À Hugues de Salins, le 9 mars 1657
Note [18]

« comme on en a la preuve par son épitaphe établie par son gendre, qu’on lit dans l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie [v. note [26], lettre 523], tout comme par les Commentaires de notre Faculté. »

V. notes [27], lettre 523, pour l’âge contesté de Fernel à sa mort, et [4], lettre 416, pour son gendre, Philibert Barjot, magistrat parisien. Contrairement à ce que disait Guy Patin, les Comment. F.M.P. ne fournissent pas d’éclaircissement sur l’âge auquel mourut Jean Fernel. Sur la liste des docteurs régents établie en novembre 1551 (tome vii, fo 7, vo), en regard du nom rayé de Magister Ioannes Fernel, le doyen Patin a religieusement ajouté de sa plume, dans la marge : Obiit 26. Aprilis, Scholæ nostræ lumen, et Galliæ decus [Il est mort le 26 avril (1552), lumière de notre École, et gloire de la France]. Plus loin (fo 11, vo), cette note de la même main, Mors Ioannis Fernelii, Galli Hippocratis, viri maximi, et primarii Medici Regis Christianissimi [Mort de Jean Fernel, l’Hippocrate français, homme éminent, et premier médecin du roi très-chrétien], signale le paragraphe concernant la mort de Fernel ; il y est simplement dit que clarissimus et doctissimus vir Ioannes Fernelius regis primarius medicus [Jean Fernel, premier médecin du roi, homme très brillant et très savant] mourut le 26 avril, sans préciser ni sa date de naissance, ni son âge, ni le lieu de sa sépulture.

Une lettre de Thomas Bartholin à Jan de Wale (Walæus ou Vallæus, v. note [6], lettre 191), sous-titrée Fernelii epitaphium [Épitaphe de Fernel], apporte un précieux éclairage sur cette question avec d’intéressantes remarques sur quelques médecins de Paris. On la trouve dans la première centurie de ses Epistolarum medicinalium… [Lettres médicales…] publiée en 1663 (v. note [26], lettre 752) ; lettre lxxiii, pages 305‑308, datée du 31 décembre 1645 :

Post Helvetiam relictam Parisios revertimur hyemem traducturi. Dum de amicis solliciti apud curiosissimum Patinum, intelleximus bene valere quamplurimos, inprimis Walæum, gaudio exultavimus, et lætitiæ testes has literas expedivimus donec futurum Ver ipsos nos iunxerit. Interea ne inanes magno temporis tui pretiosi dispendio compareant, lectionem magni Fernelii nomine tibique grato interpungam. Quanti facias Fernelium, testari possumus, qui Te Fernelii monumenta olim explicantem, non semel audivimus et hoc nomine nobis adhuc gratulamur. Extat eiusdem epitaphium hic Lutetiæ in templo D. Iacobi de Macello, quod, quia nusquam legi, placuit exscribere, tibique mittere :

Deo immortali Opt. Max. et Christo Iesu hominum Salvatori sacrum.
Ioanni Fernelio,
Ambianensi, Henrici ii Galliarum regis consilario et primo medico nobilissimo atque optimo, reconditarum et penitis abditarum rerum scrutatori et explicatori subtilissimo, multorum salutarium medicamentorum inventori, veræ germanæque medicinæ restitutori : summo ingenio, exquisitaque doctrina mathematico, omni in genere philosophiæ claro, omnibusque ingenuis artibus instructo, temperatissimis sanctissimisque moribus prædito, socero suo pientissimo, Philibertus Bariotius supplicum libellorum in regia magister, magnique regis consilii præses, affinitate gener, pietate filius, mœrens posuit, anno a salute mortalibus restituta m.d.lviii. Obiit xxvi. Aprilis, anno m.d.lviii. Vixit annos lii.

Magni huius Parisiensis Doctoris vestigia legunt alii adhuc superstites doctores Parisienses eruditi, qui cum magna laude et bonis suis ægrorumque rebus medicinam facientes, scholæ huius ornamenta singularia florent. Io. Riolanus ad hanc classem spectat, vivens adhuc valensque redux ab itinere decennali cum Maria Medicæa, quam ad tumbam duxit. In scholis thesin proposuit de circulatione sanguinis, quam suo modo correxit. Invisere senem morosum animus fuit hisce diebus, sed dissuasit Ren. Moræus, quia mihi non faveret quod in nervis pudendorum contradixerim parenti illius. Ægre quamvis feram magnorum virorum inimicitias ; Tamen obfirmandus erit animus, susque deque ferendum quod mutari non potest. Laudatus Moræus candoris, gravitatis et eruditationis laudem meretur. Ingenio officiis et varia promptaque lectione eminet G. Patinus, totus noster, cuius nuper filium Carolum Patinum nondum natum annos 13 in collegio Præleo-Bellovaco de philosophia erudite respondentem audivimus. Est autem gymnasium Prælo-Bellovacum, illud idem, in cuius aream decidit e summo tecto Petrus Ramus, eiusdem gymnasii gymnasiarcha, in laniena Parisiensi, anno 1572 a perditissimis sicariis quammultis vulneribus misere confossus. Non prætereundus Iac. Mantelius, qui magno merito maiorum gloriam tuetur, et præclara multa pollicetur in re Medica, quibus perficiendis felicitatem precor, Tibi vero, Vir summe, annos nestoreos quos fama assequutus es, meritisque antevertisti. Vale diutissime publico commodo, cui invigilas, meque amare perge. Paris. ult. Decemb. 1645.

