L. latine 87.  >
À Johann Daniel Horst,
le 25 août 1657

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[Ms BIU Santé 2007, fo 62 ro | LAT | IMG]

Au même Johann Daniel Horst, etc.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Je vous écrivis hier, mais reprends la plume aujourd’hui pour vous faire savoir qu’ayant passé en revue chacun de mes livres horstiens, j’ai retrouvé celui de Jakob Horst de Vite vinifera ; [1][2] il est donc inutile que vous vous donniez la peine de me le procurer. Écrivez-moi, je vous prie, en quelle année moururent ces très brillants écrivains qu’ont été Jakob et Gregor Horst. [3] Voici qu’on m’annonce d’Angleterre que M. William Harvey est passé de vie à trépas : c’est l’excellent homme qui, le premier parmi les modernes, a découvert la circulation du sang ; il était ami et contemporain de notre M. Riolan et tous deux sont partis la même année dans l’au-delà. [2][4][5][6] J’en viens à votre Manuductio de la dernière édition. [3]

Le nombre de fautes typographiques, tout particulièrement dans le grec, m’afflige profondément pour vous. Je pense qu’il doit vous incomber d’en avoir soin dans une nouvelle impression qui soit parfaitement correcte. Je souhaite être en mesure de la promouvoir ici, mais tous nos imprimeurs y répugnent à cause de la pénurie d’ouvriers, du prix exagéré du papier, et des fureurs de Bellone [7] qui entravent le commerce avec l’étranger.

Page 8, qui est cet auteur, Joachimus Illies, pag. 13 de Natura Medecinæ ? [4][8]

Page 11, qui est cet autre, Hyacinthus Jordanus, Theorica Medicinæ D. Thomæ, pag. 528 ? [5][9]

Page 12, dernière ligne, qui est ce Papa Romanus Io. xxi, pag. 139 ? [6][10]

Page 27, j’ai jadis ici connu et bien aimé un Allemand nommé Conerding, dont je n’ai jamais reçu les thèses qu’il avait promis de m’envoyer ; il avait été auditeur du très savant M. Conring. Il vivait ici vers l’an de grâce 1648 ; si vous le connaissez, saluez-le de ma part. [7][11][12]

Page 39, en 33 ans, je me souviens avoir vu trois fois du pus provenant du poumon être évacué par les urines ; [8] M. Nicolas Piètre, très sage médecin de Paris et excellent connaisseur de l’art médical, disait qu’il y était arrivé par les artères ; il est mort ici en 1649, âgé de 64 ans, étant le plus ancien maître de notre École. [13]

Page 42, je vous parlerai brièvement de Gassendi : il a été mon grand ami, mais une telle hématophobie le tourmentait qu’il mourut ici d’une corruption du poumon en 1655, âgé de 64 ans ; il en aurait au moins été libéré s’il avait accepté la saignée au début de la maladie. On imprime à Lyon ses œuvres complètes en six tomes in‑fo[9][14][15][16]

Page 67 : en cette ville de Paris, j’ai vu 75 calculs dans la vésicule biliaire d’une femme presque octogénaire, qui avait dépéri d’une longue affliction avec un squirre du foie ; ils étaient cubiques, tout à fait semblables à des dés à jouer. [10][17][18]

[Ms BIU Santé 2007, fo 62 vo | LAT | IMG]

À la même page, que sont ces Exercitationes que vous avez défendues sous Lauremberg, ont-elles été disputées à Rostock ? [11][19][20]

Page 74, pour l’idiosyncrasie, [21] je m’en rapporterai à mon propre cas : jamais je n’ai pu goûter au fromage blanc mou, ni même n’oserais-je en supporter la vue ou y penser pendant trop longtemps sans tomber en syncope. [12][22][23][24] J’ai connu une femme qui, presque âgée de 90 ans, se gardait comme d’un poison de l’odeur des roses pâles ; et pendant tout le temps qu’elles étaient en floraison, elle se cachait à l’intérieur des maisons, pour ne pas être offensée par leur senteur ; et pourtant, elle se purgeait très fréquemment et très heureusement à l’aide du sirop cathartique ordinaire des officines qui se prépare à partir de cette sorte de roses ; elle est ici morte il y a six mois. [13][25][26]

