Avis au bienveillant lecteur (2015)

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Sir Wiliam Osler (v.  note [16] de l’annexe sur Paul Triaire) :

Triaire himself, after issuing one volume of what promised to be a definitive edition, was cut-off, leaving the work unfinished. It is the obvious duty of the Paris Faculty to see that it is completed.

[Après avoir publié le premier volume de ce qui promettait d’être une édition définitive, Triaire est mort, laissant le travail inachevé. La Faculté de Paris a le devoir évident de veiller à le terminer].

Virgile, Géorgiques, chant ii, vers 490 :

Felix qui potuit rerum cognoscere causas.

[Heureux qui a pu connaître les causes des choses].

En abrégé, Felix qui potuit est la devise que Guy Patin avait apposée sur son jeton décanal en 1652 (v. note [42], lettre 288) et mettait souvent sur ses ex-libris.

Guy Patin, le docteur régent de la Faculté de médecine de Paris dont voici la correspondance française, est né à La Place, hameau de Houdan (vieux nom de Hodenc-en-Bray, près de Beauvais dans l’Oise) le 31 août 1601 ; doyen de la Faculté de 1650 à 1652, professeur d’anatomie, thérapeutique et botanique au Collège royal de France en 1654, il est mort à Paris le 30 mars 1672 (vChronologie).

Imaginons-le un soir d’hiver, dans son vaste cabinet de travail, en son domicile parisien de la place du Chevalier du Guet, non loin du Châtelet : le crépitement du bois dans l’âtre et le crissement de la plume sur le papier animent le silence ; penché sur son écritoire, les yeux pétillant de malice et le sourire aux lèvres, M. Patin répond aux lettres de ses amis médecins – Charles Spon ou André Falconet à Lyon, les Belin à Troyes, ou les de Salins à Beaune. Voici dans toute leur authenticité, souvent véhémente, parfois brutale, voire cruelle ou médisante, les mots qu’il a couchés sur le papier pour raconter sa vie et son époque ; et ce sans droit au remords, une fois la feuille pliée, cachetée et confiée à la poste ou à quelque porteur bénévole. Patin feignait d’ignorer l’intérêt de ses missives, « Je vous conseille (et me croirez si me voulez obliger) d’en faire un beau sacrifice à Vulcain, cela ne mérite ni d’être gardé, ni d’être montré » (lettre à Spon, datée du 8 janvier 1650), et n’osait pas imaginer qu’elles fussent jamais présentées au public ; honneur d’être imprimée qu’on réservait aux correspondances de bien plus éminents que lui, comme Érasme, Joseph Scaliger ou Isaac Casaubon.

Guy Patin est une sulfureuse célébrité médicale du xviie siècle. On lui reproche encore de nos jours son opposition à tout ce qui pouvait émousser si peu que ce fût la suprématie de la Faculté de médecine de Paris et celle de la doctrine héritée des deux pères antiques de la médecine, Hippocrate (ve siècle avant notre ère) et Galien (iie siècle de notre ère). Son obstination à nier la circulation du sang a valu à Guy Patin de ne survivre aujourd’hui que sous le grand chapeau noir de Thomas Diafoirus, médicastre pédant que Molière a brillamment ridiculisé dans son Malade imaginaire (1673). Les mieux renseignés lui reprochent aussi son opposition aux médecins de Montpellier, en tout premier Théophraste Renaudot, et son refus catégorique des innovations chimiques qu’ils défendaient en thérapeutique, à l’exemple de l’antimoine.

Pour les moins péremptoires et les plus curieux, Guy Patin est l’un des plus prolixes épistoliers français du premier xviie siècle. Rééditées avec succès aux xviiie et xixe siècles (vBibliographie), mais dans des versions fort appauvries, les Lettres de Guy Patin ont passé de mode. Au début du xxe siècle, la mort a empêché Paul Triaire de mener sa réédition au delà d’un 1er tome (1630-1649). Avec sa thèse de doctorat procurant une Édition critique des lettres de Guy Patin à Charles Spon (1649-1655), qui en réunit 145 (thèse publiée par Champion en 2006), Laure Jestaz a relancé l’intérêt des cercles érudits. [1] La Bibliothèque de la Pléiade a même fait à Guy Patin l’honneur de publier une sélection de 35 de ses lettres (1634-1661) dans le tome ii des Libertins du xviie siècle (2004, pages 405-538), éditées, présentées et annotées par Jacques Prévot, avec la collaboration de Laure Jestaz.

