À Christian Buncken, le 12 mars 1655

Note [4]

Le 1er mars 1655, les deux émissaires (ou ambassadeurs) des Villes hanséatiques (v. note [16], lettre 392), David Penshorn et Diedrich Moller, avaient assisté à la leçon inaugurale de Guy Patin au Collège de France (v. note [13] des Leçons au Collège de France).

Dans ses Mémoires touchant les ambassadeurs et les ministères publics (La Haye, Jean et Daniel Steucker, 1677, in‑8o, pages 94‑97), Abraham de Wicquefort (v. note [19], lettre 402) a rendu compte de cette ambassade qui fut humiliante pour les Villes hanséatiques (dont la Hanse teutonique était alors en profond déclin, réduite à trois villes, Hambourg, Brême et Lübeck, alors qu’elle en avait compté jusqu’à 72) :

« Les armateurs de France avaient pris plusieurs de leurs navires marchands qui portaient en Espagne, où la ville de Hambourg a le fort de son commerce, quantité de denrées de Prusse et de Norvège, que l’on faisait passer en France pour des marchandises de contrebande ; et le maréchal de La Meilleraye, gouverneur de Bretagne sous la reine, {a} protégeait les armateurs parce qu’il profitait des déprédations. L’intention des Villes était de s’assurer la liberté de la navigation par un bon traité, en faisant renouveler ceux qu’elles avaient obtenus autrefois des rois Charles ix et Henri iv. Ils faisaient une assez belle dépense et prétendaient se faire traiter d’ambassadeurs parce qu’au traité que Henri iv leur avait accordé, l’on avait donné à leurs agents la qualité d’ambassadeurs députés ; mais dès la première ouverture {b} qu’ils en voulurent faire, ils reconnurent bien qu’il n’y fallait pas songer. M. Servien {c} en parla avec mépris, sans doute à cause du démêlé qu’il avait eu avec les députés de ces Villes à Münster, {d} et le comte de Brienne {e} leur fit dire que s’ils voulaient pousser cette prétention, leur négociation serait bientôt achevée. Ils eurent leur audience du roi et de la reine dans le respect ordinaire ; pas un des ministres ne leur céda la main {f} chez lui ; et tout ce qu’ils purent obtenir, moyennant une reconnaissance considérable, ce fut que le comte de Brienne se laissa disposer à faire couler dans le traité la même qualité d’ambassadeurs députés parce que, dans la lettre de créance, on leur donnait celle d’Ablegati. {g} […] Pour dire ce qui en est, la Hanse teutonique n’a jamais fait un État ou une République, mais seulement une société pour la sûreté de la navigation et du commerce. Ce qui étant très véritable, je ne puis pas comprendre comment on reçoit dans les cours des princes et des potentats, et comment on y considère autrement que comme de simples députés, les ministres d’un corps qui ne subsiste plus et qui, lorsqu’il subsistait encore, ne pouvait être considéré que comme une société de marchands et tout au plus, comme les compagnies qui se sont formées pour les deux Indes dans les Provinces-Unies. […] C’est ce que le prince d’Orange {h} considérait bien, vu qu’en l’an 1645, lorsque les États des Provinces-Unies voulurent savoir son avis comment les ambassadeurs, qu’ils allaient envoyer à Münster, auraient à se gouverner avec les ministres des Villes hanséatiques, il leur répondit qu’ils n’auraient point de compétence {i} avec eux parce que les Villes n’ont pas le droit d’envoyer des ambassadeurs, mais seulement des députés. C’est pourquoi aussi les mêmes États résolurent le 11 février 1656 qu’à l’avenir, les députés extraordinaires des Villes hanséatiques ne seraient conduits à l’audience que par l’agent, dans un carrosse à deux chevaux, qu’ils y prendraient place sur un siège à dos de drap et qu’ils seraient conduits chez eux en la même manière. »


  1. Anne d’Autriche avait délégué le gouvernement de Bretagne au maréchal Armand-Charles de La Porte, duc de Rethélois-Mazarin et de La Meilleraye, grand maître de l’Artillerie (v. note [33], lettre 291).

  2. Ouverture : « solennités qu’on fait au commencement des actions et assemblées publiques » (Furetière).

  3. Abel Servien, marquis de Sablé, surintendant des Finances (v. note [19], lettre 93).

  4. Pendant les interminables négociations des traités de Westphalie (1643-1648).

  5. Henri-Auguste de Loménie, comte de Brienne, secrétaire d’État aux Affaires étrangères (v. note [49], lettre 292).

  6. Ne consentit à leur donner la droite, soit en s’asseyant, soit en marchant à côté d’eux.

  7. Envoyés.

  8. Frédéric Henri de Nassau, stathouder des Provinces-Unies (v. note [8], lettre 66).

  9. Égalité de dignité.


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Christian Buncken, le 12 mars 1655, note 4.

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(Consulté le 25/05/2024)

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