À Charles Spon, le 24 décembre 1649, note 14.
Note [14]

Dans le traité « sur la circulation du sang » (contre William Harvey) de l’Anthropographie de Jean ii Riolan (Opera anatomica vetera… v. note [25], lettre 146), à la page 596 du chapitre xxii, Circulationis sanguinis utilitas confirmatur ad usum medendi [Preuves que la circulation du sang est utile pour soigner], on trouve cet avis sur les médicaments cardiaques (v. note [28], lettre 101) :

Quod spectat ad cardiaca et roborantia, rectum eorum usum indicat circulatio. In arte Medica cardiacorum speciosus est titulus, commendatio eximia, materia preciosa, sed abusus maximus, imo sæpe perniciosus. Horum quædam manifestis qualitatibus agunt, alia occultis, sive proprietate quadam, quæ peritis Medicis valde est suspecta et insida&nbso;: ut autem perfecte cognoscamus, quænam sint dotes, sive virtutes medicamentorum cardiacorum, scire convenit quid sit cardiacum. Illud est, quod vires, sive robur Cordis conservat, instaurat, ac præservat a putredine. Vis autem et robur Cordis consistit in eius temperie, et substantiæ integritate, id est, in calido innato, sive humido primigenio puro, nec inquinato. Calidum istud innatum conservatur, instauratur puro et laudabili sanguine, et spiritu : laudabiles spiritus cuduntur, et fabricantur in Corde, qui sunt vectores istius calidi, à Corde assidue manantis et fluentis in universum corpus. Inde cognosces, quid sperare liceat ab illa materia quæ est inodora, insipida, inepta ad fumum et spiritum producendum. Quare spirituosa cardiaca calida, vel temperata per circulationem sanguinis delata ad Cor possunt eius robur conservare, vitium emendare : atque cum sanguinis virtus a Corde procedat, ferme in omnibus morbis, istius partis potissimum habenda ratio, tam sumptis, quam admotis cardiacis.

[Quant aux médicaments cardiaques et fortifiants, la circulation nous indique la manière dont il faut correctement les employer. Dans l’art médical, la dénomination de cardiaques est spécieuse : c’est une recommandation éminente, une matière précieuse, mais aussi un abus immense et même souvent pernicieux. Certains d’entre eux agissent par des qualités manifestes, d’autres par des qualités occultes, ou par une certaine propriété que les médecins expérimentés jugent très suspecte et trompeuse. Pour connaître ce que pourraient être les qualités ou vertus des médicaments cardiaques, il convient de savoir d’abord ce qu’est un cardiaque. C’est ce qui conserve les forces, ou l’énergie du cœur, en les engendrant et les préservant de la putréfaction. La force du cœur, tout comme son énergie, repose sur son bon équilibre et sur l’intégrité de sa substance ; c’est-à-dire sur la chaleur innée {a} ou sur l’humide radical, {b} pur et non souillé. La chaleur innée est engendrée et conservée par un sang pur et louable, ainsi que par un esprit de même qualité. Les esprits louables sont forgés et élaborés dans le cœur ; ils sont les vecteurs de cette chaleur, se répandant et s’écoulant dans tout le corps depuis le cœur. Par là, vous connaîtrez ce qu’il est permis d’attendre de cette matière qui est inodore, insipide, incapable de mener à la fumée et à l’esprit. C’est pourquoi les chaleurs cardiaques spiritueuses ou bien préparées par la circulation du sang, transportées vers le cœur, peuvent conserver son énergie et corriger sa défectuosité : et puisque la vertu du sang procède du cœur, il faut, dans presque toutes les maladies, tenir puissamment compte de cette partie, tant par le choix que par l’administration des cardiaques].


  1. V. première notule {a}, note [14], lettre 150.

  2. V. note [8], lettre 544.

Comprenne qui pourra ! Même en admettant la circulation selon Riolan (v. note [1] de l’observation iii), où le sang était animé d’un mouvement de va-et-vient (flux et reflux linéaire, mais non circulaire) lui permettant d’être rafraîchi (tempéré) dans le cœur au contact de l’air renouvelé dans les poumons, ce discours reste obscur et contradictoire.

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Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 24 décembre 1649, note 14.

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(Consulté le 20/04/2024)

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