L. 142.  >
À Nicolas Belin,
le 9 mars 1647

Monsieur, [a][1]

Votre lettre m’a fort réjoui et suis bien aise qu’ayez reçu ma dernière, de laquelle j’étais en peine. Je vous envoie donc, puisque vous l’avez agréable, un livre de morbis hereditariis de M. Lyonnet [2] avec un petit libelle que l’on a fait ici courir pour censure et pour réponse à ce premier. [1][3] J’y ajoute aussi un livre nouveau de feu M. Du Val, [4] touchant les plantes, [2] dans lequel vous trouverez de fort bonnes choses, et principalement dans le traité des plantes purgatives[5] Vous y trouverez aussi quelques thèses de médecine et entre autres la cardinale à laquelle je présiderai jeudi prochain, Dieu aidant. Je la soumets à votre censure et serai bien aise d’en avoir votre jugement. [3][6]

Pour réponse à celle de monsieur votre père, [7] que j’ai différée jusqu’à présent pour les divers empêchements que j’ai eus, et entre autres de mes leçons [8] et de mon anatomie, je vous prie de lui dire que pour le livre d’Erastus, [9] je l’en remercie, j’ai tout ce qu’il a fait en médecine, j’ai aussi un petit traité qui est huguenot. [4][10] Cet auteur a été un très grand personnage, et le premier homme de son temps. Faites état de tout ce que vous trouverez de lui et lisez particulièrement les quatre tomes qu’il a écrits contre Paracelse, [11] un jeune médecin ne saurait mieux employer ses heures de loisir ; liber est aureus, et optimæ frugis plenissimus[5] Je lui envoie aussi le Salmasius de Primatu Petri[6] pour lui et pour ses amis. [12] Je le prie de le bien envelopper afin qu’il ne soit pas gâté, et quand lui et eux en auront fait, il me le renverra par voie sûre, s’il lui plaît. Pour monsieur votre frère le soldat, [13] je ne pense pas qu’il me vienne voir, il m’a trompé trop fort pour m’y fier < une > autre fois ; mais s’il vient, je lui ferai un sermon puisque nous sommes en carême. [14] Au reste, je vous prie de dire à monsieur votre père que, malgré Paris et Montpellier, [15] et toutes leurs prétentions de quibus nihil mihi curæ[7] je serai toute ma vie et de toute mon affection son serviteur et son ami, quand même il ne le voudrait point. Je vous baise les mains, à Mme Belin, à M. Sorel, M. Allen, et suis de tout mon cœur, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur,

Patin.

De Paris, ce 9e de mars 1647.


a.

Ms BnF no 9358, fo 109, « À Monsieur/ Monsieur Belin, le fils,/ docteur en médecine,/ À Troyes » ; Triaire no cxlv (pages 523‑524) ; Reveillé-Parise, no lxxxvi (tome i, pages 134‑135).

1.

Francisco Valterio, archiatrωn comiti, Guillelmus Verus ευπραττειν [Guillaume Verus {a} qui veut du bien à François Vautier, comte des archiatres] {b} (sans lieu ni nom, 1er février 1647, in‑4o) est un libelle pseudonyme de 23 pages contre le livre de Robert Lyonnet « sur les maladies héréditaires ». {c}


  1. Charles Guillemeau.

  2. Premier médecin du roi, v. note [18], lettre 164.

  3. V. note [1], lettre 141.

Charles i Bouvard y est accusé de s’être servi de la plume de Lyonnet pour s’affranchir de toute responsabilité dans la mort de Louis xiii, dont il était le premier médecin, comme on lit à la page 21 du pamphlet :

Tu, Vir præstantissime, Regis extremis morbis, ex quibus etiam inter mortales desiit, non mediocrem operam navasti. Sed audivi ex proborum virorum relatione, non semel Regem protulisse, suam mortem auctori Buvardo imputandam.

[Vous, très éminent Monsieur, ne vous êtes pas peu empressé dans les dernières maladies du roi, dont quand même il mourut ; mais j’ai entendu d’honnêtes gens relater que le roi a plus d’une fois déclaré que sa mort devait être imputée à Bouvard].

2.

Phytologia, sive Philosophia plantarum, Auctore M. Guillelmo du Val, Pontesiano, Philosophiæ Græcæ et Latinæ Regio Professore, et Doctore in Facultate Medicinæ Parisiensi. Opus posthumum.

[Phytologie, ou philosophie des plantes, par M. Guillaume Du Val, {a} natif de Pontoise, professeur royal de philosophie grecque et latine, et docteur de la Faculté de médecine de Paris. Œuvre posthume]. {b}


  1. V. note [10], lettre 73.

  2. Paris, Gaspard Meturas, 1647, in‑8o de 492 pages.

3.

Thèse de Guy Patin sur la Sobriété, v. note [6], lettre 143.

4.

Parmi les quelques ouvrages non médicaux d’Erastus, il pouvait s’agir de l’ :

Explicatio Gravissimæ Quæstionis utrum Excommunicatio, quatenus Religionem intelligentes et amplexantes, a Sacramentorum usu, propter admissum facinus arcet ; mandato nitatur Divino an excogitata sit ab hominibus. Autore Clariss. viro Thoma Erasto D. Medico. Opus nunc recens ex ipsius Autoris autographo erutum, et in lucem, prout moriens iusserat, editum. Ad operis calcem adiectæ sunt clarissimorum aliquot Theologorum Epistolæ, partim ad ipsum Autorem scriptæ, partim ad alios, quibus suum rogari, de hac re iudicium ac sententiam proferunt. Cum indice copiosissimo.

[Explication d’une très grave question : l’excommunication, dans la mesure où elle écarte, à cause d’un crime qu’ils ont commis, ceux qui comprennent la religion et qui l’embrassent par l’emploi des sacrements, s’appuie-t-elle sur un mandat divin, ou a-t-elle été inventée par les hommes ? Par le très brillant M. Thomas Erastus, {a} docteur en médecine. Ouvrage tout récemment issu de la plume de l’auteur lui-même, et mis au jour suivant l’ordre qu’il a donné en mourant. On a ajouté à la fin les lettres de quelques très illustres théologiens, écrites soit directement à l’auteur, soit à d’autres, dont il avait demandé l’avis, portant jugement et sentence sur ce sujet]. {b}


  1. Mort en 1583, v. note [31], lettre 6.

  2. Posciavo (Pays des Grisons), Baocius Sultaceterus, 1589, in‑4o de 390 pages.

V. note [70] des Décrets et assemblées de la Faculté de médecine en 1651‑1652 pour l’élection de Guy Patin au professorat de chirurgie le 9 novembre 1645. Il fut titulaire de cette chaire d’octobre 1646 à octobre 1647.

5.

« c’est un livre en or, qui regorge du meilleur grain. » V. note [6], lettre 71, pour ces quatre tomes d’Erastus contre Paracelse.

6.

« Saumaise, La Primauté de Pierre » (Leyde, 1645, v. note [6], lettre 62), livre que Guy Patin avait longtemps attendu, et qu’il envoyait en prêt à Claude ii Belin, comme gage d’heureuse convalescence, ou plus probablement de réconciliation.

7.

« dont je n’ai que faire ».


Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Nicolas Belin, le 9 mars 1647

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(Consulté le 21/05/2024)

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