À André Falconet, le 4 juin 1670
Note [16]

L’inventaire après décès de Robert Patin (v. supra note [14]) a consigné les prénoms des quatre enfants que Catherine Barré, son épouse (en mai 1660, v. note [11], lettre 611), lui avait donnés, dans l’ordre de leurs naissances : Ignace-Louis (né en juin 1661, v. note [10], lettre latine 169), Jeanne-Catherine, François-Guy et Robert.

Le prénom de l’aîné ne devait pas trop plaire à son grand-père, qui pourtant n’en appréciait pas moins ses bonnes dispositions. Un acte notarié daté du 11 mai 1718 (Registre de clôtures d’inventaires après décès, Centre historique des Archives nationales à Paris, AN Y5334) désigne Ignace-Louis Patin, avocat au Parlement, veuf (sans doute la même année) d’une dénommée Marguerite Barré (peut-être apparentée à la mère d’Ignace-Louis), comme tuteur de leurs quatre enfants mineurs.

La Vie de Dom Jean Mabillon par Dom Henri Leclercq (v. note [35], lettre 242) mentionne un des deux cadets, François-Guy ou Robert, lors du voyage d’Italie que l’éminent diplomatiste bénédictin fit en 1685 avec Dom Michel Germain pour acheter des livres sur commission du roi (pages 122 et 130, les passages entre guillemets anglais sont extraits des lettres de Mabillon) :

« Jeudi 5 <avril>, à Lyon, où sur le quai {a} les attend l’imprimeur-libraire Jean Anisson {b} qui les accueille et les emmène chez lui, les héberge et leur annonce que son frère Jacques les a devancés et les attend au delà des Alpes. Le repos et quelques soins guérirent Dom Germain d’une forte dysenterie, pendant que Mabillon préparait ce qui était nécessaire au voyage et veillait sur deux jeunes gens qu’un de ses confrères, leur oncle, l’avait prié d’emmener avec lui en Italie : MM. Patin et Guéniot. Émancipés de la surveillance de parents austères, “ les neveux de Dom Jean Barré {c} font plus d’embarras à Dom Jean Mabillon qu’on ne croit. Ce n’est pas qu’ils soient de mauvaises mœurs, avoue Dom Germain, mais il ne nous est pas possible et peut-être il n’est pas à propos de les ranger comme de petits garçons. Patin est maître de son bien et prétend que ce qu’il dépense ici, il le dépenserait et encore plus à Paris ; Guéniot ne dit mot, mais il ne veut pas moins faire que l’autre ; s’il était seul, on le gouvernerait, avec l’autre que fera-t-on ? Ils agissent comme des gentilshommes de qualité. D’ailleurs ce ne sont pas des gens d’application et il leur faut plus de temps à s’ajuster qu’aux femmes de Paris. En un mot, ce sont des enfants qui ont l’air du monde ”.
[…] Vendredi 18 mai, départ de Vicence pour Padoue, […], dans la soirée, une visite à un compatriote, “ M. Patin {d} le plus habile homme de Padoue ” […]. Lundi 21, la famille Patin retient les jeunes gens, et Mabillon part avec Dom Germain pour Venise. »


  1. De la Saône à Lyon.

  2. Fils aîné de Laurent (v. note [28], lettre 155).

  3. Frère de Catherine, la veuve de Robert Patin.

  4. Charles Patin.

Le 2 juin, les deux moines repartent de Padoue pour Rome en compagnie de leurs protégés. Dom Germain écrit à Dom Ruinart (pages 148‑149) :

« D. J. Barré nous mande par deux fois qu’ils doivent aller à Naples si l’occasion s’en présente et qu’aussitôt après leur retour, il faut les renvoyer à Padoue et ne leur donner que ce qui leur est précisément nécessaire. Ils partent donc pour Naples après avoir vécu à Rome toujours de même, encore que pendant plus de six semaines je les aie très souvent exhortés à retrancher de leurs superfluités. Ils n’en ont rien fait. Quand je les pressais, ils cajolaient D. J. M. {a} et lui représentaient si bien la nécessité de leur dépense que nos trois pères se mettaient contre moi pour les justifier. Mais c’est venu pour payer, il s’est trouvé qu’ils avaient tort et que si l’on m’avait cru, ils auraient pu dépenser la moitié moins que ce qu’ils dépensaient chaque jour. Il est vrai qu’ils n’auraient pas été si magnifiques en toutes choses ; mais qui sont-ils pour tenir tout ce train ? n’aller presque qu’en carrosse, avoir un valet pour les suivre, être dans une grosse hôtellerie à 40 livres pour la seule bouche, avoir maîtres de guitare et de langue italienne, voir les vignes [se faire inviter par des gens de qualité qui recevaient dans leurs vignes], être du train de l’ambassadeur, prendre de l’orzata {b} et d’autres rafraîchissements délicieux, être blanchis comme le roi, etc. Il fallut donc payer tout cela et avouer pour lors que j’avais raison de les presser et qu’on avait tort de me contredire. Il a donc fallu tirer 600 l. de M. de Lyburn, consacré depuis peu évêque, qui va en Angleterre. {c} Je vous conjure autant qu’il est en moi que quand cet homme viendra chez nous, soit que D. J. Barré y soit, soit qu’il n’y soit pas, il trouve ses 600 l. prêtes, et qu’on lui fasse tous les honneurs et le bon accueil possibles. De tout cet argent, il ne reste plus à D. J.M. {a} que 26 l. aux neveux de D. J. Barré. Malgré qu’on en ait, il faudra les laisser reposer quelques jours avant qu’ils partent pour Padoue. Ainsi ils n’auront pas trop de ces 26 l. pour leur dépense à Rome, elle ne suffira pas même. Il leur faut encore chacun 100 l. pour la dépense du voyage de Padoue, que je vous prie de tenir la main que D. J. Barré paye. »


  1. Jean Mabillon.

  2. Orgeat.

  3. John Leyburn (1615-1702) nommé vicaire apostolique d’Angleterre et évêque in partibus d’Hadrumentum (Sousse, Tunisie) le 6 août 1685.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À André Falconet, le 4 juin 1670. Note 16

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(Consulté le 02.12.2020)

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