T.T. Thomas Bartholinus
.

[Après avoir quitté la Suisse, nous sommes retournés à Paris pour passer l’hiver. Comme nous étions inquiets de nos amis, nous avons appris du très diligent Patin que plusieurs se portaient bien, et en tout premier Walæus. Nous nous en sommes fort réjouis, et avons expédié ces lettres qui témoignent de notre contentement, en attendant de vous rejoindre nous-mêmes le printemps prochain. {a} D’ici là, pour ne pas trop vous faire perdre votre temps précieux à des frivolités, je mêlerai le renom du grand Fernel au compliment que je vous dois. Vous serez l’égal de Fernel, nous pouvons en être certains, car vous nous avez jadis expliqué ses monuments comme jamais nous ne l’avions entendu et nous nous en félicitons encore. Son épitaphe se lit ici à Paris en l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie, et comme je ne l’avais jamais lue, il m’a plu de la transcrire et de vous l’envoyer :

« Consacré à Dieu immortel et tout-puissant, et à Jésus-Christ sauveur des hommes.
Pour Jean Fernel,
son très pieux beau-père, natif d’Amiens, très noble et excellent conseiller, et premier médecin de Henri ii, roi de France, explorateur et interprète très subtil des choses cachées et tout à fait impénétrables, inventeur d’une quantité de médicaments salutaires, restaurateur de la médecine véritable et authentique, mathématicien d’immense génie et d’excellente doctrine, brillant en tout genre de philosophie et instruit en tous les arts nobles, doué des mœurs les mieux réglées et les plus vertueuses, Philibert Barjot, maître des requêtes de l’hôtel du roi et président de son Grand Conseil, son gendre par mariage et son fils par dévotion, a fait, dans l’affliction, poser cette dalle en l’an de grâce 1558. Fernel mourut le 26 avril 1558. Il a vécu 52 années. »

Ses savants collègues d’aujourd’hui cultivent encore ce qu’a semé ce grand docteur de Paris. En pratiquant la médecine avec grand applaudissement et pour le profit des malades, ils font fleurir les ornements sans pareils de cette École. Jean ii Riolan aspire à ce rang ; encore en vie et bien portant, il revient d’un voyage de dix ans avec Marie de Médicis qu’il a accompagnée jusqu’au tombeau. Il a présenté une thèse aux Écoles sur la circulation du sang, qu’il a accommodée à sa manière. {b} Ces jours-ci la fantaisie m’a pris de rendre visite à ce vieillard acariâtre, mais René Moreau m’en a dissuadé, car il ne m’aurait pas favorablement reçu, parce que j’aurais contredit ce qu’a écrit son père sur les nerfs des parties honteuses. Quoique je supporte mal la haine des grands hommes, j’aurai à cœur de m’obstiner, devant de toute façon supporter ce qui ne peut être changé. Moreau est digne de louange pour sa droiture, son sérieux, et sa science. Guy Patin, qui est tout à nous, excelle par sa serviabilité, et par la diversité et la vivacité de son savoir. Récemment, nous avons écouté son fils, Charles Patin, qui n’a pas encore atteint l’âge de 13 ans, disputer avec érudition sur une question de philosophie au Collège de Presles-Beauvais. {c} C’est dans la cour de ce même Collège, où il était principal, que Pierre Ramus est tombé du toit pendant le massacre de Paris en 1572, après que des sbires l’eurent misérablement transpercé de multiples coups de poignard. Je ne dois pas oublier Jacques Mentel, qui sert avec grand mérite la gloire de ses aînés et qui promet de briller en médecine, et je prie pour qu’il y parvienne. Mais vous, homme éminent, votre réputation est assise de longue date et vous devancez les récompenses. Vale, pour encore fort longtemps, dans l’intérêt du public, sur lequel vous veillez, et continuez de m’aimer. De Paris, le dernier jour de décembre 1645.

Tout à vous, Thomas Bartholin].


  1. À Leyde.

  2. Cette thèse présidée par Jean ii Riolan en 1645 portait sur la question An propter motum sanguinis in corde circulatorium, mutanda Galeni methodus ? [Faut-il modifier la méthode de Galien à cause du mouvement circulatoire du sang dans le cœur ?] ; le candidat était Jean Maurin et la conclusion fut négative (v. note [38], lettre 117).

  3. Thomas Bartholin s’en est encore souvenu dans sa lettre datée du 30 septembre 1663 à Guy Patin (note [2]). V. notes [11] et [12] de l’Autobiographie de Charles Patin pour ses brillantes études au Collège de Presles-Beauvais.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Hugues de Salins, le 9 mars 1657. Note 18

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(Consulté le 26.09.2021)

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