À la fin de l’an 2000, mon frère, Yves Capron, m’a fait découvrir les 547 Lettres choisies de feu M. Guy Patin (éd. La Haye, H. van Bulderen, 1715, 3 volumes in‑12o ; 5e édition du 2e recueil paru pour la première fois en 1691). Leur lecture m’avait captivé : non pas pour leur auteur, brillant personnage que sa plume fielleuse rend pourtant trop souvent exécrable ; mais pour le rideau que ses lettres lèvent sur l’incroyable richesse du premier xviie siècle, narré par un bourgeois et médecin de Paris qui savait et racontait à sa façon presque tout ce qui s’y passait – médecine bien sûr, mais aussi politique, religion, littérature, mœurs, etc. Ma fascination fut telle que je me persuadai assez hardiment de procurer l’édition la plus complète possible de cette correspondance française, avec le désir de la rendre aisément accessible : en modernisant la langue, en traduisant les passages latins qui y foisonnent et en l’enrichissant de notes explicatives (vChoix éditoriaux).

On voudra bien pardonner à mes notes d’être celles d’un médecin, et non celles d’un historien ou d’un chartiste. J’ai voulu y expliquer et évaluer de mon mieux les avis médicaux de Guy Patin, pour qu’on ne se méprenne pas sur les qualités de son art et de ses dogmes ; mais aussi y comprendre moi-même, le plus distinctement possible maints détails historiques et géographiques dont foisonnent ses lettres, en puisant sans retenue dans les méticuleux travaux de leurs précédents éditeurs critiques (Paul Triaire et Laure Jestaz), et chez les mémorialistes de l’époque et les historiens plus récents.

Voilà ce à quoi j’ai consacré le plus clair de mes loisirs durant ces quatorze dernières années, embarqué dans une traversée dont j’ai souvent cru ne jamais voir la fin. Aux encouragements des miens, se sont ajoutés d’abord ceux de trois historiens de la médecine, le Pr Danielle Gourevich, les Drs Jean-José Boutaric et Pierre Baron, puis ceux de Laure Jestaz et de la formidable équipe de la Bibliothèque interuniversitaire de Santé (BIU Santé) : Mme Bernadette Molitor et MM. Jean-François Vincent, Jacques Gana, Olivier Ghuzel et Guy Cobolet, leur directeur. Je dois aussi de particuliers remerciements à Mme Marie-France Claerebout pour les heures qu’elle a hardiment passées à débusquer quantité de fautes et erreurs dans cet énorme manuscrit.

La recherche d’un éditeur qui accepte de l’imprimer s’est avérée trop ardue pour que je consente à m’y épuiser. Quand la BIU Santé me l’a proposée, j’ai accepté avec enthousiasme la publication de mon travail dans sa collection d’éditions critiques en ligne : quelle meilleure manière de rendre au monde académique un peu de tout ce qu’il m’a donné depuis ma première inscription à la Faculté de médecine en octobre 1968 ? mais aussi de reconnaître l’aide que les inestimables ressources de la Toile m’ont quotidiennement procurée ?

Outre sa diffusion illimitée, la publication électronique me permettra de corriger les manques et les erreurs qui subsistent immanquablement dans un manuscrit de cette taille, à mesure que des lecteurs me les feront découvrir (v. l’Actualité du site).

Si le temps et le loisir m’en sont donnés, cette correspondance française de Guy Patin sera suivie de ses lettres latines et de divers textes qu’il a écrits.

Ma gratitude est immense à l’égard de celles et ceux qui m’ont permis d’accomplir ce travail, mais aussi de celles et ceux qui me feront l’honneur d’en tirer quelque profit. [1]

Loïc Capron,
le 4 mars 2015.

Cette édition compte 1 033 lettres de Guy Patin, datées du 20 avril 1630 au 4 février 1672, et 59 lettres qu’il a reçues de ses correspondants. Toutes sont écrites en français, plus ou moins farci de latin.

V.  De la Correspondance française à la Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin pour la deuxième édition, revue et fort augmentée, mise en ligne en juin 2018.

Né le 6 décembre 1949 à Arras (Pas-de-Calais), Loïc Capron est professeur de médecine interne de l’Université Paris Descartes. Il a quitté la pratique clinique en janvier 2012 quand il a été élu pour quatre ans président de la Commission médicale d’établissement de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris. Nommé praticien hospitalier consultant en septembre 2016, il assure des missions d’intérêt général au sein de l’établissement, tout en poursuivant son enseignement et sa recherche à la Faculté.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Avis au bienveillant lecteur (2015)

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(Consulté le 22.01.2020)