À Charles Spon, le 9 avril 1658
Note [27]

« Philibert Barjot, gendre de Fernel ».

V. notes [4], lettre 416, pour Philibert Barjot, magistrat parisien, gendre de Jean Fernel, et [18], lettre 468, pour la mention du décès de Fernel dans les Comment. F.M.P. (qui n’apporte pas la preuve qu’avançait Guy Patin).

Critiquant ce passage des Lettres de Patin, Bayle a suivi Plantius (Guillaume de Plancy) pour déclarer que Fernel mourut à l’âge de 72 ans :

« Il est difficile de combattre les autorités que Guy Patin a produites. S’il n’alléguait que l’épitaphe, sa preuve ne serait pas aussi décisive qu’il l’a prétendu, car qui sait si le graveur n’a pas oublié deux xx, ce qui réduirait 72 à 52 ? {a} Il a pu se tromper plus aisément s’il s’est servi de chiffres au lieu de lettres, un 5 pour un 7 est bientôt mis ? {b} Ceux qui savent qu’un auteur qui corrige ses épreuves ne s’aperçoit pas quelquefois que ses imprimeurs ont prodigieusement altéré ses chiffres ou ses lettres numéraires ne s’étonneraient pas que la faute du graveur n’eût pas été aperçue du gendre de Jean Fernel. Mais comme je l’ai déjà dit, les autorités alléguées par Guy Patin ne sont pas réduites au seul témoignage de l’épitaphe. Je ne laisserai pas de lui opposer deux choses. i. Je ne comprends guère qu’un disciple de Fernel, ? {c} qui a passé dix années de confidence avec lui, soit dans l’erreur d’une façon si énorme à l’égard de l’âge de son maître ; s’y tromperait-il de vingt ans, et composerait-il sa vie sans s’informer un peu mieux de l’âge qu’il lui faut donner ? ii. Si ce disciple erre à l’égard de l’âge, il faut qu’il se trompe sur bien d’autres choses : il ment lorsqu’il conte que Fernel commença tard ses études, et il n’est pas vrai que Fernel ait étudié deux ans au Collège de Sainte-Barbe, et puis en son particulier avec tant d’application qu’il gagna une fièvre quarte qui fut fort longue, et qui l’obligea de s’en aller à la campagne. Comment serait-il possible qu’ayant recouvré ses forces il fût revenu à Paris, et qu’après avoir délibéré sur la profession à embrasser, il eût régenté deux ans au Collège de Sainte-Barbe, comment, dis-je, cela serait-il possible puisque nous savons qu’en 1526 il fit imprimer des livres de mathématiques ? Or en prenant les choses au pis, on ne saurait supposer que ces livres aient paru que pendant qu’il régentait. Où trouverons-nous le temps nécessaire selon le récit de Plantius, s’il est vrai que Fernel soit mort à l’âge de 52 ans ? N’aurait-il pas été auteur d’un livre d’astronomie à l’âge de 20 ans ? Cela peut-il convenir à un écolier qui commence tard sa grammaire et sa rhétorique ? Et il faut bien prendre garde qu’au temps de Fernel un écolier qui entrait en philosophie avant l’âge de 20 ans passait pour bien avancé. Un provincial qu’on envoyait à Paris à l’âge de 15 ou 16 ans pour y faire ses basses classes ne passait point pour un écolier que l’on eût mis à l’étude. Je ne compte ici pour rien l’autorité de Thevet {d} car il n’a fait que copier Plantius, tant pour les 72 ans de vie qu’il a donnés à Fernel, que pour le reste. »


  1. lxxii à lii.

  2. V. note [18], lettre 468, pour le témoignage décisif de Thomas Bartholin sur cette inscription.

  3. Plantius.

  4. André Thevet, v. note [9], lettre latine 456.

Un témoignage omis par les exégètes est l’Éloge de Messire Jean Fernel, tiré des Éloges des hommes illustres de France, composé en latin par Scévole de Sainte-Marthe et mis en français par le sieur Colletet qui se trouve au début des Sept livres de la Thérapeutique de Jean Fernel… et se termine sur cet extrait de Thou :

« L’an 1558, sur la fin du mois de mars, et le 52e de son âge, mourut à Paris Jean Fernel, natif du diocèse d’Amiens, premier médecin du roi Henri ii, lequel fut inhumé à Saint-Jacques-de-la-Boucherie. Ce docte personnage ayant employé avec grande louange plusieurs années à l’étude de la philosophie et des mathématiques, enfin se donna tout à la médecine ; et l’ayant fort heureusement pratiquée, en traita toutes les parties par des écrits tout pleins d’une très profonde doctrine et d’une admirable politesse. Si bien qu’encore que la mort qui le prévint l’ait empêché de les donner tous au public, comme aussi de mettre au jour les livres de ses propres observations et expériences, tant souhaités par les plus habiles médecins, néanmoins, ce que nous en avons lui a tant acquis de gloire dans toute l’Europe que la Faculté de médecine de Paris aura droit à jamais de se glorifier d’avoir élevé un si grand homme.
C’est ainsi qu’en parle le grand Jacques-Auguste de Thou dans le vingt et unième de son Histoire. »

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 9 avril 1658. Note 27

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(Consulté le 28.11.2020)

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