À Johann Georg Volckamer, le 6 juillet 1668
Note [3]

Μελετημα ιατρικον, de Medicina universali, quod, cum epimetro, synomilis suis, in Itinere Neapolitano, ad demulcendas viarum molestias, recensuit et evulgavit Septimus Andreas Fabricius, N.M.S. [Essai médical pratique, sur la Médecine universelle, que Septimus Andreas Fabricius, étudiant en médecine natif de Nuremberg (v. note [3], lettre latine 184), a composé avec ses compagnons, dans un voyage vers Naples, pour égayer les inconvénients des chemins, et publié en y ajoutant un supplément] (Venise, Scaleani, 1666, in‑4o de 10 pages), contre la pierre philosophale, prétendue panacée des alchimistes.

Ce titre ambitieux correspond à une suite disparate de six questions médicales brièvement résolues. La dernière en donne une idée, en même temps qu’elle explique pourquoi Guy Patin en est venu au médecin chimiste allemand Oswald Croll (v. note [9], lettre 181) dans la suite immédiate de sa lettre :

Sextum et Ultimum Affirmantium argumentum Oswaldus Crollius suggerit, cum inquit : Una omnium hominum communis Mumia est seu Spiritus vitæ ; sicut etiam una morborum Idea, quæ nihil aliud est, quam interceptio Spiritus vitæ. Ergo una etiam Medicina.

Respondeo : Quod hæc Crolliana Ratio valde laboret. Est quidem una omnium hominum Mumia seu Spiritus vitæ, una etiam Morborum Idea, ut loquuntur : sed in Specie, non in Individuo considerata. Medicus autem non curat Speciem, sed Individuum. Deinde, Quia plures ægrotant, quibus Calidum Nativum recte et secundum naturam constitutum est : sequitur, quod Morbus Interceptio tantum modo Spiritus Vitæ non sit.

[Oswald Croll fournit le sixième et dernier argument des postulants, quand il dit : Il existe une seule Momie, ou Esprit vital, commune à tous les êtres humains ; {a} de même, il n’y a qu’une seule Idée {b} des maladies, qui n’est rien d’autre que l’interruption de l’Esprit de vie. Il n’y a donc aussi qu’une seule Médecine.

Je réponds : Ce raisonnement de Croll m’incommode fort. Dans leur manière de dire, {c} il n’existe certes qu’une seule Momie, ou Esprit vital, commune à tous les êtres humains, ainsi qu’une seule Idée des maladies ; mais cela vaut pour l’espèce, et non pour l’individu ; tout comme le médecin ne soigne pas l’espèce, mais l’individu. Étant donné que bien des gens sont malades alors que leur chaleur innée est correctement constituée et conforme à la nature, il s’ensuit que la maladie ne peut simplement être une interruption de l’Esprit de vie].


  1. Dans la préface de sa Basilica Chymica [Royale Chimie] (édition de Genève, Pierre Chouët, 1643, in‑8o, page 202), Croll a défini ce qu’il appelait Mumia, « Momie » (distincte du cadavre embaumé dont on utilisait le baume en thérapeutique magique, v. note [9] de l’observation x) ressortissant à l’esprit vital (spiritus vitalis), ou énergie vitale, qui est Humidum et Calidum Radicale, Mumia innata, et sedem in medio Hominis corde habet, tanquam sustentaculum omnis vitæ nostræ [qui est l’Humide et le Chaud radical, la Momie innée, et qui siège au centre du cœur humain, comme le support de toute notre vie] (v. notule {a}, note [2], lettre latine 31).

  2. Représentation, conception, d’où essence.

  3. Dans le langage des paracelsistes.

La thèse proprement dite s’achève curieusement sur une vision du paradis empruntée à un chimiste mystique qui pourrait être l’alchimiste Guglielmo Gratarolo (Bergame 1516-Bâle 1568) ; mais elle est dénuée de tout intérêt médical et je ne me suis pas échiné à la traduire.

L’epimetrum [Supplément], annoncé dans le titre, est l’observation médicale d’un enfant qui avait trois serpents dans le ventre et qui les expulsa tout vivants par le fondement. En avait-il avalé les œufs ou lui étaient-ils entrés dans la bouche pendant son sommeil ? Cette futile discussion tire argument d’une lettre sur l’oviparité des reptiles écrite par Melchior Sebizius à Gregor ii Horst (v. note [33], lettre 458) en 1624.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johann Georg Volckamer, le 6 juillet 1668. Note 3

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(Consulté le 27.11.2020)

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