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Consultations et mémorandums (ms BIU Santé  2007) : 6  >

[Ms BIU Santé no 2007, fo 240 ro | LAT | IMG]

Fièvre continue putride
[consultation, 1632] [a][1][2]

C’est une bien grave maladie qui frappe l’honnête homme sur la santé de qui nous sommes consultés : il s’agit d’une fièvre continue et, qui plus est, putride, [1] à laquelle se sont associés des symptômes qui sont loin d’être bénins, principalement un délire et une propension à dormir, avec flux de ventre. [3] La cause de la fièvre est de haute gravité, s’agissant d’une putréfaction considérable ; néanmoins, nous espérons que la singulière bienveillance de Dieu et votre talent permettront à cet honorable malade de se rétablir, et ce d’autant que, déjà, la maladie s’est atténuée, que les symptômes s’en sont adoucis, que le délire a disparu et que le patient n’est plus si fort enclin au sommeil. On l’a saigné à de nombreuses reprises, [4] on lui a purgé l’intestin une fois ; [5] mais si cette ardeur fébrile persiste, il faudra assurément soustraire ce qui la nourrit encore, en saignant à nouveau des deux bras, et, surtout, en expulsant l’ordure bilieuse [6] qui est renfermée dans les conduits des viscères et qui, en y pourrissant, semble avoir embrasé la fièvre. La bile sera aussi évacuée, non tant par le lavement [7] que par une potion cathartique [8] composée d’une dilution de casse dans une infusion de séné et de rhubarbe. [9][10][11] On y ajoutera des épithème d’oxycrat tiède dont on baignera les hypocondres. [12][13][14] On ordonnera des frictions de bas en haut, on rasera les cheveux et on tiendra au chaud la tête, ainsi tondue, avec de l’oxycrat tiède. On appliquera des ventouses [15] aux omoplates après avoir incisé superficiellement la peau avec un scalpel. Ces derniers remèdes seront à administrer si la léthargie subsiste. [16] Le malade observera la diète réfrigérante et humidifiante que vous avez prescrite, [17] mais en petite quantité, sans consommer d’aliments trop solides tant que la fièvre ne se sera pas éteinte. Puisse Dieu imprimer sa force aux remèdes.

De Paris, ce 1er de novembre 1632.

N. Piètre, [18]          Patin. [2]

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a.

Manuscrit autographe de Guy Patin ; Pimpaud, Document 6, pages 29‑30.

1.

V. note [3], lettre latine 104, pour ce qu’était une fièvre putride, autrement appelée synoque.

2.

Les deux signatures sont autographes. En 1632, Nicolas Piètre était le seul de cette grande famille qui pouvait avoir consulté avec Guy Patin (v. note [3], consultation 4).

Le diagnostic de fièvre continue putride (synoque), avec somnolence et diarrhée, peut orienter vers une fièvre typhoïde (v. note [1], lettre 717) ou vers un typhus (v. note [28], lettre 172) ; mais le principal (sinon unique) intérêt de cette consultation est de montrer le respect de Patin envers son bien-aimé maître Piètre. Il signait en effet une prescription contenant des recommandations qui n’ont pas fait partie de sa pratique ultérieure : ventouses (v. note [70] des Préceptes particuliers d’un médecin à son fils), et surtout la curieuse (voire magique) application d’un épithème vinaigré (v. note [1], consultation 1) sur le crâne rasé du malade.

s.

Ms BIU Santé 2007, fo 240 ro.

Morbus sanè gravis, si quo premitur honestus iste vir, de cujus
valetudine consulimur, scilicet febris continua, eáq. putris, qu cui
assedere non levia symptomata, præcipua fuere delirium et in somnum
propensio. quib. accessit profluvium alvi. Causa febris est et illa
gravis, scilicet insignis putredo, nihilosecius speramus singulare
Dei beneficiumo, ho et tua arte honestum ægrotantem
convaliturum, maximè cùm lenior jam sit morbus, et
mituerint symptomata, fugerit delirium, nec adeo sit proclivis
in somnum : sæpius detractus fuit sanguis, semel expurgata
alvus, si calor ille febrilis persistat haud dubiè illius fomes
qui superest subducendus, repetita detractione sanguinis
ex vena alterutrius cubiti, sed et promovenda excretio
biliosæ illuviei quæ coercita viscerum ductibus, illicq. putrescens
accendisse videtur febrem : excernetur autem bilis non enemate
tantum, sed medicata potione cathartica comparata ex diluto
cassiæ et infuso foliorum Oriental. et rhei. Accedant epithemata
ex oxycrato tepido, quib. assiduè perfundantur hypochondria.
Instituantur frictiones supernè deorsum, detondeatur capillitium
cute propriùs, sicque detonsum caput foveatur oxycrato tepido.
Scoptulis opertis affigantur cucurbitulæ summa cute incisa scalpello,
atque hæ postrema remedia administranda sunt si perseveret
veternus. Observet victus rationem à te præscriptam refrigerantem
et humectantem, illámq. tenuem, ut solidioribus cibis non
antè vescatur quàm febris fuerit extincta. Infundat Deus
vim suam remedijs. Datum P i. Novembr. 1632.

N. Pietre.     Patin.


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits. Consultations et mémorandums (ms BIU Santé 2007) : 6

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(Consulté le 28/02/2024)

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