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À André Falconet, le 20 avril 1663

Monsieur, [a][1]

J’avais recommencé mes leçons [2] en fort belle compagnie, mais on pendit hier trois jardiniers, [3] voleurs de grand chemin, dont l’un a été porté en nos Écoles pour en faire l’anatomie ; [4] c’est pourquoi j’ai averti mes auditeurs que je ne continuerai mes leçons qu’après l’anatomie. Je vous chercherai quelque thèse [5] de la saignée [6] dans l’apoplexie, [7] que vous me demandez, je crois qu’il y en a ; cependant, voyez Duret [8] In Coacas Hippo. et Hofmanni Commentaria in Galenum de Usu partium[1][9] L’apoplexie proprement dite vient toujours du sang, mais c’est une maladie très rare. Les Anciens l’ont appelée ictum sanguinis[2] comme on lit dans Aurelius Victor [10] en parlant de l’empereur Verus [11] qui inter Altinum et Concordiam ictu sanguinis exanimatus est, quem Græci apoplexin dicunt[3] Nous avons perdu notre maître Jean Maurin, [12] Provençal fameux, esclave des apothicaires ; [13] il est allé ordonner des perles [14] en l’autre monde en leur faveur. Il a été suivi de M. Du Clédat [15] Gascon de La Réole en Bazadais. [4][16] Je pense que les apothicaires feront en leur chapelle dire des messes pour le repos de l’âme de ces deux hommes ; mais prier Dieu pour ces gens-là, n’est-ce pas abuser de sa bonté, ne faudrait-il pas auparavant savoir s’ils étaient baptisés, s’ils croyaient en Dieu et s’ils avaient une âme ? Adieu. Je suis, etc.

De Paris, ce 20e d’avril 1663.


1.

« dans les Coaques d’Hippocrate [v. note [10], lettre 33] et les Commentaires d’Hofmann sur la Fonction des parties de Galien [1625, v. note [11] de la lettre de Caspar Hofmann à Guy Patin, datée du printemps 1646]. »

2.

« coup de sang » (autre nom de l’apoplexie, v. note [19], lettre 104).

3.

« qui, entre Altinum et Concordia [deux villes de Vénétie], périt d’un coup de sang, que les Grecs appellent apoplexie. » V. notes [20], lettre 104, pour ce passage d’Aurelius Victor sur la mort de l’empereur Verus, et [7], lettre 639, pour la distinction entre apoplexie sanguine (que Guy Patin disait ici très rare) et l’apoplexie pituiteuse.

4.

V. note [3], lettre 743, pour La Réole et le Bazadais.

a.

Bulderen no ccxci (tome ii, pages 355‑356) ; Reveillé-Parise no dcxii (tome iii, pages 429‑430).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de André Falconet à Guy Patin, le 20 avril 1663.
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(Consulté le 07.04.2020)

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