L. 304.  >
À Charles Spon,
le 4 février 1653

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Pour M. Spon.

Monsieur, [a][1]

Je vous écrivis le dernier de janvier une lettre d’une bonne page seulement et vous l’envoyai avec une autre pour M. Falconet ; dans laquelle je vous donnais avis que huit jours auparavant, je vous avais envoyé une grande lettre de quatre pages par la voie de M. Gras, à qui ledit paquet devait être rendu par quelqu’un de la maison de M. Lorin, [2] jadis procureur du roi en votre ville de Lyon, qui s’était voulu charger presque malgré moi dudit paquet et qui m’assura qu’il lui serait rendu en main propre ; je crois bien que vous avez reçu l’un et l’autre. Maintenant, je vous dirai que l’on nous promet ici un jubilé [3] pour le commencement du carême : [4] c’est une consolation spirituelle que le pape [5] nous veut donner en récompense de tant de malheurs que le Mazarin, [6] sa créature, nous donne et qu’il cause à toute la France. [1]

On réimprime à Rome le Ciaconius [7] en deux volumes in‑fo[2] c’est un grand ouvrage auquel plusieurs ont mis la main qui contient la vie des papes et les éloges de tous les cardinaux qui ont jamais été ; cette dernière édition sera continuée jusqu’à la présente année.

Le vendredi dernier de janvier, qui est le même jour que je vous envoyai ma dernière, les députés du Parlement furent au Louvre [8] où le roi [9] leur parla rudement. Ils y furent mal reçus en toutes les propositions qu’ils y firent et surtout, le roi leur défendit de se mêler d’aucune affaire d’État, de s’assembler ni pour les rentes que l’on ne paie point, ni pour aucune autre occasion que pour la réception des officiers, ut solent[3] ou quand ils en auront un ordre exprès de Sa Majesté. Le chancelier [10] même leur dit fort expressément que, véritablement, le roi leur avait donné une amnistie, mais que ce n’était qu’un rideau que le roi pouvait lever, après quoi beaucoup de choses seraient découvertes et mises à nu qui leur feraient honte ; que le passé était passé, mais qu’ils se devaient souvenir du passé pour l’avenir et ne plus se mêler de tant d’affaires, etc., qui ont été de beaux cadeaux de cette même nature.

Je viens d’apprendre de M. Henry, [11] Lyonnais, que les deux traités du P. Th. Raynaud [12] sont intitulés l’un de Terminalibus vitæ, l’autre de Conservatione cadaverum[4] qui sont les deux que M. Moreau [13] cherche pour soi et pour lesquels je vous prie pareillement pour moi s’ils se peuvent recouvrer ; que ce dernier a été fait à propos du corps d’une femme qui avait été trouvé à Lyon sain et entier après plusieurs mois de son inhumation ; et peut-être aussi de celui de Jean Gerson, [14] enterré à Lyon, lequel fut découvert et reconnu l’an 1643, et sur quoi un prêtre de Lyon écrivit un petit livret. [15] L’avez-vous jamais vu, vous en souvenez-vous ? Tâchez d’en recouvrer un pour moi, et m’excusez de tant de peines que je vous donne. [5][16]

J’ai ici entre mes mains le livre in‑4o du P. Labbe [17] qu’il a intitulé Nova Bibliotheca ms. librorum, sive specimen Antiquarum lectionum, etc.[6] dans lequel vous eussiez eu dessein de faire mention de votre Celse [18] manuscrit. Je ne sais si cela fût tombé dans le dessein de l’auteur, mais je vous avertis que tout ce labeur n’est pas grand’chose. Je ne sais à qui il peut être profitable, mais je n’y apprends rien ni n’y connais rien que divers titres de livres qui me sont fort indifférents et qui peut-être ne valent rien. Je lui parlerai pourtant quelque jour de votre Celse, je l’ai quelquefois vu et rencontré chez un conseiller de Châtelet qui est en ce quartier : voilà d’où je le connais.

Le lundi 3e de février, le Mazarin est rentré dans Paris à deux heures après midi dans le carrosse du roi qui était allé au-devant de lui jusqu’à trois lieues d’ici ; grand festin ensuite, de viandes fort succulentes pour rengraisser cet homme qui vient de la guerre et pour réparer les brèches de sa fatigue, ut tandem possit blando superesse labori[7][19] Plût à Dieu qu’il nous eût donné la paix !

Je viens de recevoir une lettre de Gênes [20] de M. Musnier, [21] par laquelle il me donne avis d’un paquet de lettres assez gros qu’il a adressé à M. Huguetan, [22] et dont même il a payé le port à Gênes afin que ledit M. Huguetan n’en soit en aucune façon incommodé. Ce paquet contient un manuscrit de Liceti [23] qu’il m’adresse pour avoir avis de Messieurs de Sorbonne [24] sur une difficulté ou plutôt une controverse qu’il a touchant la création du monde avec un certain moine d’Italie qui lui a contredit publiquement, idque scripto[8] à quelque opinion qu’il avait tenue en un de ses volumes, de Quæsitis per epistolam[9] Je vous prie de prendre la peine de voir au plus tôt ledit M. Huguetan et de prendre de lui ledit paquet, lequel vous m’enverrez s’il vous plaît par la poste, avec quelque petit mot de votre main par lequel vous me donnerez assurance de votre santé, à la charge que je serai cordialement toute ma vie, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce mardi 4e de février 1653.

Quand MM. Huguetan et Ravaud [25] auront reçu pour moi ce paquet de Gênes, je vous prie de leur rendre sur-le-champ et tout à l’heure ce qu’ils auront déboursé pour moi, et de me le mettre sur mes parties. Je vous dois déjà quelque autre petite chose, je compterai du tout ensemble avec M. Du Prat [26] dès qu’il sera à Paris ; je me souviens que nous en avons autrefois parlé céans.

Je vous supplie de faire mes très humbles recommandations à MM. Gras, Garnier et Falconet, qui est celui qui vous doit faire rendre cette lettre, [10] et à MM. Huguetan et Ravaud, auxquels je recommande très humblement un paquet de livres que M. Musnier de Gênes leur adresse pour moi et qu’ils pourront recevoir avant la fin du mois présent ; je les prie d’en avoir du soin et de le mettre dans la première balle qu’ils enverront de deçà, je paierai et rembourserai tous les frais très volontiers.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 4 février 1653

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(Consulté le 05.06.2020)