L. latine 379.  >
À Johann Georg Volckamer, le 12 novembre 1665

[Ms BIU Santé no 2007, fo 199 ro | LAT | IMG]

Au très distingué M. Johann Georg Volckamer, à Nuremberg.

Très distingué Monsieur, [a][1]

Si vous n’avez pas encore reçu le paquet que j’ai envoyé à Strasbourg pour qu’il vous soit transmis, réclamez-le à M. Dinckel, docteur en médecine, [2] car je le lui ai expédié avec une lettre par le chariot ordinaire de Strasbourg, dont j’ai payé le port depuis Paris jusqu’à Strasbourg, à cinq sols la livre, selon la coutume, à la maîtresse même ; [1] je n’oserais donc douter que vous ne l’ayez reçu. Vous y trouverez un exemplaire de l’Hortus medicus Parisiensis, que je vous prie instamment d’accepter de bon gré. [2][3][4] Si vous en désirez d’autres pour vos amis, écrivez-moi combien il vous en faut. Je ne vous ai dernièrement envoyé aucune lettre autrement que par l’intermédiaire de M. Picques ; [5] je vous remercie de celles que vous avez transmises de ma part à M. Rolfinck. [6] Ce paquet lyonnais n’est pas perdu, on l’a mis avec d’autres livres dans un tonneau qu’on doit transporter à Lyon, où il sera rendu à notre ami Spon qui prendra ensuite soin du reste, [7] comme il m’a écrit qu’il fera, et sans doute n’y manquera-t-il pas. [3] Je salue de tout cœur le très distingué M. Pankratius Bruno, professeur d’Altdorf. [8] Je vous remercie de m’avoir éclairé sur Curia Nariscorum[9] Arnold Kerner [10] et Oswald Croll, [11] dont je comprends qu’il mourut à Prague en 1614. [4] S’il s’est acquis du renom auprès de princes, ce fut assurément comme chimiste, [12] insigne vantard et trafiquant de secrets ; à mes yeux, jamais il ne fut ni grand ni honnête homme, ni habile médecin, car ses écrits forment un immense fatras où pullulent les mensonges, pour ne pas dire pis. À quantité d’égards, Andreas Libavius [13] a été beaucoup plus éminent que ce Crollius et doit, me semble-t-il, lui être préféré. Mes deux fils vous saluent. [14][15] Tout est incertain dans nos affaires politiques, qu’il s’agisse des Anglais, des Hollandais, [16] des Suédois ou de l’empereur ; [17] on dit pourtant de lui qu’il va épouser une Espagnole. [5][18] Je n’ai plus rien sous la main à vous écrire ; la reine mère se languit, presque écrasée par la durée de sa maladie et en proie à la cachexie. [19][20] Vale, très distingué Monsieur, et aimez-moi.

De Paris, le 12e de novembre 1665.

Votre G.P.

Je salue les très distingués MM. Richter, [21] Fabricius, [22] Dilherr, [23] Rolfinck, etc.


1.

L’italique est en français dans le manuscrit.

La livre commerciale de Paris valait 16 onces (unité équivalant à 30,6 grammes), soit à peu près 490 grammes.

La maîtresse était l’épouse du maître de la poste (chariot) assurant la liaison entre Paris et Strasbourg.

2.

V. note [3], lettre 841, pour le « Jardin médicinal [royal] de Paris » de Denis Joncquet (Paris, 1665).

3.

Les livres sortaient de l’imprimerie « en blanc », c’est-à-dire non reliés. Rouler les cahiers de feuilles sur eux-mêmes et les placer dans un tonneau procurait une manière sûre de les transporter, en les tenant à l’abri de l’humidité et des déchirures.

Il s’agissait des ouvrages envoyés d’Allemagne à Guy Patin par les soins de Sebastian Scheffer, venant d’Heinrich Meibomius d’Helmstedt et du libraire Johann Beyer de Francfort (v. note [1], lettre latine 355). Le tonneau traînait en chemin depuis avril 1665, mais Charles Spon en avait donné d’encourageantes nouvelles à Patin.

4.

Arnold Kerner (natif de Leipzig, mort en 1626), médecin chimiste allemand (dont celle-ci est la seule apparition dans notre édition), a publié quelques ouvrages. Son titre latin le plus éloquent est :

Tetras chymiatrica, proponens præstantiam et in Medicina efficaciam, Auri, Mercurii, Antimonii, et Vitrioli, et Medicamentorum ex illis paratorum : opposita Misochymis eadem sat frivole calumniantibus, ab Arnoldo Kernero Lipsensi, Med. D. Phylochymiatro.

