À Charles Spon, le 7 février 1648
Note [25]

Encheiridium anatomicum et pathologicum, in quo, ex naturali constitutione Partium, recessus a naturali statu demonstratur : Ad usum Theatri Anatomici adornatum, A Ioanne Riolano, Filio, Origine et Ordine Parisiensi, Doctore Medicinæ in Academia Paris. Anatomes et Herbariæ Professore Regio, atque Decano, Reginæ Matris Regis Ludovici xiii, Primario Medico per decennium, et postremo. Editio Quarta, renovata, illustrata, variis Tractatibus locupletata, et emendata. Cum triplici Indice, Tractatum, Capitum, ac Rerum, accuratissimo [Manuel anatomique et pathologique où, à partir de la constitution naturelle des parties du corps, est montré ce qui s’écarte de l’état normal. Conçu pour la pratique de l’amphithéâtre d’anatomie. Par Jean Riolan fils, né et installé à Paris, docteur en médecine de l’Université de Paris, doyen et professeur d’anatomie et botanique du Collège royal de France, premier médecin, et le dernier, de la reine mère du roi Louis xiii pendant dix ans. Quatrième édition revue, lustrée, corrigée et enrichie de divers traités. Avec un triple et très exact index : des traités, des chapitres et des matières] (Paris, Gaspard Meturas, 1648, in‑8o ; Bayerische StaatsBibliothek digital).

L’ouvrage de 618 pages est divisé en six livres sur : i. les os ; ii. l’abdomen ; iii. le thorax ; iv. la tête ; v. les muscles ; vi. les os, de nouveau. Il est dédié à Guy Patin qui a aidé et encouragé Riolan à publier son manuel. Le privilège est daté du lundi 24 février 1648. Riolan a envoyé un exemplaire dédicacé de son manuel à William Harvey, qui y a répondu par ses Exercitationes duæ anatomicæ de circulatione sanguinis ad Io. Riolanum filium… [Deux Essais anatomiques sur la circulation du sang, à l’intention de Jean Riolan…] (Rotterdam, Arnold Leers, 1649, in‑12o ; Paris, Gaspard Meturas, 1650, in‑12o).

Ce qui frappe le plus le lecteur moderne est ce passage de l’Avertissement au lecteur et auditeur [Præmonitio ad lectorem et auditorem] qui jette une lumière crue sur le passéisme arrogant de Jean ii Riolan et par reflet, sur celui de Patin, son disciple :

Si quis in Pathologicis inveniat quædam contra vulgarem doctrinam, isthæc respondebo me scire, ex Patradosi sive traditione secreta seniorum Medicorum scholæ Parisiensis, atque præsertim præceptoris mei præstantissimi, et Incomparabilis Medici, Simonis Pietrei, Professoris Regii, qui in hac arte ediscenda officiose, ac paterno affectu, eam mihi gratiam rependit liberaliter, et cum fœnore, quam a patre meo per biennium suo præceptore acceperat : sequutus exemplum Hippocratis, qui Medicos hortatur, ut filios præceptorum, sine syngraphæa et mercede artem edoceant, habeantque pro fratribus.

[Si dans cette Pathologie quelqu’un trouve quelque chose qui va contre la doctrine ordinaire, je répondrai que je sais cela de l’opinion des pères ou particulière tradition des anciens médecins de l’École de Paris, et principalement de mon très éminent maître et incomparable médecin, Simon < ii > Piètre, professeur royal, qui, en m’apprenant obligeamment ce métier, et par son affection paternelle, m’a généreusement concédé en retour et avec profit cette faveur qu’il avait reçue de mon père, son maître pendant deux ans. Il a suivi l’exemple d’Hippocrate qui a exhorté les médecins à apprendre, sans contrat ni salaire, le métier aux fils des maîtres et à les considérer comme leurs frères].

On doit comprendre que les recherches de Riolan et de ses disciples n’avaient pas vocation à innover, mais à trouver des preuves supplémentaires que les médecins de l’Antiquité n’avaient pas pu se tromper ; tel était le flambeau du progrès à recueillir des pères et à transmettre aux fils. Il est tentant de voir dans cet avis de Riolan une réponse à ce que sa bête noire, William Harvey, avait écrit dans la dédicace de son Exercitatio de motu cordis… (1628, v. note [12], lettre 177) à D. Argent, président du Collège des médecins de Londres (pages 42‑43) :

« Il n’y a pas d’esprit assez étroit pour croire que chaque art ou chaque science nous ont été légués par les Anciens dans un état de perfection absolue, telle que rien ne reste plus au génie et aux efforts de leurs successeurs. Au contraire, presque tous les philosophes reconnaissent que ce que nous savons est une petite part de ce que nous ignorons. Ils ne sont pas assez asservis à la tradition et aux vieilles doctrines pour perdre leur liberté et ne pas ajouter foi à leurs propres yeux. […] tous les hommes consciencieux, bons, honnêtes, ne se laissent pas envahir par la passion de la colère ou de l’envie au point de ne pas écouter avec sang-froid ce qu’on dit en faveur de la vérité et de repousser une démonstration exacte. Ils ne trouvent pas honteux de changer d’avis si la vérité appuyée sur une démonstration évidente les y engage. Ils ne se croient pas déshonorés pour abandonner une erreur, quelque ancienne qu’elle soit. »

Sur la fin de la préface, Riolan en vient à des contingences plus prosaïques :

« Peut-être quelqu’un reprochera-t-il à ce livre certaines choses que j’ai écrites autrement dans l’Anthropographie {a} qui sont en complet désaccord avec celles contenues dans cet Encheiridium. Je voudrais que cela rappelle que les secondes pensées sont les plus sages. J’ajoute que mon Anthropographie, façonnée de la dernière main, corrigée et mise à jour, crisse sous la presse de l’imprimeur, et paraîtra dans peu de temps ; {b} et elle serait déjà achevée, si elle n’avait été interrompue à la prière d’un très docte médecin, Me Guy Patin, pour hâter l’édition de cet Encheiridium, et afin que puissent en jouir les écoliers en médecine lors de la prochaine anatomie que je pense enseigner et démontrer publiquement, suivant mon habitude, quand approchera la froidure hivernale propice aux dissections, mais nous l’attendons depuis longtemps, et même encore en ce 24 février, {c} moment où j’écris ces lignes. »


  1. 1626, v. note [25], lettre 146.

  2. En 1649.

  3. 1648.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 7 février 1648. Note 25

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(Consulté le 13.08.2020)

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