À Charles Spon, le 7 janvier 1661
Note [9]

« la conception ne peut avoir lieu hors de l’utérus. »

  • Guy Patin a constamment nié qu’une grossesse extra-utérine fût concevable. C’est aujourd’hui une anomalie parfaitement admise et même redoutée par tous les médecins, car quand un œuf fécondé s’implantate hors du corps de l’utérus – dans la trompe de Fallope (v. notule {c}, note [2], lettre latine 167) ou dans la cavité abdominale – peut survenir une grave hémorragie interne, fatale si une intervention chirurgicale ou médicamenteuse (agent antimitotique) ne supprime pas rapidement l’embryon. V. note [2], lettre latine 167, pour la remarquable observation de grossesse extra-utérine (mortelle) que Jean ii Riolan a publiée en 1649.

    Néanmoins, il arrive exceptionnellement que l’embryon se développe jusqu’à devenir un fœtus, non viable en raison de sa situation ectopique et qui se calcifie secondairement pour former un lithopædion (v. note [8], lettre 159).

  • Honoré-Marie (Honoratus Maria) Lauthier, Doctor Medicinæ apud Aquenses purpuratus [docteur en médecine agrégé à Aix-en-Provence], a publié la relation d’un fœtus qui demeura enfermé pendant 30 ans dans la cavité péritonéale de la mère :

    Prodigium unum et multiplex, visum et incredibile, fœtum humanum extra loca conceptum, triginta annis gestatum, lapideum et viventem : natura rerum ludit, orbis terrarum obstupescit, Mussipontana exhibet civitas, aquæ Sextiæ diluunt, rationesque eius et mechanicam fœlici reserat stylo.

    [Unique et immense prodige, incroyable mais constaté de visu, d’un fœtus humain qui a été conçu en dehors de la matrice, est demeuré en gestation pendant 30 ans, et a été pétrifié tout vivant ; il se joue de la nature des choses, il stupéfie la terre entière, on l’exhibe à Pont-à-Mousson, les eaux d’Aix le dissolvent, on en dévoile les raisons et le mécanisme dans un style agréable]. {a}


    1. Aix, C. David, 1660, in‑4o : réimprimé, avec des critiques adressées à l’auteur et les réponses qu’il y a apportées, en 70 pages in‑4o au milieu du recueil intitulé Historia fœtus Mussipontani extra uterum in abdomine reperti et lapidescentis cum adiectis variorum excellentissimorum virorum commentis [Histoire du fœtus de Pont-à-Mousson retrouvé pétrifié dans l’abdomen, hors de l’utérus, avec les commentaires de divers personnages de toute première excellence] (Francfort, Ioannes Petrus Zubrodt, 1669).

      V. note [4], lettre latine 146, pour la relation princeps de cette authentique observation par Christophe Pillement, professeur et doyen de la Faculté de médecine de Pont-à-Mousson.

    On a aussi de Lauthier :

    • Helmontii apologia adversus doctrinæ novitatem prætendentes,

      [Apologie de Van Helmont {a} contre ceux qui attaquent la nouveauté d’une doctrine] ; {b}

    • Histoire naturelle des eaux chaudes d’Aix-en-Provence, avec les Avis et la Méthode nécessaire de se servir de ces eaux utilement. Par Me. Honoré Maria Lauthier, premier professeur de l’ancienne institution, et doyen de la Faculté de médecine en l’Université d’Aix. {c}


      1. Jan Baptist Van Helmont, le grand défenseur de la médecine chimique et pourfendeur du dogme humoriste, v. note [11], lettre 121.

      2. Lyon, 1655, in‑8o, où Lauthier déclare qu’on ne doit pas condamner une doctrine du seul fait qu’elle est nouvelle.

      3. Aix, Charles David et Joseph David, 1705, in‑4o de 111 pages.

  • V. note [2], lettre 717, pour la Resolutio observationis Mussipontanæ… [Explication de l’observation faite à Pont-à-Mousson…] (Darmstadt, 1661) de Lorenz Strauss, gendre de Johann Daniel Horst (v. note [9], lettre latine 247).

    Il a aussi paru une collection complète des pièces concernant ce sujet :

    Historia Fœtus Mussipontani extra uterum in abdomine reperti et lapidescentis, cum adiectis variorum excellentissimorum virorum commentis.

    [Histoire du Fœutus de Pont-à-Mousson qu’on a trouvé pétrifié dans l’abdomen, hors de l’utérus,avec les commentaires de divers hommes très éminents]. {a}


    1. Francfort, Ioannes Petrus Zubrodt, 1669, in‑4o en quatre parties de 172, 70, 67 et 72 pages, comme supplément d’une réédition de la Geneanthropeia (Rome, 1642) de Joannes Benedictus Sinibaldus (mort en 1658, v. note [33], lettre 97).

    François Strazielle a soutenu sa thèse de doctorat en médecine générale à l’Université Henri Poincaré, Nancy 1, le 10 janvier 2002, sur Le fœtus mussipontain (1659), son histoire et les courants de pensée de son époque.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 7 janvier 1661. Note 9

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(Consulté le 09.12.2022)

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