À Thomas Bartholin, le 27 juin 1664
Note [5]

Ce livre manuscrit contre la religion, intitulé Colloquium heptalomeres de rerum sublimium arcanis abditis [Colloque de sept personnages sur les secrets cachés de choses sublimes], dont il existe quelque 120 copies (en Allemagne et en France), est attribué (mais désormais sans certitude) à Jean Bodin (v. note [25], lettre 97).

Hugo Grotius en a parlé dans sa lettre à Joannis Cordesius, chanoine de Limoges, datée du 19 septembre 1634 (Epistolæ ad Gallos [Lettres à des Français], Leyde, 1648 [v. note [73], lettre 150], Epistola clviii, pages 431‑432) :

Bodini scriptum manu librum legi dignissimum […]. Bodinum in illo misso ad me opere agnovi, qualem existimavi semper, hominem rerum quam verborum studiosorem, Latinitate utentem haud plane nitida, metricarum legum pueriliter imperitum, Græcis litteris vix imbutum, Hebraicorum morum ac sententiarum satis gnarum, non ex interiore linguæ illius cognitione, sed ex amicitia quam coluit cum doctissimis Hebræorum, quæ in illo πληροφορίαν eam, quæ in Christanis requiritur, non parum labefactavit. In historiis et testimoniis citandis video eum a vero sæpe abire, neglectu malo credere, quàm dolo : quamquam interdum vix est, ut doli suspicionem effugiat. Cæterum nihil mihi novi laboris augendum de veritate Christiani Religionis librum hinc impositum intelligo. Nam si quæ sunt, quæ solidamenta illa arietent, quibus proprie Christiana fides nititur, iis occursum à me arbitror, quantum lectori non pertinaci sufficere possit.

[J’ai lu le très estimable livre manuscrit de Bodin […]. Dans cet ouvrage que vous m’avez envoyé, j’ai reconnu Bodin tel que je l’ai toujours jugé : c’est un homme plus attaché aux faits qu’aux mots ; son latin n’est pas fort élégant, il y maltraite puérilement les règles de la métrique ; il maîtrise mal le grec ; il sait assez bien les mœurs et les opinions hébraïques, non par une connaissance intime de leur langue, mais par l’amitié qu’il a cultivée avec les plus doctes des hébraïsants ; dans ce livre, il a fort ébranlé cette pleine confiance dont les chrétiens ont besoin. Dans les histoires et les témoignages qu’il cite, je le vois souvent s’écarter de la vérité ; je préfère croire que c’est par négligence plutôt que par ruse, bien que de temps en temps il n’échappe guère à la suspicion de fourberie. Autrement, j’entends ne me donner aucune peine pour contrer ce que ce livre conteste sur la vérité de la religion chrétienne. De fait, s’il y a des choses qui secouent les propres fondements de la foi chrétienne, je crois qu’elles m’ont échappé, pour autant qu’un lecteur puisse y suffire sans s’obstiner à les débusquer].

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Thomas Bartholin, le 27 juin 1664. Note 5

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(Consulté le 25.11.2020)

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