À Charles Spon, le 16 janvier 1652, note 2.
Note [2]

Dans les Opera de Daniel Sennert (édition de Lyon, 1650, v. note [20], lettre 150), le chapitre iv du Tractatus de Consensu et dissensu galenicorum et peripateticorum cum chymicis [Traité sur l’accord et le désaccord des galénistes et des péripatéticiens avec les chimistes] (v. note [8], lettre 13) est intitulé De Paracelso [Paracelse]. C’est une longue et vive attaque contre Paracelse, examiné sous toutes les coutures.

Voici, par exemple, ce que Sennert dit de son nom (tome iii, page 714, avant-dernier paragraphe de la 2e colonne) :

Parentes eius qui fuerint, rem multum non facit. Ipse se appellat Philippum Theophrastum Bombastum ab Hohenheim, seu Paracelsum, ex nobilissima et antiquissima in Eremo Helvetiorum. Verum refert Thomas Erastus, in Heremo Helvetiorum nullos esse Paracelsos, nullos Hohenhaimos, nullos Bombastos, nullos denique vel nobiles vel ignobiles, qui eum ut sanguine iunctum agnoscant. Audivisse se, Pædagogum aliquando vixisse ibi, hominum exterum, et quod natus ille sit in loco, quem vocant Altum nitum, unde fortasse Paracelsum denominaverint.

[Il ne fait pas grand cas de qui auraient été ses parents. Il se donnait lui-même le nom de Philip Theophrast Bombast von Hohenheim, ou Paracelse, issu d’une très noble et très ancienne famille du canton de Schaffhouse. {a} En vérité, Thomas Erastus {b} rapporte que dans ce canton il n’y a nul Paracelse, nul Hohenheim, nul Bombast, nul enfin qui, de noble ou de basse extraction, se reconnaisse apparenté à lui. À en croire un homme qui n’était pas de là, mais qui y avait été maître d’école un moment, c’est parce qu’il serait né dans un lieu qu’on appelait le Haut Nid, {c} qu’on lui aurait peut-être donné le nom de Paracelse].


  1. Eremus Helvetiorum, littéralement « le désert des Helvètes », lieu dont L’Encyclopédie écrit :

    « Ptolémée {i} en fait mention. On n’est pas bien décidé encore où le placer. Les uns croient que c’était les environs de la Forêt Noire, sur les confins de la Suisse, {ii} les autres le mettent dans le Kleggeu, {iii} d’autres dans la Sylva Hercynia. » {iv}

    1. V. note [22], lettre 151.

    2. Ce qui correspond au canton de Schaffhouse (v. note [3], lettre 616).

    3. Chaîne montagneuse du Hegau dans le sud du Bade-Wurtenberg (Jura souabe), à l’est du canton de Scaffhouse.

    4. Vaste forêt, dite hercynienne ou d’Orcynie, que les écrivains de l’Antiquité situaient en Europe centrale, au niveau des hautes vallées du Danube, et qui incluait le canton de Schaffhouse et ses environs.

      Toutes biographies modernes font naître Paracelse loin de ces montagnes, à Einsiedlen, près de Zurich, au centre de la Suisse. Son père, Wilhelm von Hohenheim, était médecin ; après la mort de sa femme, il aurait émigré à Villach en Carinthie (au sud de l’Autriche).


  2. V. note [31], lettre 6, pour Thomas Éraste, l’un des plus virulents ennemis du paracelsisme au xvie s.

  3. Παρα et Καλια en grec.

Et pour conclusion du chapitre (page 722) :

Ita ipsi Paracelsici suorum medicamentorum, quæ ita prædicant, et vulgatis omnibus præferunt, imperfectionem in seipsis sæpe experiuntur : quod et ipsi Paracelso accidisse supra dictum. Sed de Paracelso satis : dogmata iam eius præcipua videamus et examinemus. Omnia enim examinere velle, et difficilis laboris, nec fructosæ operæ res foret. Nam cum Paracelsus et asseclæ eius in probandis et confirmandis suis nihil operæ profuerint, sed pro libitu finxerint et sine rationibus proposuerint, quid in iis examinandis multum operæ locetur ? præsertim cum raro unam de una Paracelsus sententiam profuerit : ut quam potiorem habuerit, nescias. Fecit tamen maximas ex parte id iam olim Th. Erastus, qui nihil fere dogmatum Paracelsi intactum reliquit.