Page 81, qui est ce Reinus, pag. 173 ? [14][27]

Page 84, qu’est-ce donc que cette apologia docta satis et erudita de G. Wentenius ?[15][28]

Page 96, comptant sur votre bienveillance, je dirai librement ceci de Van Helmont : vous faites trop d’honneur à un très puant et très impudent charlatan ; ce fut un pur fripon et un parfait bon à rien, comme j’ai appris de ceux qui l’ont le mieux connu ; son seul souci semble n’avoir été que d’être pris pour plus sage que les autres et plus savant qu’eux en l’art médical, qu’il n’a pourtant jamais compris ; pour se gagner la confiance des ignorants, il voulait qu’on le tînt pour un mage ; ce bavard insensé poursuivait d’une si grande haine la saignée, qui est un remède éminent et irremplaçable, qu’il a préféré mourir de pleurésie que d’y recourir. On ferait donc bien de confier aux corbeaux ce {agyrta} circulator impie, [16][29][30][31] et d’envoyer cet impur écrivain de quatre sous s’occuper de ses affaires, car il mérite tout à fait d’être relégué en exil avec Paracelse, Crollius et les autres misérables novateurs de leur espèce ; [32][33] mais indigne d’être seulement cité par les hommes de bien dont vous menez la famille. Ce fut en effet le plus hideux des monstres, à déporter dans les terres les plus lointaines, ou du moins en Sardaigne, et s’il avait péri dans ce lieu pestilentiel, ce n’aurait guère eu d’importance. [17][34]

Page 99, qu’est-ce que Dominus Mœbius in Institutionibus ? [18][35]

Page 109, je n’ai jamais vu le livre de Jakob Horst de Morbis mulierum, avec les notes de son fils, et M. Vander Linden ne le mentionne pas. [19][36][37]

Page 113, je n’ai jamais vu la Dissertatio de Lacte du très savant M. Conring ; n’est-il pas possible de me l’obtenir ? [20][38]

Page 119, je ne comprends pas qui est ce Saponius[21]

Page 123, ne peut-on pas m’obtenir la Dissertatio de scorbuto de Lorenz Blumentrost ? [22][39][40] de même que le Monochordon d’Hafenreffer, page 124 ? [23][41]

Page 137, s’il se trouve à vendre, je souhaite pareillement le Iatreion Hippocraticum de Dieterich, que je n’ai encore jamais vu ; [24][42] de même que, page 138, la Meteorologia de Cyriander. [43] Pour cette éclipse dont vous dites quelques mots page 137, bien d’autres Français en ont écrit en notre langue : entre autres, Gassendi et un certain moine de Lyon, de l’Ordre des minimes, contre les vaines menaces et fourberies des astrologues. [25][44][45][46]

Page 144, j’ai vu les Institutiones de M. Wormius, mais non ses Controversiæ[26][47]

Page 148, je n’ai ni connu ni vu ce livre de Bacmeister, mais le souhaite vivement, de même que les Disputationes ethicæ de Reinboth. [27][48][49]

