À Johann Georg Volckamer, le 27 octobre 1668
Note [1]

Aucun livre de Thomas Reinesius (mort le 14 février 1667) ne traite la question, apparemment médico-légale, « de ce fœtus adultérin ».

Le dernier ouvrage auquel il mit la main fut le T. Petronii Arbitri in Dalmatia repertum Fragmentum cum epicrisi et scholiis Th. Reinesii. Ad Illustriss. et Excellentiss. Dn. Joh. Bapt. Colbert, Regi Christianissimo a Sanctioribus Consiliis, summique Galliarum Ærarii Moderatorem prudentissimum et integerrimum. Acesserunt ex Edit. Upsaliensi V.C. Joh. Schefferi Argentin. Notæ [Fragment de Pétrone trouvé en Dalmatie avec le jugement critique et les annotations de Thomas Reinesius. Au très célèbre et très brillant M. Jean-Baptiste Colbert, conseiller du roi très-chrétien, très prudent et très intègre contrôleur général des finances de France. Avec les notes du très distingué M. Johann Scheffer, professeur royal, tirées de l’édition d’Uppsala] (Leipzig, Laur. Sigism. Cörnerus, 1666, in‑4o).

Écrite dans un latin précieux et elliptique, l’épître dédicatoire à Colbert, Doctrinarum et Virtutum omnium confugium, patronus indulgentiss. [protecteur très bienveillant et refuge de toutes les sciences et vertus], datée du 25 avril 1666 vieux style (julien, soit le 5 mai grégorien), exprime la reconnaissance de Reinesius à l’égard du roi de France, de Colbert et de Jean Chapelain pour la généreuse rente (de montant non précisé) dont l’Académie française l’avait gratifié (tout comme elle avait fait pour Hermann Conring, v. note [3] de sa lettre du 14 mai 1666) ; en outre, elle complète l’histoire du Fragmentum du Satyricon :

Debent hoc Eruditi Literatoribus Patavinis, qui e bibliotheca Cippicorum Dalmatarum (olim Cœpiones adpellabant) acceptum primum typis exscribi fecerunt ; in quod exemplum cum incidisset reconditioris literaturæ et amœnitatum omnium Consultus Nic. Heinsius, ne possideret solus, in Suediam transmisit ad V.C. Prof. Regium Joh. Schefferum, qui cura sua dignum habitum iterum vulgavit sed paulo comtius, et cum eruditis Notis ; ex hujus manu ad me pervenit, et quia rogabar sententiam de novo dubiæ præterea fidei scripto, Amico eam gratificari fas esse putavi ; inde natum mihi, quod hic exhibeo. Opinantur de eo, uti fieri amat, alii aliter ; magna manus Ineptorum, quod ad farinam nihil facere ejusmodi scitamenta putant, non contemnunt tantum, nim. quod non intelligunt ; verum calumniantur etiam, dum adsequi desperant, talium curiosos ; Doctorum plerique Petronio ævi Claudiani sine dispectu adscribunt ; alii eidem ob stili inæqualtatem, suspectam multis nominibus Latinitatem sermonis, et nonnulla Romanis moribus difformia abjudicant, et inter figmenta ludicra, quod genus hominum otiosorum festivorumque vanitas, et excessus Gratiarum solet extrudere, rejiciunt. Ipse neglectis fastuosis istis et indolatilibus, ab utrisque discedendum esse vidi, et medio incedendum.

[Le monde savant doit ce Fragment aux érudits de Padoue qui l’ont fait imprimer pour la première fois, après l’avoir tiré de la bibliothèque des Cipiko en Dalmatie (que jadis on appelait les Cepione). {a} Quand ce livre est parvenu dans les mains de Nicolaas Heinsius, expert en raretés littéraires et en beautés de toutes sortes, afin de n’en pas demeurer le seul détenteur, il l’a envoyé en Suède au très distingué Johannes Schefferus, professeur royal, {b} qui, fidèle à sa bonne habitude, s’appliqua à en procurer une nouvelle édition, mais plus soigneuse et enrichie de notes. {c} Il m’en a fait parvenir un exemplaire en me demandant mon avis sur ce nouveau texte dont l’authenticité lui paraissait fort douteuse, et j’ai cru bon de devoir l’en gratifier amicalement. De là vient le livre que voici. D’aucuns exprimeront, tant qu’il leur plaira, des opinions différentes des miennes. La grande troupe des sots, parce qu’elle pense inutile d’améliorer sa pâte, ne se contente pas de mépriser ce qu’elle ne comprend pas, mais calomnie ceux qui sont curieux de faire autrement, car elle désespère de les pouvoir égaler. Quantité de doctes personnages brodent sur Pétrone sans égard pour ce qu’était la vie à l’époque de Claude. {d} D’autres y retranchent et suppriment, pour cause d’irrégularité de style, de latinité suspecte du discours, liée à quantité de subtilités, pour quelques incongruités avec les mœurs romaines, entre autres divertissantes inventions, parce que ce genre d’hommes oiseux, la vanité des beaux esprits et les excès des gracieusetés ont l’habitude de châtrer. En laissant de côté ces dédaigneux et ces enjoliveurs, il m’est apparu qu’il fallait me tenir loin de leurs excès respectifs et chercher un juste milieu]. {e}


  1. Cipiko ou Cepione est le nom d’une vieille famille noble de Croatie. Elle possédait un palais dans la ville de Trogir (Trau). Ce manuscrit était donc bien le même que celui employé pour préparer les éditions du Fragmentum parues en 1664 à Padoue et à Paris, par les soins de Pierre Petit, son inventeur (v. note [11], lettre 792).

  2. Nicolaas Heinsius a correspondu avec Guy Patin ; v. note [1], lettre latine 342, pour Johannes Schefferus, titulaire de la chaire royale d’éloquence à Uppsala.

  3. T. Petronii Arbitri Fragmentum nuper Tragurii Dalmatiæ repertum cum annotationibus Johannis Scheffero Argentoratensis. Accedit Dissertatio ejusdem de Fragmenti hujus vero auctore [Le Fragment de Pétrone récemment découvert à Trogir en Dalmatie, avec les annotations de Johannes Schefferus, natif de Strasbourg. Il y a ajouté une Dissertation sur le véritable auteur de ce Fragment] (Uppsala, Henricus Curion 1665, in‑8o). Bien qu’il déplorât ne pas avoir eu accès au manuscrit original, Schefferus concluait que le Fragmentum n’était pas de Pétrone, mais devait probablement être attribué à Jean de Salisbury (Johannes Parvus Saresberiensis), philosophe et historien anglais du xiie s., qui fut évêque de Chartres de 1176 à 1180.

  4. Claude et Néron, son successeur, furent les deux empereurs romains contemporains de Pétrone (v. note [6], lettre 215).

  5. En écrivant tout cela, Reinesius éreintait « amicalement » les procédés de Schefferus ; il riposta et toute l’Europe érudite s’embrasa entre les partisans de l’apocryphe et ceux de l’authentique (comme Reinesius), dont Pierre Petit fut, en France, le plus pugnace promoteur.

Imprimer cette note
Citer cette note

x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johann Georg Volckamer, le 27 octobre 1668. Note 1

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=1491&cln=1

(Consulté le 13.07.2020)

Licence Creative Commons