rapporte un grand nombre de miracles qui s’opèrent au tombeau de Gerson. Ces faits bien vérifiés et le culte rendu à Gerson d’une manière aussi authentique parurent suffisants à André du Saussay, {c} évêque de Toul, pour l’autoriser à placer ce pieux docteur dans son Martyrologium Gallicanum. Par les mêmes raisons, le jésuite Théophile Raynaud l’inséra dans le Catalogue des saints de Lyon. Ce culte, qui s’était renouvelé si glorieusement et avec tant d’éclat, disparut de nouveau. Au commencement du xviiie siècle, il n’en était presque plus question, bien que l’on vît encore dans l’église de Saint-Laurent, rebâtie par la piété de MM. de Mascarini, gentilshommes grisons, le tombeau de Gerson, avec l’épitaphe à la droite de la chaire du prédicateur. Cette même église, convertie en 1793 en magasin de fourrage, fut depuis démolie. Le terrain sur lequel elle était construite fait aujourd’hui partie d’une place publique. »


  1. V. note [12], lettre 19.

  2. Iohannes Charlierus de Gerson, in tumulo gloriosus [(La Gloire de Jean Charlier de Gerson renaissante de son sépulcre] (Lyon, 1643, in‑4o).

  3. V. note [18], lettre 325.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 4 février 1653. Note 5

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(Consulté le 16.05.2022)

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