Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Borboniana 3 manuscrit
Note [12]

« Voyez la Logica de Johann [Heinrich] Alsted, pages 753 et 754. {a} Voyez l’Alphabetum Græcum avec les notes de Théodore de Bèze, signatures C, page 11, et D, page 5. » {b}


  1. La Logica [Logique] est le viiie des 35 livres de l’Encyclopædia de Johann Heinrich Alsted. {i} J’ai feuilleté ce livre dans le tome premier (pages 405‑467) de la réédition de Lyon, 1649, {ii} mais sans y trouver de passage sur le sujet. Les pages 753‑754 indiquées par le Borboniana ne m’ont pas aidé car elles ne correspondent à aucune des éditions que j’ai pu consulter. La question est toutefois brièvement abordée dans le livre vi du même tome, Sectio Quarta Grammaticæ, exhibens Grammaticam Græcam [Quatrième section de la Grammaire, montrant la Grammaire grecque], chapitre i, De Literis [Les Lettres], fin du § ii, page 302 :

    Eta dico, non Ita : quia Terentianus Maurus ait :

    Literam namque E videmus esse ad Eta proximam.

    [Je dis Êta et non Ita, car Trentianus Maurus {iii} dit :

    Nous voyons bien que la lettre E est la plus proche d’Êta].

    1. V. note [6], lettre 153.

    2. V. note [11], lettre 203.

    3. Grammairien latin du iie s. de notre ère, originaire de Mauritanie.

    4. La seconde référence, bien plus instructive que la précédente, renvoie à un merveilleux petit livre dont les pages ne sont pas numérotées (on s’y repère donc à l’aide des signatures) :

      Alphabetum Græcum. Addita sunt Theodori Bezæ Scholia, in quibus de germana Græcæ linguæ pronuntiatione disseritur.

      [Alphabet grec. Les notes de Théodore de Bèze {i} y ont été ajoutées, dissertant sur la prononciation originelle de la langue grecque]. {ii}

      1. V. note [28], lettre 176.

      2. Oliva Roberti Stephani [Genève, Robert i Estienne, v. note [7], lettre 659], 1554, in‑8o de 5 feuilles.

      • Les 10e et 11e pages de la signature C correspondent au début des notes de Bèze sur la prononciation, De literis in genere : deinde de xvi Cadmi literis [Des lettres en général, et ensuite des 16 lettres de Cadmus]. Dans le mythe, Cadmus (ou Cadmos), fils d’Agénor, roi de Tyr, est celui qui aurait introduit l’alphabet phénicien (sémitique) chez les Grecs. Le Borboniana y renvoyait probablement à cette phrase (dernière ligne de la 10e page et trois premières de la 11e) :

        Simplices igitur Græcæ li<n>guæ sonos sexdecim, totidemque necessarias literas, ex eo apparet, quod ex reliquis octo qui totidem literis scribuntur, alii sint compositi, alii suapte natura iidem cum compositis.

        [Aux 16 sons élémentaires de la langue grecque correspond nécessairement un nombre égal de lettres ; {i} d’où s’ensuit que des huit lettres restantes, qui s’écrivent à l’aide du même nombre de signes, les unes sont composées et les autres se lient naturellement aux composées]. {ii}

        1. Des 24 lettres qui composent l’alphabet grec, les 16 attribuées à Cadmus sont : alpha (Α, α), bêta (Β, β), gamma (Γ, γ), delta (Δ, δ), epsilon (Ε, ε), iota (Ι, ι), kappa (Κ, κ), lambda (Λ, λ), mu (Μ, μ), nu (Ν, ν), omicron (Ο, ο), pi (Π, π), rho (Ρ, ρ), sigma (Σ, σ et ς), tau (Τ, τ) et upsilon (Υ, υ).

        2. Ces 8 lettres, dont l’invention est attribuée au prince mythique grec Palamède et au poète athénien Simonide de Céos (vieve s. av. J.‑C.), sont :

          • les six consonnes composées, dzêta (Ζ, ζ, dz), ksi (Ξ, ξ, ks ou x), psi (Ψ, ψ, ps), thêta (Θ, θ, th), phi (Φ, φ, ph) et khi (Χ, χ, kh ou ch) ;

          • et les deux voyelles complémentaires, êta ou ita (Η, η) et oméga (Ω, ω).

      • En fin philologue, Bèze défend l’êta contre l’iota aux pages D iii ro‑vo, écrivant notamment :

