À Johann Daniel Horst, le 25 août 1657, note 17.
Note [17]

V. note [17], lettre 75, pour l’insalubrité proverbiale de la Sardaigne chez Martial.

Pages 156‑157 (Ulm, 1660), à propos de l’atrabile (ou mélancolie, celle des quatre humeurs du corps humain qui n’a pas d’existence réelle, v. note [5], lettre 53), Johann Daniel Horst a tenu compte de la remarque de Guy Patin, mais non sans une teinte d’ironie :

Sed ridet quatuor humores Scholarum humoristarum passiva deceptio Helmontii. Certe non de nihilo sunt, quæ exponit, quæque ante ipsum pauci notarunt. […]

Hinc pronuper contra Helmontium Resolutiones scripsit Caspar Bravo de Sobremente Ramiretz : pro ipso vero Grembsius, παντα δοκιμαζω, το καλον κατεχω ; quam sententiam summopere laudat Illustrissimus Patin, bona nempe seligenda et retinenda esse.

[Mais dans sa Scholarum humoristarum passiva deceptio, Van Helmont se rit des quatre humeurs. Ce qu’il expose n’est pas sans valeur, et peu de gens en ont fait la remarque avant lui. {a} (…)

Là-dessus, Gaspar Bravo de Sobremonte Ramirez a tout récemment écrit des réfutations contre Van Helmont ; {b} mais Grembsius a écrit en sa faveur : j’examine tout, et retiens ce qui est beau, “ il faut choisir et retenir les bonnes choses ”, jugement que le très illustre Patin loue au plus haut point]. {c}


  1. Scholarum humoristarum passiva deceptio atque ignorantia [Duperie générale et ignorance des écoles humoristes] est le troisième des quatre traités contenus dans les Joannis Baptistæ Van Helmont, Toparchæ in Royenborch, Pellines, etc. Opera medica inaudita [Opuscules médicaux inédits de Jan Baptist Van Helmont, {i} seigneur de Royenborg, Pellines, etc.]. {ii} Son chapitre i est intitulé Quatuor humores Galenistarum esse fictitios [Les quatre humeurs des galénistes sont fictives], et il convient ici d’ignorer les invectives de Guy Patin contre son auteur pour admirer la clairvoyance du § 73 (2e colonne, page 81) :

    Non ergo a Jecore deferri potest atra bilis, quam dicunt excrementiam : quin potius Lien alitur ex venis, et arteriis lienaribus, juxta consuetum aliorum membrorum ? Nec Lien vivit ex proscripto excremento, neque est cloaca corporis, pessimique humoris. Si namque Lien a Jecore, atram bilem desumere debebat : quare non est vicinus hepati ? Quare solus Splen, inter viscera, nutrietur excremento horrido ? Et qua tandem depellet supervacaneum hoc perniciosum recrementum ? An per stomachum, ejusque orificium, tam mobile ac sensile, jam latrina ultimi erit excrementi ? Adeone malignum hoc labumen, {iii} appetentiam suggeret stomacho ? Quorsum enim recoquetur scoria, jam toto genere, proscriptione, et proprietatibus rejecta ? Stomachus vicem cordis æmulari conceditur : ergone conveniens fuit, quod stomachus, conceptusque ejus cibus, totaque totius inde œconomia, contagio maligni recrementi quotidie contaminarentur ? An enim id non fuit naturam, ejusque creatorem, a creationis initio inexcusabilis incogitantiæ insimulasse ? Nonne folliculus aliquis separandis fæcibus fuisset aptior, si ulla esset atra bilis, quam quod nobile viscus Splenis, tot arteriis prægnans, et nobile viscus stomachi pessimi excrementi fierent refugia ? Sed quo telo tanta defendunt Scholæ deliria ?

    [La bile noire, disent-ils, {iv} est un excrément : {v} le foie ne peut donc la délivrer à la rate. Comment, à l’instar des autres organes, ne tirerait-elle pas sa nourriture des veines et des artères qui lui sont propres ? La rate ne vit pas d’un excrément proscrit, elle n’est pas le cloaque du corps et de la plus mauvaise des humeurs. Si elle devait se charger de la bile noire produite par le foie, pourquoi n’est-elle pas alors sa proche voisine ? {vi} Pourquoi, serait-elle le seul organe à s’alimenter d’un répugnant excrément ? Pourquoi enfin ne repousserait-elle pas cette pernicieuse et inutile ordure ? L’estomac et son orifice, qui est si mobile et sensible, {vii} ne procureraient-ils pas déjà des latrines à cet ultime rebut ? Cette glaire serait elle maligne au point de ne pas mettre l’estomac en appétit ? Où une scorie que ses propriétés ont partout déjà catégoriquement proscrite serait-elle donc recuite ? On tient l’estomac pour l’émule du cœur : pourquoi convient-il de penser que l’estomac et la nourriture qu’il élabore, laquelle assure toute l’économie du corps, seraient contaminés tous les jours par le contact d’un pernicieux déchet ? N’y aurait-il alors pas lieu d’accuser la nature et son géniteur d’inexcusable étourderie dès les origines de la création ? Si l’atrabile existait vraiment, pourquoi n’y aurait-il pas, pour servir de refuge à cet infâme excrément, une quelconque vésicule plus apte à séparer les déchets que le noble viscère de la rate, {viii} qui est enflée de tant d’artères, ou que le noble viscère de l’estomac ? Mais quelle arme les Écoles utilisent-elles donc pour défendre de si grands délires ?] {ix}

    1. V. note [11], lettre 121.

    2. Amsterdam, Louis Elsevier, 1648, in‑4o ; première édition en 1644, année où mourut Van Helmont.

    3. Sic pour albumen (à mon avis).

    4. Les dogmatiques galénistes (tels que Patin).

    5. V. note [2] du Traité de la Conservation de santé, chapitre vii, pour la définition des excréments dans la théorie humorale.

    6. La partie gauche du foie n’est guère éloignée de la rate, mais les deux organes ne sont pas directement connectés par des vaisseaux : le sang de la rate se draine dans la veine porte qui gagne foie, mais après que la veine splénique s’est unie à la veine mésentérique.

    7. L’estomac ne vomit que trop facilement son contenu par son orifice supérieur, le cardia, où arrive l’œsophage.

    8. V. note [16], lettre latine 154, pour le rôle éminent que Van Helmont attribuait à la rate dans son système médical.

    9. Les Œuvres de Jean-Baptiste Van Helmont traduites par Jean Le Conte (Lyon, 1671, v. notule {d}, note [11], lettre 121) donnent une formulation différente (tirée de l’Ortus medicinæ [la Naissance de la médecine]) de cette attaque contre l’atrabile (troisième partie, Traité des humeurs, chapitre i, page 174).
  2. Gaspar Bravo de Sobremonte Ramirez (que Patin ne citait pas) a nommément éreinté lla lucidité de Van Helmont sur l’atrabile dans la Disputatio iv, Resolutio iii, Utrum melancholia sit naturalis humor ? [L’atrabile est-elle une humeur naturelle ?] (paragraphes iiii, pages 330‑331) de la troisième partie de ses Resolutiones Medicæ [Réfutations médicales] (Lyon, 1654, v. note [6], lettre 324).

  3. V. note [14], lettre latine 98, pour Franz Oswald Grembs. La malice de Horn consistait à faire subrepticement approuver par Patin une sentence de cet ardent défenseur de Van Helmont.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johann Daniel Horst, le 25 août 1657, note 17.

Adresse permanente : https://www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1120&cln=17

(Consulté le 24/04/2024)

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