À Charles Spon, le 6 décembre 1644
Note [30]

Jean Héroard (ou Hérouard, 1551-1628, v. infra), sieur de Vaugrigneuse, docteur en médecine de l’Université de Montpellier en 1575 (selon Astruc), était oncle maternel de Siméon Courtaud (v. note [19], lettre 128).

  • La vie de Héroard, écrite par les médecins de Montpellier dans le Genius Pantoulidamas (Paris, 1654, v. note [35], lettre 399), est transcrite et traduite dans Les deux Vies latines de Jean Héroard, premier médecin de Louis xiii. Il y est précisé que :

    • Héroard est né le 22 juillet 1551 à Montpellier (et non à Hauteville-la-Guichard dans le Cotentin, comme disent certaines notices) ;

    • le 19 septembre 1601, Henri iv le nomma premier médecin du dauphin à naître (huit jours plus tard) ;

    • le 25 mai 1610, soit onze jours après l’assassinat de Henri iv, la reine régente Marie de Médicis le nomma premier médecin de son fils aîné, devenu le roi Louis xiii ;

    • il servit fidèlement le dauphin puis le roi de France pendant 27 années, c’est-à-dire jusqu’à sa mort survenue le 10 février 1628 à Aytré, devant La Rochelle, en sa 77e année d’âge, durant le siège de cette ville (septembre 1627-octobre 1628, v. note [27], lettre 183).

  • Le roi Charles ix, peu de temps avant sa mort (1574), grâce à l’appui du chirurgien Jacques Guillemeau (le père de Charles, v. note [15], lettre 219), avait nommé Héroard hippiatre royal, en lui demandant de composer un traité sur l’anatomie du cheval ; ce fut l’Hippostologie, c’est-à-dire Discours des os du cheval (Paris, M. Patisson, 1599, in‑4o). Par la protection du duc Anne de Joyeuse (v. première notule {a}, note [47] du Borboniana 8 manuscrit), il fut reçu médecin ordinaire par quartier du roi Henri iii. Henri iv le garda à son service et le fit accéder aux plus hautes charges de la médecine aulique.

  • Louis xiii avait la plus entière confiance en Héroard qui consigna lui-même, 27 années durant, tous les détails de sa royale santé dans un manuscrit intitulé Ludovicotrophie, ou Journal de toutes les actions et de la santé de Louis, dauphin de France, qui fut ensuite Louis xiii, depuis le moment de sa naissance (27 septembre 1601) jusqu’au 29 janvier 1628 (6 volumes in‑fo conservés à la Bibliothèque nationale sous les nos 4022-4027 du fonds français), dont une édition presque intégrale a été publiée en deux volumes sous la direction de Madeleine Foisil (Paris, Fayard, 1989). Dans son historiette intitulée Louis treizième, Tallemant des Réaux (tome i, page 339) a porté sur cette somme un jugement que je partage volontiers :

    « J’oubliais que son premier médecin, Héroard, a fait plusieurs volumes, qui commencent depuis l’heure de sa naissance jusqu’au siège de La Rochelle, où vous ne voyez rien sinon à quelle heure il se réveilla, déjeuna, cracha, pissa, chia, etc. »

  • Jules Michelet n’a pas été moins mordant dans une note de son Henri iv et Richelieu (Paris, Chamerot, 1857, in‑8o), page 472 :

    « Le journal des digestions de Louis xiii. Dans un gouvernement idolâtrique, fondé sur la divinité de l’individu, ce point est grave. Je n’y insiste pas. On rirait, et rien n’est plus triste. — L’historien, le politique, le physiologiste et le cuisinier étudieront avec profit ce monument immense. » {a}


    1. La note de Michelet porte sur ce paragraphe de la page 200 :

      « La royauté, nulle en <15>89, à la mort de Henri iii, devant la vie forte et furieuse qu’avait alors la France, est tout ce qui reste à la mort de Henri iv. On se demande ce qu’est cet enfant, au physique, au moral. Heureusement, son médecin nous éclaire parfaitement : ne le quittant ni nuit, ni jour, il a écrit (en six énormes volumes in‑fo) le journal de ses fonctions, tout le menu de ses dîners, et chaque soir le résultat de sa digestion. Si le moral procède du physique, on peut étudier là-dessus. »

  • On a encore de Héroard un traité De l’Institution du prince (Paris, 1609), traduit en latin par Jean iii Des Gorris (ibid. 1617) : v. note [75] de ses Deux Vies latines.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 6 décembre 1644. Note 30

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(Consulté le 05.12.2022)

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