        Vetreres arbitror η elemento aspirationem formasse, quamobrem etiam Romani omnibus aspiratis nominibus η proscribunt. Hactenus Athenæus. Eam autem notam postea pro ε longo Græcia usurpavit, ut diserte testatur Plato in Cratylo, his verbis ου γαρ η εχρωμεθα, αλλα ε το παλαιον, id est, η enim non usurpamus olim, sed ε. Sed et in eodem dialogo scribit, pro ι, quo veteres libenter uterentur, usurpari cœpisse vel ε vel η, clariores scilicet et magis insignes literas. Ex quibus verbis apparet, perperam eos facere qui cum iota confundunt, sicut hodie solent homines alioquin valde eruditi, a quibus ego magnopere contendo ut rationem tandem authoritate veterum confirmatam discant depravatæ consuetudini anteponere. Quid scripserit Eustathius lib. Iliad. α, de parechesis loquens, non ignoro : sed quam depravata fuerit ipsius tempore Græca pronuntiatio, vel illud declarat, quod non modo η cum ι, sed etiam η, ι, et ει, deinde ει et η, postremo αι et ε confundit. Itaque tanti non debet esse unius recentioris authoritas, ut veteribus omnibus opponatur : quum præsertim hæc depravatio maximas scribentibus obiiciat difficultates, dum hæsitant quod per ι profertur, sitne per ι, an per η, vel υ, vel ει, vel οι, vel η scribendum. Quod si hæ rationes non sufficiunt, age alias etiam proferamus. Quæro igitur si η ut ι proferendum est, cur inventum sit et usurpatum, quum ι anceps maneat ? Quæro etiam cur in præteriti argumento ε in η mutetur. Nam certe ε quanvis tenue, uberius tamen est quam ι : ut si in iota mutes, non augeri, sed imminui videatur. Quæro demum cur η a Latinis Græca verba usurpantibus nunquam mutetur in ī, nisi fortasse in vestis ab εσθης, quod tamen omnibus non placet, sed in e perpetuo, vel breve, ut κρηπις crepida : vel longum, ut Πηνελοπη Penelopea.

        [Je crois que les Anciens, au moins durant la période attique, {i} ont marqué l’aspiration par le signe η, puisque les Romains commencent aussi par un η tous les mots aspirés. {ii} Ensuite, la Grèce a employé cette lettre pour marque l’ε long, comme en témoigne clairement Platon dans Cratyle, par ces mots : « Jadis en effet, nous n’utilisions pas η, mais ε. » {iii} Toutefois, dans ce même dialogue, il l’écrit aussi pour ι, lettre que les Anciens utilisaient volontiers : ils ont commencé à employer soit ε, soit η, comme étant des lettres plus distinctes et beaucoup plus remarquables que ι. Ces propos prouvent que ceux qui les assimilent à iota se trompent, c’est pourtant ce que les plus érudits ont coutume de faire aujourd’hui ; mais je ne suis pas du tout de même avis qu’eux quand ils enseignent qu’il faut préférer une habitude corrompue à la règle fondée sur l’autorité des Anciens. Je ne suis pas sans connaître ce qu’a écrit Eustathius, parlant des paréchèses, sur le chant i de L’Iliade, {iv} mais, de son temps, la prononciation grecque était déjà fort corrompue, au point qu’il déclare non seulement assimiler η à ι, mais aussi confondre η, ι et ει, et de là, ει et η, et enfin, αι et ε. Il ne faut donc pas prêter d’autorité à ce seul auteur récent, puis qu’il contredit tous les plus anciens que lui. La raison principale en tient à ce que cette corruption confronte les écrivains aux plus grandes difficultés, quand ils hésitent sur ce qu’un ι signifie : doit-on le transcrire par un ι ou par un η, voire par un υ, par ει, par οι, ou par η ? Si ces arguments ne sont pas suffisants, eh bien j’en présenterai encore d’autres. Je demande donc, si η est à prendre pour ι, pourquoi l’a-t-on inventé et utilisé, alors que ι demeure équivoque ? Pourquoi, au fils du temps, ε s’est-il transformé en η ? Il est certain que ε est bref, mais il est plus long que ι, et si vous le remplacez par un iota, il semble non pas s’allonger, mais se raccourcir. Je demande en outre pourquoi les Latins, quand ils emploient des mots dérivés du grec, ne transforment-ils jamais η en ī, {v} hormis peut-être dans vestis qui dériverait de εσθης {vi} (ce dont tous ne conviennent pourtant pas), mais en font-ils un e accentué, soit bref, comme dans κρηπις, crĕpida, {vii} soit long, comme dans Πηνελοπη, Pēnĕlopēa ?] {viii}

        1. Depuis Homère (viiieviie s. av. J.‑C.) jusqu’au début de l’ère chrétienne.

        2. Cet η d’aspiration se marque en latin par le h (déformation graphique d’η) et le H (η majuscule).

        3. Paroles de Socrate dans le dialogue de Platon (veive s. av. J.‑C.) intitulé Cratyle.

        4. V. note [5], lettre 748, pour Eustathe, grammairien grec du xiie s., commentateur des œuvres d’Homère.

          La paréchèse ou le paréchème est un « défaut de langage par lequel on place à côté l’une de l’autre des syllabes de même son, comme : dorica castra et fortunatam natam ; il faut qu’entre nous nous nous nourrissions » (Littré DLF).

        5. Pour i long.

        6. Vêtement, esthês en grec aurait donné vestis en latin, avec transformation de η en i.

        7. Sandale : krêptis en grec a donné crepita en latin, avec transformation de η en ĕ (é bref).

        8. Pénélope (la fidèle épouse d’Ulysse, v. note [7], lettre latine 7) : Pênélopê en grec a donné Pēnĕlopēa, avec transformation des deux η en ē (ê longs).

          Aujourd’hui, le grec académique ancien est érasmien, mais le grec moderne, reuchlinien (v. supra note [11]) : Andrea Marcolongo, Lα Lαngue gέnίale, 9 bonnes raisons d’aimer le grec (Les Belles Lettres, Le Livre de Poche, 2019, page 81).


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    x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
    Borboniana 3 manuscrit. Note 12

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    (Consulté le 26.06.2022)

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