[Ainsi les paracelsistes ont souvent éprouvé sur eux-mêmes l’imperfection de leurs médicaments, tant ils les vantent et les préfèrent à tous les remèdes communs : Paracelse s’en était lui-même rendu compte, comme j’ai dit plus haut. {a} Mais c’est assez de Paracelse, voyons et examinons maintenant ses dogmes particuliers. De fait, vouloir les explorer tous serait une tâche aussi ardue que stérile : puisque Paracelse et ses disciples n’ont pris aucune peine pour les vérifier et les confirmer, mais les ont façonnés par caprice et proposés sans arguments, pourquoi y aurait-il lieu de se donner beaucoup de peine à les examiner ? Surtout quand Paracelse a rarement écrit une phrase qui eût un unique propos, à tel point que vous ne savez pas ce à quoi il y a attaché le plus d’importance. Thomas Erastus a jadis déjà en grande partie accompli cette tâche et il n’a presque rien conservé d’intact dans les dogmes de Paracelse].


  1. À la page précédente, Sennert a longuement dénigré l’efficacité des remèdes de Paracelse, notamment à propos de sa propre mort :

    Putantque Paracelsum hinc inde accepta remedia promiscue memoriæ gratia in chartam coniecisse, ut successu temporis occasione oblata singulorum periculum faceret : nescivisse tamen, cui præ reliquis fideret. Atque cum hoc consentire videtur ipsa Paracelsi vitæ ratio, quæ talis fuit, ut tam insignem in tot desperatis affectibus peritiam habere non potuerit. Et quomodo illi omnium morborum curatio adscribi potest, qui se ipsum curare non potuit, sed non solum diu ante mortem convulsus contractusque vixit ; verum etiam vitam, quam aliis longam pollicitus est, ultra annum 47. producere non potuit. Nam nullius momenti est, quod Crollius scribit, ipsum veneno adversariorum sublatum, qui diu per naturam et artem suam vivere potuisset. De fide enim, istius relationis, quæ nullo teste nititur, non satis constat : et probabilius est, eum mortem præmaturam sibi crapula, et ebrietate attraxisse. Sit vero, quod veneno perieri : certe universalis Medicinæ laudem ea non meretur, quæ venenis resistere nequeat. Neque venena inter casus violentos, a quibus nulla Medicina perseverare potest, simpliciter referri possunt.

    [On pense, de part et d’autre, {i} que Paracelse, pour s’en souvenir, a consigné pêle-mêle ses remèdes sur le papier, ayant en tête de les expérimenter tous au fil du temps, quand l’occasion s’en présenterait ; mais, on n’a pas su auquel il faisait plus confiance qu’aux autres. Le déroulement même de sa vie s’accorde avec cela : il fut tel que Paracelse n’a pu exercer son si insigne talent dans tant de maladies incurables. Et comment peut-on lui attribuer la guérison de tous les maux, quand lui-même n’est pas parvenu à se soigner ? Non seulement, longtemps avant sa mort, il a vécu tordu et difforme, mais encore, lui qui promettait longue vie aux autres, n’a pas su faire durer la sienne au delà de 47 ans. De fait, il ne faut prêter aucun crédit à Crollius {ii} quand il écrit que, sans le poison que ses adversaire lui ont fait absorber, sa bonne nature et son art lui auraient permis de vivre fort longtemps. Il est plus probable que Paracelse ait dû sa mort prématurée à l’ivrognerie et à la débauche. S’il était vrai qu’il mourût empoisonné, sa médecine universelle ne mériterait pas la louange, étant donné qu’elle ne lui aurait pas permis de résister à l’empoisonnement ; et, dans les accidents violents, il n’est pas simple de trouver des poisons auxquels nulle médecine ne peut remédier].

    1. Défenseurs comme adversaires de Paracelse.

    2. V. note [9], lettre 181, pour Oswald Crollius, l’un de plus inconditionnels partisans de Paracelse.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 16 janvier 1652, note 2.

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(Consulté le 14/04/2024)

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