L. 897.  >
À Charles Spon,
le 21 janvier 1667

Monsieur, [a][1]

Je dois réponse à vos deux dernières lettres. Je rendrai les services qu’il me sera possible à votre M. Vollebius, qui est un jeune homme fort aimable, comme aussi à tous ceux qui me viendront de votre part. [1] Les deux volumes que j’ai reçus de l’Espagnol de Heredia [2] sont plus que barbares dans la doctrine et dans l’élocution. [2] S’il n’a quelque chose de fort bon et de nouveau à nous dire sur la doctrine des fièvres, qui ne soit ni dans Galien, [3] ni dans Fernel, [4] c’est bien perdre son temps ; mais on ne se lassera jamais de faire des livres, les fous en font plus que les sages. Ce que vous me mandez du Traité des Fièvres de Gutiérrez, [3][5] qui est aussi un médecin espagnol, me dégoûte déjà. Je ne sais comment les écrivains de cette nation écrivent si mal, ils en devraient être honteux et se taire ; il y a eu des temps qu’ils écrivaient bien mieux. J’ai su qu’on méditait à Lyon une nouvelle édition des œuvres de Rondelet, [6] qui a été à mon avis le plus habile de son temps à Montpellier. [7] Il a été bon praticien et a passé plusieurs autres qui sont venus depuis lui. J’ai dans ma bibliothèque [8] le Petrus Castellanus qui a écrit la vie des médecins illustres, [9] mais je n’ai pas le I. Wolfgangus Freymonius[4][10] Je l’ai autrefois vu ; aux enseignes qu’il y a bien dedans des fautes de chronologie, il ne s’y faut point fier. La querelle de M. Menjot [11] et d’Hadrianus Scaurus n’est pas encore finie. [5] Je pense que ce Scaurus est Pierre Petit, [12] docteur de Montpellier et bachelier de Paris, que j’ai vu ci-devant précepteur des enfants de M. le premier président. C’est lui qui a fait de Motu animalium, de Lacrymis et de Luce adversus Vossium[6] Il est fort savant et a quitté la médecine pour se donner tout entier aux belles-lettres. Vale.

De Paris, ce 21e de janvier 1667.


a.

Du Four (édition princeps, 1683), no clv (pages 430‑432), et Bulderen, no ccccxxxvii (tome iii, pages 216‑217), à Charles Spon ; Reveillé-Parise, no dccxxxvii (tome iii, pages 633‑634) à André Falconet.

1.

Ce Vollebius pouvait être un parent (petit-fils ou neveu) de Iohannes Vollebius (ou Wolleb, 1589-1629) théologien protestant de Bâle.

2.

V. note [19], lettre de Charles Spon, datée du 15 janvier 1658, pour les deux premiers des quatre tomes des Operum medicinalium de Pedro Miguel de Heredia (Lyon, 1665).

3.

Annonce peu engageante des :

Ioann. Lazari Guttierrez Doctoris Medici Pinciani ; in eadem alma Academia Primum Liberalium Artium, nunc Medicinæ Cathedræ publici proprietate Magistri, Sacrique Tribunalis Titularis Medici, Febrilogiæ Lectiones Pincianæ. Theoripracticum opus acroamaticum. Ad Hippocratis mentem, ac Galeni sensum, ad Avicennæ iudicium. Cum Indice duplici, altero Cursuum et Lectionum, altero rerum et Verborum locupletissimo Nunc primum prodit..

[Leçons vallisolétaines de Fébrilogie, {a} par Ioannes Lazarus Guttierrez, {b} médecin de Valladolid, qui a d’abord enseigné les arts libéraux en ladite bienfaisante Université, à présent titulaire de sa chaire publique de médecine, et médecin titulaire du saint tribunal. Ouvrage acroamatique {c} théorique et pratique. Suivant l’esprit d’Hippocrate et le sens de Galien, et selon le jugement d’Avicenne. Avec deux index : l’un des leçons et des cours ; l’autre, très riche, des matières et des mots. Publié pour la première fois]. {d}


  1. Barbarisme pour Pyrétologie (étude des fièvres) : 10 leçons divisées en un nombre variable de cours.

  2. Juan Lazaro Gutiérrez, natif de Sepulveda (province de Ségovie) a aussi publié un Opusculum de Fascino… [Opuscule sur l’Ensorcellement…] (Lyon, 1653, in‑4o de 210 pages).

