Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Patiniana I‑4 (1701)
Note [30]

« Le nez est l’ornement du visage » : v. note [1], lettre 392.

Ce propos visait Jacques iii Stuart (1451 ou 1452-1488), roi d’Écosse de 1460 à sa mort. Il périt au cours de la bataille de Sauchiebum qu’il perdit contre ses seigneurs rebelles. Dans son Rerum Scoticarum historia [Histoire des affaires écossaises] (Amsterdam, 1643, v. note [7], lettre 470, première édition en 1582), George Buchanan a prétendu qu’il avait été assassiné lors des combats (livre douzième, page 439) :

Initio cum satis acriter pugnaretur, procerumque prima acies loco cederet, Annandiani et eorum vicini, qui ad Occidentalem Scotiæ limitem accolunt, acriter gradum promoverunt : hi, cum longioribus uterentur hastis, quam qui ex adverso stabant, statim Regis mediam aciem fuderunt : ipse, equi casu debilitatus, in molas aquarias, non longe a loco ubi pugnatum erat, se recepit, eo (ut videbatur) consilio, ut naves, quæ non longe aberant, conscenderet. Ibi, cum paucis deprehensus, occiditur. Tres eum fugientem proxime secuti, Patricius Graius, familiæ suæ princeps, Sterlinus Kerius, et Sacrificulus, cognomento Borthicus : incertum, a quo eorum percussus. Eius cædis fama, licet incerta, per utrunque exercitum divulgata, fecit, ut, victoribus minus acriter instantibus, fugentium multo pauciores cæderentur : cum Rege enim, non cum civibus, proceres, bellum susceptum videri, volebant.

[Au début, on se battit assez farouchement. Tandis que les premiers rangs de l’armée des seigneurs commençaient à perdre du terrain, les habitants des environs d’Anandale, en Écosse occidentale, s’engagèrent avec acharnement. Étant munis de lances plus longues que celles de leurs adversaires, ils dispersèrent bientôt la ligne centrale de l’armée royale. Rendu vulnérable par la chute de son cheval, le roi se réfugia près de Milltown, {a} non loin du champ de bataille. Son intention était (semble-t-il) de regagner ses vaisseaux, ancrés dans les parages. C’est alors qu’il fut pris et tué par trois de ceux qui le poursuivaient de près dans sa fuite : {b} Patrick Gray, le chef de sa lignée, Sterline Ker et un prêtre dénommé Borthwick, sans savoir lequel des trois a donné le coup fatal au roi. La rumeur de sa mort, bien qu’incertaine, se répandit dans les deux armées. Les vaincus opposèrent moins de résistance à leurs adversaires et fort peu de fuyards furent massacrés, car c’était contre le roi, et non contre leurs concitoyens, que les seigneurs avaient engagé cette guerre]. {c}


  1. Les noms propres sont ceux de la traduction anglaise (Buchanan’s History of Scotland, Édimbourg, Hamilton, Balfour et Neill, 1752, in‑4o, volume ii, page 93).

    La bataille se déroulait près de Stirling. L’Anandale est la région qui environne cette ville à l’ouest. Milltown of Rothiemay est à 200 kilomètres au nord-est de Stirling, proche de la côte méridionale du Moray Firth.

  2. C’est le sens de l’expression « à la chasse » qui est dans le Patiniana : le gibier des rebelles était leur roi ; « à la chasse par » dans le sens de « pourchassé par ».

  3. Les portraits de Jacques iii ne lui montrent pas un nez camus (retroussé), et le texte de Buchanan n’évoque pas cette particularité de son visage. On y lit cette curieuse explication de la révolte des seigneurs contre leur roi, à propos d’un médecin astrologue flamand, dénommé Andrews, que les ambassadeurs qu’il avait envoyés à Charles le Téméraire, duc de Bourgogne (v. note [5], lettre 869), lui présentèrent en 1476 (ibid. pages 425‑426) :

    Ita illi, rebus, ob quas profecti erant, infectis, reversi, cum apud Regem Andreæ, de rebus futuris, præscientiam mire laudassent, animum eius, in eas artes proclivem ; impulerunt, ut magnis pollicitationibus hominem ad se arcesseret, ac, non ita diu postea advenientem, benevole exciperet, et opulento Sacerdotio aliisque muneribus donaret. Ab hoc autem cum Rex accepisset (uti fama est) sibi a suis exitium imminere, eaque dictio cum maleficarum mulierum (quibus immodice deditus erat) responsis consentiret, quæ prædixerant, fore, ut leo a catulis suis extingueretur, e principe ab initio tyrannum degeneravit : suspitionibus enim animo semel occupato, sanguine proximos, et fere optimum quenque e Nobilitate pro inimico habebat : Proceres autem cum, ob hanc ipsam cum hoc malefico genere hominum consuetudinem, Regi erant infensi, tum longe magis, ob aulicos quosdam, infimæ sortis homines, quibus, Nobilitate contempta, solis consultoribus utebatur.

    [Quand il revinrent, sans avoir accompli la mission qu’on leur avait confiée, ils vantèrent au roi, qui avait de l’inclination pour les arts divinatoires, l’intelligence d’Andrea et son talent à prédire l’avenir. Avec grandes promesses, ils poussèrent le roi à le recevoir, comme il fit peu après avec bienveillance, lui faisant même don d’une opulente cure et d’autres richesses. Andrea (disait-on) avait annoncé au roi qu’il était sous la menace imminente d’être assassiné par ses propres sujets, ce qui concordait avec les oracles de certaines devineresses (en qui il avait exagérément confiance), car elles lui avaient prédit que le lion serait occis par ses petits chiens. Dès lors, du bon prince qu’il avait été, il se transforma en tyran : l’esprit constamment hanté par le soupçon, il tint pour ennemis ses plus proches parents et presque toute l’excellente aristocratie qui l’entourait ; les seigneurs devinrent hostiles à ce souverain pour sa propension à fréquenter familièrement de maléfiques personnages, et d’en faire ses uniques conseillers, au mépris de la noblesse].

    Ce récit fait écho au péripatétisme de Guy Patin, fermement déclaré dans le précédent article du Patiniana (v. supra note [28]).


V. notes [32], lettre 554, et [39] du Naudæana 3, pour le funeste destin des parents de Jacques ier, roi d’Angleterre, dont Charles  ier était le fils et successeur : décapitée en 1587 sur ordre d’Élisabeth ire s., sa putative rivale pour la couronne d’Angleterre, Marie Stuart avait elle-même, en 1567, fait assassiner son mari, Lord Darnley, roi consort d’Écosse, par son amant, lord Bothwell, qu’elle épousa ensuite.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Patiniana I‑4 (1701). Note 30

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(Consulté le 03.02.2023)

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