Page 150, en bas : [28][50] de la saignée dans la variole, je dirai librement que, dès le début de l’éruption, si elle ne progresse pas aussitôt, nous saignons ici hardiment tous tant que nous sommes, sans risque et en toute sûreté, et toujours pour le bien des malades, même chez les petits enfants encore nourris au sein maternel ; [51] et nous ne pouvons nous priver d’un si grand secours, car il ne nous reste rien à espérer des cardiaques des Arabes, ni de la pierre de bézoard, qui est une pure fiction. [52][53][54] Notre Compagnie tout entière l’a unanimement rejetée depuis longtemps ; d’habiles pharmaciens l’ont jadis inventée pour vider les cassettes des malades. Chez nous, personne n’a utilisé la confection d’hyacinthe et la teinture d’alkermès, [55][56] à cause de leur trop grande chaleur qui accroît la maladie et amenuise les forces. L’espoir réside tout entier dans la saignée avant l’éruption, et pendant l’éruption elle-même, si elle peine à progresser ; et même après l’éruption si persistent alors fièvre, dyspnée, délire, mouvements convulsifs, assoupissement, diarrhée, ou autres telles affections [Ms BIU Santé 2007, fo 63 ro | LAT | IMG] qui mènent à la ruine, comme il arrive parfois. Plaise aux dieux que nous ne touchions ni aux poudres cardiaques des chimistes, [57] ni aux autres bagatelles de ces extravagants vauriens, et aussi que nous nous tenions délibérément loin d’eux, et les laissions à ceux qui veulent être trompés et refusent de mourir loyalement et sans dépense excessive. La saignée au début de la maladie fait l’unanimité chez nous, même quand on la répète chez les petits enfants ; avec un régime alimentaire choisi et un purgatif léger après la fin, car avant, il est toujours funeste. [58][59] Telle est notre sentence de l’École de médecine de Paris sur la saignée dans la variole et la rougeole ; [60] toutes les autres compagnies de médecins l’outrepassent sciemment, qu’elles soient françaises ou encore italiennes, allemandes, hollandaises, anglaises, danoises, bien qu’aucun secours ne puisse se comparer à la phlébotomie pour favoriser l’éruption. La maladie provient en effet d’un sang excessivement corrompu, avec fièvre continue et autres horribles symptômes qui annoncent la gangrène des viscères, que nul secours de notre art ne saurait éteindre ni vaincre. [61] Vous avez mon jugement sur cette controverse de grande importance dans les opérations de l’art : si vous l’approuvez, comme j’espère, je m’en réjouis intérieurement ; sinon, je ne refuse pas qu’on se donne la peine de m’apprendre mieux.

Page 158, je conjecture que vous n’avez pas vu la réponse que le très distingué M. Riolan, notre ancien, a faite à Markward Schlegel sur la circulation du sang ; en diverses années, il a écrit trois traités distincts sur ces questions, savoir en 1652, 1653 et 1655. [29][62][63][64] Je suis certes disposé à vous les envoyer, tout comme son Encheiridium anatomicum, ainsi que son Anthropographia[30][65][66] et tout ce qu’il vous plaira venant de notre ville de Paris. Écrivez-moi donc et indiquez-moi ce que vous souhaitez, ou plutôt commandez et ordonnez-le-moi afin que je cède à votre volonté et que, par mes bons offices, ou même mes services rendus, vous reconnaissiez aisément l’affection que j’ai pour vous. Vous verrez et jugerez de la réponse que Riolan a faite contre Pecquet et les pecquétiens. [31][67][68][69][70][71][72] Je n’en dis pas plus.

Page 159, je n’ai jamais vu la Defensio venæ sectionis du Danois Georg Friedrich Laurentius ; [32][73] non plus que l’Exercitatio de Cnöffel contre Augustin Corrade, [33][74][75] médecin français que je connais, originaire de Nîmes et qui est aujourd’hui premier médecin de Mme Marie de Gonzague, reine de Pologne. [76]

Voyez, très savant Monsieur, comme j’agis familièrement avec vous, et pardonnez-moi si je vous ai déplu en critiquant. Vous concéderez cela à la liberté philosophique et à ma franchise. Diversum sentire duos, etc. [34] Que je vous aie ou non été agréable, permettez en effet que je sois toujours vôtre en affection et en soumission ; et tant que je vivrai, je serai de tout cœur

votre Guy Patin, natif de Beauvaisis, docteur en médecine de Paris et professeur royal.

De Paris, le 25e d’août 1657.


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× Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johann Daniel Horst, le 25 août 1657

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(Consulté le 16.10.2019)