L. latine 68.  >
À Johannes Antonides Vander Linden, le 29 décembre 1656

[Ms BIU Santé 2007, fo 49 vo | LAT | IMG]

Au très distingué M. Antonides Vander Linden, docteur en médecine à Leyde. [a][1]

Bien que je n’aie guère de motif à vous écrire, je le fais pourtant, pour vous dire que je suis en vie et me porte bien. Je n’ai pas encore reçu le paquet de vos livres, je l’attends jour après jour et le désire avidement. Apprenez-moi, s’il vous plaît, qui a été Caspar Barthius : quand donc et où est-il mort, quel métier a-t-il exercé, s’est-il marié et a-t-il laissé des enfants, a-t-il appartenu au troupeau des catholiques ou des protestants ? [1][2] Madame Mancini, sœur du cardinal Mazarin, âgée d’une cinquantaine d’années, est ici passée de vie à trépas au Louvre, emportée par une fièvre lente. [2][3][4][5] En vue d’en éteindre l’incendie, pour suprême remède, mais pour empirer son sort, certains empiriques de la cour lui ont fait prendre trois fois de ce vin énétique empoisonné, tiré de l’antimoine. [6][7][8] Ce sont des médicastres, des vauriens issus du troupeau de Paracelse, [9][10] qui mentent aux bonnes gens et n’entendent pas du tout l’art dont ils font profession. Comment se porte M. Utenbogard, médecin d’Utrecht ? [11] Je pense que notre Simon Moinet habite chez M. Elsevier ; faites-lui parvenir, je vous prie, la lettre ci-jointe. [3][12][13] Portez-vous bien, très distingué Monsieur, et saluez s’il vous plaît nos très savants amis, MM. Vorst et Van Hoorne, Golius [14][15][16] et Georg Horn, qui a écrit de Originibus Americanis et les Dissertationes historicæ et politicæ : [4][17] ô l’homme d’un élégant esprit, que Dieu le garde, tout comme vous ! Portez-vous bien.

Votre Guy Patin de tout cœur.

De Paris, ce vendredi 29e de décembre 1656.


1.

V. note [6], lettre 610, pour le philologue allemand Caspar Barthius (von Barth, mort à Leipzig en 1658).

2.

V. lettre du 19 janvier 1657 à Charles Spon, pour la mort de Hiéronyme Mancini (née Geronima Mazzarina).

3.

Nouvelle lettre de Guy Patin à Simon Moinet (v. note [13] de la lettre inédite de Patin venue de Russie), dont il n’existe pas d’autre témoignage (v. note [1], lettre latine 66). Telle était sans doute la raison véritable du présent courrier à Johannes Antonides Vander Linden, qui servait d’intermédiaire à Patin car il ignorait l’adresse exacte de Moinet.

4.

Ces deux ouvrages de Georg Horn (Hornius, v. note [6], lettre 354) sont :

  • De Originibus Americanis libri quatuor [Quatre livres des Origines américaines] (La Haye, Adrian Vlacq, 1652, in‑8o) ;

  • Dissertationes historicæ et politicæ [Dissertations historiques et politiques] (Leyde, 1655, v. note [20], lettre 417).

a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite à Johannes Antonides Vander Linden, ms BIU Santé 2007, fo 49 vo.

s.

ms BIU Santé 2007, fo 49 vo.

Clariss. viro D. Ant. Vander Linden, Doct. Med. Leidam.

Licet vix habeam quod scribam, scribo tamen, ut scias me valere, et vivere.
Tuorum librorum fasciculum non dum accepi, quem in dies expecto et avidè expeto.
Doce me, sodes, quis fuerit Caspar Barthius ; puto eum fuisse Germanum : quando
nam et ubinam obierit ? quam artem exercuerit ? an uxorem habuerit et liberos
reliquerit ? an fuerit de grege Romanorum vel Protestantium ? Hîc hodie in arce
regia vitam cum morte commutavit Domina Mancinia, Card.Mazarini vidua soror,
quinquagenaria : ex febre continua, ad quam cujus extinguendum incendium, pro summo
remedio ter ei fuit exhibitum vinum illud eneticum, venenatum, ex stibio medi-
catum, ab aulicis quibusdam Empiricis, medicastris, nebulonibus de grege Para-
celsi, bonos homines mentientibus, artem quam profitentur neutiquam intelligentibus,
pessimo suo fato exhibitum. Quomodo se habet D. Utenborgardus, Med. Ultra-
jectinus ? Puto apud D. Elsevirium habitare nostrum Sim. Moinet : fac, quæso,
ut 2 præsentem meam 1 curâ tuâ accipiat. Bene vale, Vir Cl. et amicos nostros, viros
doctissimos si placet saluta, D.D. Vorstium et Van Horne, Golium et G. Hornium,
^ qui scripsit de Orig. Americ.
et Dissertationes historicas atq.
Politicas
 : ô virum elegantis
ingenij ! quem Deus tecum
salvet. Vale.

Tuus ex animo Guido Patin.

Parisijs, die Veneris, 29. Dec. 1656.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Johannes Antonides Vander Linden à Guy Patin, le 29 décembre 1656.
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(Consulté le 21.11.2019)

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