[La Tétrade chimiatrique, présentant la supériorité et l’efficacité en médecine de l’Or, du Mercure, de l’Antimoine et du Vitriol, et des médicaments qu’on prépare à partir d’eux ; Arnold Kerner, natif de Leipzig, docteur en médecine philochimiatre {a} l’a dirigée contre les mysochimes {b} qui les calomnient de manière assez frivole]. {c}


  1. Amateurs de chimie.

  2. Ennemis de la chimie.

  3. Erfurt, Johann Rohrdorf, 1618, in‑8o.

V. notes :

  • [3], lettre latine 283, pour Curia Nariscorum, ancien nom d’Hof-sur-Saale (Bavière), sur lequel Guy Patin avait interrogé Johann Georg Volckamer dans sa lettre du 29 février 1664 ;

  • [9], lettre 181, pour le chimiatre allemand Oswald Croll ; dans sa lettre du 24 avril 1665, Patin, hésitant sur l’année de sa mort (1609), avait interrogé Volckamer (après quelques autres de ses correspondants).

5.

Léopold ier de Habsbourg, empereur depuis 1658, s’apprêtait à épouser l’infante Marguerite d’Espagne (v. note [4], lettre 837) : fille de Philippe iv, elle était demi-sœur de la reine de France, Marie-Thérèse, et cousine germaine de son futur mari. Le mariage par procuration eut lieu à Madrid le 28 avril 1666, jour de Pâques.

a.

Brouillon autographe d’une lettre que Guy Patin a écrite à Johann Georg Volckamer, ms BIU Santé no 2007, fos 199 ro.

s.

Ms BIU Santé no 2007, fo 199 ro.

Clar. Viro D. Io. Georgio Volcamero, Noribergam.

Si fasciculum nostrum antehac Argentinam à me transmissum,
ut inde Tibi transferetur, nondum acceperis, Vir Cl. fac si placet ut
repetatur à D. Dinckel, Med. Doctore, ad quem ideo scripsi misique
par le chariot ordinaire de Strasbourg, dont j’ay payé le port depuis Paris
jusqu’à Strasbourg, à cinq sols la livre, selon la coûtume, à la Maistresse
mesme :
ideóq. vix ausim dubitare, quod non an acceperis : in isto fasciculo meo
reperies unum exemplar Horti Medici Paris. quod ut gratum habeas enixè precor : si plures
optaveris pro amicis tuis, scribe tantum quot volueris. Nullas antehac ad Te misi literas
nisi per D. Picques : pro transmissis meis ad D. Rolfinckium, gratias ago : fasciculus ille
Lugdunensis non perijt : est inclusus cum alijs libris in quodam dolio Lugdunum
transferendo, ubi reddetur Sponio nostro, qui postea curabit de cæteris, ut
ille se facturum ad me scripsit : et haud dubiè deerit. Cl. virum D.
Pancratium Brunonem, Prof. Altorfinum, ex animo saluto. Gratias ago
pro Curia Nariscorum : pro Arn. Kernero, et Osvaldo Crollio, quem Pragæ olim obijsse
Pragæ intelligo, anno 1614. Si magnum sibi nomen comparavit apud Principes, hoc certè
obtinuit tanquam Chymista, et eximius polliceator, ac secretorum propola : mihi certè
numquam magnus erit, nec vir bonus, nec peritus Medicus : ejus enim scripta scatent
multorum mendaciorum farragine, nequid dicam pejus. Andreas Libavius longè major
fuit, et ut mihi videtur, multis nominibus isti Crollio præferendus. Ambo Filij mei Te salu-
tant : de negotijs publicis nihil habemus certi : nec de Anglis, aut de Batavis, nec de
Suecis, nec de Cæsare : dicitur tamen Cæsar uxorem suam offeriri ex Hispania. Plura mihi non
suppetunt quæ scribam : Regina Parens languet, diuturnitate morbi prope conferta,
et ad tabem redacta. Vale, Vir Cl. et me ama. Parisijs, 12. Nov. 1665. Tuus G.P.

Cl. viros saluto, D. Richterum, Fabricium, Dilherum, Rolfinckium, etc.


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Johann Georg Volckamer à Guy Patin, le 12 novembre 1665.
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(Consulté le 13.05.2021)

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