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À André Falconet, le 27 juillet 1668

Monsieur, [a][1]

Vous aurez pour nouvelle de ce pays que le lieutenant criminel [2] travaille au procès d’un prêtre accusé de sorcellerie, [3] mais je ne crois point à ces bagatelles. Delrio [4] n’en a que trop dit, de même que Bodin dans sa Démonomanie[5] quoiqu’il n’y crût pas lui-même et qu’il soit mort juif[1] Un savant hollandais nommé Martinus Schoockius, [6] professeur à Groningue [7] en philosophie, est mort chez l’électeur de Brandebourg [8] où il avait été appelé par ce prince pour y décrire l’histoire du pays. Il a fait beaucoup de livres et était fort savant en diverses sciences, mais il était grand ennemi de M. Gronovius [9] qui est aujourd’hui le docteur de Leyde [10] le plus éminent. [2] Ce Martinus Schoockius est celui qui avait écrit entre plusieurs traités, un de l’aversion que plusieurs ont pour le fromage, [11] un traité de la bière [12] qu’il m’avait dédié, et un de la fermentation. Il fait ici fort chaud, mais il y a peu de malades. La raison en est dans Hippocrate, [13] c’est que les saisons sont comme elles doivent être quand il fait bon été, car alors il n’y a pas de dérèglement des saisons qui cause bien des maladies. [3] Deux voleurs d’églises et de saints ciboires ont été ce matin condamnés au Châtelet [14] à avoir le poing coupé [15] et être brûlés tout vifs, ce qui a été exécuté aujourd’hui. [16] Je suis, etc.

De Paris, ce 27e de juillet 1668.


1.

V. notes [25], lettre 97, pour la Démonomanie de Jean Bodin et son prétendu judaïsme, et [54], lettre 97, pour les Disquisitions magiques de Martin Anton Delrio, s.j.

L’Esprit de Guy Patin (page 50) :

« La plupart des apparitions d’esprit, des sorcelleries, des prédictions, divinations, et autres choses semblables, dont l’on étourdit les simples, qui veulent ensuite nous en étourdir, j’appelle tout cela la gazette des sots, et le credo de ceux qui ont trop de foi. C’est avoir trop de choses à faire que d’entreprendre de croire tout ce qu’on dit à ce sujet. Il est permis à un homme d’esprit de douter de tout dans ces occasions. L’extrême crédulité est le partage des ignorants. »

2.

Marten Schoock a publié quantité de curieux livres (dont un traité sur la bière, dédié à Guy Patin).

Toutes les biographies de Schoock donnent 1669 pour année de sa mort, à Francfort-sur-l’Oder (v. notes [6], lettre latine 318, pour son installation définitive dans le duché de Brandebourg en 1664). Force est donc de conclure que les précédents éditeurs ont antidaté cette lettre d’une année. Le dernier de la soixantaine d’ouvrages qu’il a signés est intitulé Tractatus de quadruplici lege regia. Autore Martin. Schoockio, Serenissimi atque Potentissimi Electoris Brandenburgici Consiliario et Historiographo. Editio altera, priori auctior et emendatior. Cum Indice Sectionum et Capitum [Traité de la quadruple Loi royale. Par Marten Schoock, conseiller et historiographe du sérénissime et tout-puissant électeur de Brandebourg. Seconde édition, revue et aygmentée, avec un index des sections et des chapitres] (Francfort-sur-l’Oder, héritiers de Jobus Wilhelmus Fincelius, 1668, in‑12o). Paquot en a résumé le contenu :

« L’auteur y traite 1o. de la Loi royale de la charité, qui est la reine des vertus, sur Jac. ii.8. 2o. De la Loi royale des Israélites, sur Deut. xvii.2 et i. Reg. viii. {a} soutenant qu’il s’agit dans ces deux endroits d’une autorité légitime. 3o. De la Loi royale des Romains, qu’il attribue à Tribonien. {b} 4o. De la Loi royale, en tant qu’elle a lieu dans toutes les monarchies. »


  1. Les références en italique renvoient à la Bible : Épître de saint Jacques, Deutéronome et Livre des Rois.

  2. Juriste byzantin du vie s.

V. note [5], lettre 97, pour Johann Friedrich Gronovius.

3.

La discussion d’Hippocrate sur les relations entre l’équilibre des saisons et la santé humaine occupe un chapitre du traité De l’Air, des eaux et des lieux.

a.

Bulderen no cccclxxv (tome iii, pages 284‑285) ; Reveillé-Parise no dcclxx (tome iii, page 679).

Ces deux éditions datent la lettre du 27 juillet 1668, mais elle annonce la mort de Marten Schoock (v. infra note [2]) et ne peut avoir été écrite qu’en 1669.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de André Falconet à Guy Patin, le 27 juillet 1668.
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(Consulté le 07.12.2019)

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