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À Claude II Belin, le 12 novembre 1654

Monsieur, [a][1]

C’est pour répondre à celle que je viens de recevoir de votre part, pour laquelle je vous remercie. On parle ici d’un nouveau libelle pour M. Courtaud [2] contre M. Guillemeau, [3] que je n’ai point encore vu. Je suis las de lire et d’ouïr tant d’injures, habeat uterque sibi res suas[1] J’ai maintenant autre chose qui me presse, savoir des leçons à faire pro Cathedra regia[2][4][5] lesquelles j’espère de commencer ce carême, après que j’aurai fait ma harangue d’entrée. Je pense que M. Gérard [6] est guéri, je l’ai laissé en fort bon état, Dieu merci, mais il se doit conserver et sibi cavere a recidiva[3] Le livre de M. Perreau [7] n’est point encore achevé, mais il tend à la fin. L’auteur me dit hier qu’il n’y avait plus que trois feuilles, y compris l’indice. Il sera bien étoffé et tout autrement meilleur que celui de M. Merlet. [4][8] Mon fils aîné [9] est ici de retour, je vous remercie derechef de la bonne chère que vous lui avez faite. Je vous supplie de faire mes recommandations à M. Maillet, [10] votre collègue, et de savoir de lui en quel an il prit ici les leçons de feu M. Cousinot [11] de sanguine ex qualibet corporis parte profluente : [5] 1632, 33, 34 ou 35, il vous le dira et je le voudrais bien savoir ; c’est lui-même qui me l’a dit céans, mais je ne me souviens pas de l’année qu’il me désigna ; vous me ferez la faveur de me le mander à votre première commodité. Il y a ici un livre nouveau in‑8o en latin, imprimé à Orange, [12] intitulé Claudii Sarravii, Senatoris Paris. Epistolæ. C’était feu M. de Sarrau, [13] conseiller de la Cour, huguenot, [14] que l’antimoine tua il y a trois ans passés. [15] Il y a là-dedans de fort bonnes choses et entre autres, le P. Petau [16] y est rudement traité. [6] Tout est ici en repos. La reine de Suède [17] est à Anvers. [18] On ne sait où est le cardinal de Retz. [19] Papa convalescit[7][20] Le père Chartier [21] est ici mort d’une apoplexie [22] subite, [23] laquelle le surprit à cheval, et mourut sur-le-champ âgé de 82 ans : voilà son Galien grec demeuré, [8][24] sa famille en est ruinée. On a découvert une conspiration à Bordeaux, [25] que ces gens-là faisaient pour se donner à l’Espagnol. Cromwell [26] a une grande armée sur mer, mais on ne sait point son dessein. Vale et me ama. Tuus ex animo,

Guido Patin. [9]

De Paris, ce 12e de novembre 1654.


1.

« que tous deux vaquent donc à leurs affaires. »

V. note [2], lettre 380, pour le Lenonis Guillemei… (Paris, 1654) des Montpelliérains contre Charles Guillemeau.

2.

« pour la chaire royale [du Collège de France] ».

3.

« et bien se méfier d’une rechute. »

4.

V. notes [3], lettre 346, pour les Remarques… de Jean Merlet (mars 1654) contre L’antimoine triomphant d’Eusèbe Renaudot, et [14], lettre 358, pour le Cani miuro… de Charles Guillemeau (juin 1654).

5.

« sur le saignement provenant de n’importe quelle partie du corps » : cette leçon au Collège de France donnée par Jacques ii Cousinot (mort en 1646, v. note [26], lettre 7) n’a pas été imprimée ; v. notes [6], lettre 140, pour Édouard Maillet, médecin de Troyes qui avait dû en conserver une copie, et [27], lettre 380, pour retour de Guy Patin sur ce sujet.

6.

Claudii Sarravii, Senatoris Parisiensis, Epistolæ. Opus posthumum ad Serrenissimam Christinam, Suediæ reginam.

[Lettres de Claude Sarrau, magistrat parisien. Œuvre posthume {a} dédiée à la sérénissime Christine, reine de Suède].


  1. V. note [14], lettre latine 201, pour Claude Sarrau, mort le 19 mai 1651.

  2. Orange, sans nom, 1654, in‑8o de 351 pages ; édition établie par Isaac Sarrau (v. note [39], lettre 420), fils de Claude et signataire de la dédicace à la reine Christine (datée de Paris le 13 septembre 1654).

    Les lettres ne sont ni numérotées ni indexées. La réédition augmentée de Leyde, 1711 corrige heureusement ce défaut.


La majorité des lettres de Sarrau sont adressées à Claude i Saumaise. Elles contiennent plusieurs passages véhéments contre les jésuites et favorables aux jansénistes, mais rien de vraiment méchant à l’encontre du P. Petau. On y lit (page 98, lettre à Saumaise datée de Paris le 12 mars 1644) cette juste pensée, qui peut servir de devise à tous les épistoliers :

De edita epsitola, iacta est alea.

[Quand on a envoyé une lettre, le sort en est jeté].

7.

« Le pape reprend des forces. »

8.

V. note [13], lettre 35, pour l’édition inachevée (demeurée incomplètement publiée) des œuvres complètes de Galien (après celles d’Hippocrate) par René Chartier.

9.

« Vale, aimez-moi. Vôtre de tout cœur, Guy Patin ».

La chronique des guerres civiles anglaises établie par Plant ne mentionne pas la constitution d’une grande armée navale à cette époque. Au contraire, elle fait état d’un mouvement de protestation des marins de Portsmouth réclamant un adoucissement de leurs conditions de service : suppression du recrutement forcé (presse), versement d’une rente aux veuves de guerre, etc.

a.

Ms BnF no 9358, fo 155, « À Monsieur/ Monsieur Belin,/ Docteur en médecine,/ À Troyes. » ; Reveillé-Parise, no cxxvi (tome i, pages 213‑212, datée du 21 novembre 1654).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Claude II Belin à Guy Patin, le 12 novembre 1654.
Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0379
(Consulté le 05.10.2022)

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