  3. Fondé sur l’enseignement oral.

  4. Lyon, Laurentius Anisson, 1668, in‑fo de 292 pages ; suivi de 10 leçons (56 pages) sur le pouls dans les fièvres.

4.

V. note [6], lettre 92, pour Castellanus (Pierre du Châtel) et ses Vitæ illustrium medicorum [Vies des médecins illustres] (Anvers, 1617). Guy Patin estimait peu sont autre catalogue intitulé :

Elenchus omnium Auctorum sive Scriptorum, qui in Iure tum Civili quam Canonico vel commentando, vel quibuscunque modis explicando et illustrando ad nostram ætatem usque claruerunt, Nomina et monumenta, partim in lucem antehac prolata, partim in Bibliothecis passim adhuc abdita, complectens. Initio quidem a clarissimis in nostri seculi iurisconsultis, D. Ioanne Nevizano, Ludovico Gomesio, Ioanne Fichardo, et Ioanne Baptista Zileto, summo studio ac diligentia collectus : Ante quinquennium autem Ioannis Wolfgangi Freymonii in Obernhausen, I.V. Doctoris, opera et studio tertia fere parte auctior in lucem datus, et in iustum atque concinnum ordinem digestus. Iam vero denuo multorum accessione locupletatus. Recensentur in fine omnium Authorum nomina, ordine Alphabetico.

[Table de tous Auteurs ou Écrivains qui ont brillé jusqu’à notre époque tant en droit civil que canonique, soit en le commentant, soit en l’expliquant et l’éclairant de quelque manière que ce soit. Il contient leurs noms et leurs ouvrages, tant précédemment publiée qu’encore éparpillées dans les bibliothèques. Il a certes été initialement colligé par l’éminente recherche et le zèle des très brillants jurisconsultes de notre siècle, qu’ont été Ioannes Nevizanus, Ludovicus Gomesius, Ioannes Fichardus, et Ioannes Baptista Ziletus ; {a} mais au cours des cinq dernières années, les soins et le travail de Ioannes Wolfgangus Freymonius, docteur en l’un et l’autre droit à Obernhausen, {b} l’a mis à jour, presque augmenté du tiers et rangé dans un ordre clair et harmonieux. Il est désormais véritablement enrichi de multiples additions. À la fin, les noms de tous les auteurs sont recensés par ordre alphabétique]. {c}


  1. Ce répertoire est une réédition du catalogue de juristes publié par Giovanni Battista Ziletti en 1558 à Venise.

  2. Johann Wolfgang Freymon von Randeck (Ingolstadt 1546-1610) ; j’ai remplacé le Volfgangus Iustus des précédentes éditions par I. Wolfgangus Freymonius.

  3. Francfort, Martinus Lechlerus, 1579, in‑4o de 225 pages.

5.

Antoine Menjot (Paris vers 1615-1696) avait pris le grade de docteur en médecine à Montpellier en 1636, puis était revenu exercer à Paris. À l’époque de la révocation de l’édit de Nantes, Menjot, qui était protestant, fut exilé, consentit à abjurer et put reprendre alors sa pratique parisienne. V. note [3], lettre latine 136, pour ses Dissertationes pathologicæ [Dissertations pathologiques] (Paris, 1660 et 1662).

Les Opuscules posthumes de Mr Menjot, conseiller et médecin ordinaire du roi à Paris. Contenant des discours et des lettres sur divers sujets, tant de physique et de médecine que de religion (Rotterdam, Abraham Acher, 1696, in‑4o de 450 pages) donnent une bonne idée de son esprit éclectique.

La querelle médicale dont parlait Guy Patin opposait l’empirisme au dogmatisme :

6.

Ces trois ouvrages de Pierre Petit sont :


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 21 janvier 1667

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0897

(Consulté le 25/04/2024)

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