L. 759.  >
À Charles Spon,
le 28 octobre 1663

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< Monsieur, > [a][1]

On me cherche pour vous le Manuale Catholicum[2] cela ne se vend qu’en cachette, propter metum Iudæorum[1] Le syndic des libraires saisit tout ce qu’il trouve pour son profit, M. le lieutenant civil [3] envoie des visiteurs partout qui saisissent ce qu’ils trouvent et après, il condamne à l’amende. Le commissaire Picard, [4] durus homo, sævus et improbus[2] a saisi divers exemplaires du Journal de M. Saint-Amour [5] chez des relieurs, qui ont été perdus et que l’on n’a pu recouvrer ; et c’est la raison pour laquelle le mien est encore en blanc, n’ayant osé le délivrer encore à personne pour le relier. On tient ici pour certain qu’il se fait, quelque part en Hollande ou à Hambourg, [6] un autre tome que le Journal, encore in‑fo[3] Ce Journal est ici fort rare aujourd’hui, on cherche des moyens d’en faire entrer d’autres sans qu’ils puissent être saisis. Je tiens pour certain que M. Zollikofer [7] a passé par Lyon en s’en allant à Strasbourg, dont vous aurez certaine nouvelle chez M. Anisson, [8] libraire de Lyon, et sans doute M. Melch. Sebizius [9] saura bien où il est logé à Strasbourg ; je n’ai jamais su son nom de baptême. [4]

Je ne puis m’imaginer que le Turc [10] attaque Vienne [11] cette année, il est trop tard ; mais néanmoins, je crois que Dieu ferait grand bien à l’Allemagne s’il la délivrait d’un si puissant ennemi, aussi bien < que > d’un tas de moines, [12] quorum numerus est innumerus [5] alentour de l’empereur [13] et des autres princes catholiques. Je suis fort de l’avis de feu M. Naudé [14] qui disait qu’il y avait quatre choses dont il fallait se garder afin de n’être point trompé, savoir de prophéties, de miracles, [15] de révélations et d’apparitions. Mundus omnis exercet histrioniam[6][16] toute la terre est pleine de gens qui se mêlent d’être devins et qui font les politiques spéculatifs sans savoir eux-mêmes ce qu’ils seront demain. Je n’ai point vu la Vie de Catherine de Médicis[17] impression de Hollande, mais elle n’a jamais été guère rare. Elle fut imprimée de son vivant in‑8o. Théodore de Bèze [18] en est le vrai auteur. Elle est dans les Mémoires de Charles ix [19] et a encore été imprimée l’an 1649 durant notre guerre mazarinesque. [7]

Pour M. Sorbière, [20] je n’entends rien à ses promenades. Il en a fait souvent et n’en dit rien, il a été en Angleterre, en Hollande, en Flandres, [21] et y retourne souvent. Je pense que c’est pour y revoir ses bons amis et ses vieilles connaissances. [8] Pour cette Relation de Rome dont vous parlez, elle se voit tant en italien qu’en français, imprimée en Hollande. [9][22] Un libraire réformé m’a dit qu’on l’imprimait en même façon à Genève. Cela est bien fait et ne manquera jamais de se rendre commun. Plût à Dieu que M. Huguetan [23] eût imprimé l’Histoire des conclaves[10][24] nous verrions bien là-dedans des fourberies romaines et de la politique italienne, mais cet ouvrage est plus propre à Genève qu’en aucun lieu de France ; néanmoins, cela s’y pourra faire le printemps prochain lorsque nous aurons une armée en Italie et que nous ferons la guerre au pape [25] s’il ne donne satisfaction au roi. [11][26] M. Volckamer [27] m’a pareillement mandé qu’il avait reçu de votre part ce petit paquet, dont je vous remercie. M. Gaffarel [28] m’a dit que ce qu’il avait de C. Hofmann, [29] il l’avait pris en Italie chez des moines qui l’avaient acheté ; il m’a dit aussi que c’était un jeune Allemand qui leur avait donné. Je n’ai point encore ouï parler de ce nouveau traité de Febribus Casp. Hofmanni, mais sans doute il nous en viendra de Tübingen. [12] Ce Sylvius [30] est un professeur à Leyde [31] qui a querelle avec Deusingius [32] qui enseigne à Groningue, [33] mais je n’ai encore rien vu d’imprimé ; [13] trop bien que M. Vander Linden [34] m’a mandé qu’il avait quelques petits livres à m’envoyer, pro quibus idoneum quærit vectorem ; [14] j’attendrai patiemment cette occasion. Pour ces livres du libraire d’Uppsala, nihil audivi[15] mais il est vrai que nos libraires sont là tout à fait déraisonnables, ils n’ont de sens commun que pour la malice. J’ai vu in‑4o la Vie de M. Duplessis-Mornay[35] comme aussi ses Négociations, en quatre volumes in‑4o[16] On dit ici que les députés des Suisses [36] sont à Troyes [37] et qu’un ambassadeur extraordinaire d’Angleterre doit dans peu de jours faire ici son entrée. Depuis peu est mort un fort honnête homme, professeur de botanique à Leyde, savoir Adolphus Vorstius, [38] à qui M. Vander Linden a fait une harangue funèbre. Te et tuam saluto[17] avec MM. Gras et Huguetan l’avocat.

Parisiis, 28. Oct. 1663.

Monsieur, [b]

Depuis ce que dessus écrit, j’apprends que les députés des Suisses arriveront demain après-midi à Charenton, [39] où ils passeront la fête, et tôt après, ils feront ici leur entrée.

Le roi envoie des billets de taxe à divers particuliers qui par ci-devant se sont mêlés de partis et de finances : Patres vestri manducaverunt uvam acerbam, et dentes filiorum obtupescent[18][40] Il y a ici peu de monde, et point de malades : nous n’eûmes jamais si bon temps ; tandis que les apothicaires [41] et les estafiers de Saint-Côme [42] s’entremangent et s’entrechicanent les uns et les autres. Multi sunt ordines mendicantium et medicantium multi[19] Il y avait autrefois un certain charlatan qui promettait en ses affiches la guérison de la maladie vénérienne [43] et de plusieurs autres, et mettait au bas Plures nutrit Medicina nefandos : [20] lui-même en était du nombre. On achève ici le livre de feu M. de Saumaise de Manna et saccharo[44][45] Te et carissimam saluto. Vive, vale, et me ama. Parisiis die Martii 30. Octobris 1663. Tuus ex animo, Guido Patin[21]


Rédaction : guido.patin@gmail.com — Édition : info-hist@biusante.parisdescartes.fr
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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 28 octobre 1663

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(Consulté le 01.12.2022)