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Triades du Borboniana manuscrit
Note [38]

Triades 70‑72.

  1. « J’étais naguère riche, mais trois choses m’ont plongé dans le dénûment : jeu, vin et luxure m’ont à eux trois mis sur la paille. »

    L’Esprit de Guy Patin a repris ce distique anonyme, qu’on trouve dans maintes anthologies, mais avec un commentaire différent : v. note [19] du Faux Patiniana II‑3.

  2. « […] vin, Vénus, veilles nocturnes :

    “ Bacchus est ennemi de Vénus, et Vénus, ennemie de Minerve. ” » {a}


    1. V. note [51] du Borboniana 10 manuscrit, pour l’explication et l’attribution douteuse de ce distique, cher à Patin ; mais l’introduction des veilles excessives (vigiliæ) dans cette triade la rend originale.

  3. « Après avoir perdu son épouse et étant incité à se remarier, un homme qui faisait semblant d’être sage, disait qu’il avait les secondes noces en horreur et qu’il s’en gardait bien, par crainte des trois L.L.L., librorum, liberorum, libertatis, {a} c’est-à-dire : qu’une nouvelle femme ne lui ôtât le temps de feuilleter et d’étudier les livres ; que sa famille ne débordât par surabondance d’enfants ; qu’il n’eût à souffrir le sacrifice de sa propre liberté, dont il se réjouissait extrêmement. Lisez l’épître dédicatoire de la première partie des Poemata de Casparus Barlæus, datée de l’an 1645. » {b}


    1. « livres, enfants, liberté ».

    2. Casparis Barlæi Antverpiani Poemata. Editio iv, altera plus parte auctior. Pars i. Heroicorum.

      [Poèmes de Caspar Barlæus, {i} natif d’Anvers. Quatrième édition, augmentée de plus de moitié. Première partie des Héroïques]. {ii}

      Datée d’Amsterdam, le 16 septembre 1645, l’épître dédicatoire des est adressée Nobilissimo Viro Constantino Hugenio, Equiti, Zulechemi et Zeelhemi Domino, Celsissimo Arausionensium Principi a consiliis et secretis [au très noble chevalier Constantijn Huygens, {iii} seigneur de Zuilichem et de Zeelhem, secrétaire du très brillant prince d’Orange]. Influent diplomate et politique, et distingué littérateur hollandais, Huygens avait perdu son épouse en 1637, après dix ans d’une féconde union (dont était notamment issu le célèbre savant Christiaan Huygens). On y lit (pages *4 vo‑*5 ro) la matière de la triade 72 :

      Ubi cum præstantissima Virgine Ultrajectina loqueris, interloquor. Cum Sponsus thalamum scandis, præfero facem. Cum viduus a secundis thalamis tibi caves, metu trium L.L.L. librorum, liberorum et libertatis, annuo prudenti. Cum dies tuos operasque exigis ad normam viri boni et sapientis, volo aulam tuam subire, quotquot pii esse volent. Cum organizas, concino. Cum vir factus es et duumvir, et Triumvir, et plus, prædico felicitatem tuam, et utiles Universo non culinæ, titulos. Cum sero potiris filiola, voto adsum, Ne soror aut fiat Castoris aut Hecuba. Alicubi in viduarum laudibus moror, quas tecum sacro horrore veneror, nondum depereo. Ita scribere volentibus nunquam deest argumentum, quod pari aviditate videmur captare, qua culices hirundo.

      [Quand je vous vois deviser avec la fort distinguée Demoiselle d’Utrecht, {iv} je vous coupe la parole. Quand, fiancé, vous escaladiez le lit nuptial, je portais le cierge. {v} Quand vous voici veuf, je vous mets en garde contre un remariage, par crainte des trois L.L.L., librorum, liberorum et libertatis, et d’y songer sans relâche. {vi} Quand vous menez vos jours et vos affaires suivant les règles de l’honnêteté et de la sagesse, je veux me glisser dans le cercle de vos amis, où voudraient être tous les gens vertueux. Quand vous jouez de la musique, je chante. {vii} Quand vous recevez les premier, deuxième puis troisième degrés de noblesse, et plus encore, je célèbre votre félicité, car ces titres ne sont pas de pacotille, mais utiles à la République. Quand, sur le tard, vous naît une petite fille, je fais le vœu Ne soror aut fiat Castoris aut Hecuba. {viii} Je cesse là mes louanges des veuves : comme vous, je les honore d’une sainte horreur, et n’en suis pas encore mort. Ceux qui ont la volonté de vous écrire ainsi ne manquent pas d’arguments, car on nous voit, vous comme moi, trop souvent gobés avec la même avidité que moustiques par hirondelles]. {ix}

      1. Caspar van Baerle, v. note [71], lettre 150.

      2. Amsterdam, Ioannes Blaeu, 1645, in‑12 de 731 pages.

      3. V. note [14], lettre de Jan van Beverwijk, datée du 30 juillet 1640.

      4. La très érudite (mais prude) Anna Maria van Schurman (v. note [77], lettre 150).

      5. En 1627, Huygens avait épousé Suzanna van Baerle, cousine orpheline de Caspar.

      6. Baerle (lui-même veuf en 1635, et père de sept enfants, dont cinq filles) va glisser sur son « L.L.L. », et développer un argumentaire différent de celui du Borboniana.

      7. Parmi ses multiples talents, Huygens avait celui de composer et jouer de la musique (au clavecin).

      8. « qu’elle ne soit ni Hécube ni la sœur de Castor » : dernier vers de la deuxième des quatre strophes d’un poème de Baerle intitulée In filiolam natam Constan. Hugenio, postquam quartam prolem masculam [Pour fillette née de Constantijn Huygens après qu’il eut engendré quatre garçons] (Poematum, ibid. et id. 1646, page 495), célébrant la naissance de sa dernière fille, Suzanna, en 1637, trois mois avant la mort de sa mère, qui portait le même prénom.

        Dans le mythe, Hécube, veuve de Priam, subit d’atroces mésaventures (v. notule {d}, note [19] du Grotiana 1) ; et la sœur de Pollux (et Castor, v. note [2] du Mémorandum 5) était Clytemnestre, l’effrayante veuve qui tua ses deux maris consécutifs, Tantale et Agamemnon, avant d’être elle-même tuée par Oreste, son propre fils.

      9. Constantijn Huygens mourut en 1687, âgé de 90 ans, sans s’être remarié.

        Cette mémorable épître a été réimprimée aux pages 1007‑1013 des Epistolarum de Baerle (Amsterdam, 1667, v. note [10], lettre latine 18).


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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Triades du Borboniana manuscrit. Note 38

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(Consulté le 10.08.2022)

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