À Charles Spon, le 28 mars 1643
Note [18]

Lapis philosophicus dogmaticorum. Quo paracelsista Libavius restituitur, Scholæ Medicæ Parisiensis iudicium de Chymicis declaratur, Censura in adulteria et fraudes Parachymicorum deffenditur, asserto veræ Alchemiæ honore. Per P. Palmarium Doctorem Parisiensem Galeno-chymicum. Ad illustrissimum Cardinalem Perronium. Adiecta est Historia Læprosæ Mulieris Persanatæ [Pierre philosophale des dogmatiques. Où le paracelsiste (André) Libavius (v. note [2], lettre latine 279) est rétabli, le jugement de la Faculté de médecine sur les chimistes dénoncé, et la censure contre les fraudes et falsifications des parachimistes réfutée, pour défendre l’honneur de la véritable alchimie. Par P. Le Paulmier, docteur galéno-chimiste [v. note [10] de la lettre de Julien Bineteau datée du er octobre 1651] de Paris. Dédié à l’illustrissime cardinal Duperron. Y est ajoutée l’histoire d’une femme lépreuse qui a été parfaitement guérie] (Paris, David Doulceur, 1609, in‑8o, Medic@).

Pierre Le Paulmier (Coutances vers 1558-Paris 1610), neveu de Julien, avait été reçu docteur régent de la Faculté de médecine de Paris en 1596. Il a été (42 ans avant Jean Chartier, v. note [13], lettre 271) le premier régent à subir les foudres de la Faculté, sa mère, en proclamant haut et fort, contre l’interdit solennel qu’elle avait décrété en 1566 (v. note [42], lettre 293), les vertus de l’antimoine et des autres remèdes chimiques, et dans sa pratique, et dans son Lapis philosophicus… La Faculté prit contre lui le décret qui suit ; on le trouve plié et collé au début de l’exemplaire de Lapis philosophicus… conservé par la BIU Santé :

Censura in librum M. Petri Palmarii, De Lapide philosophico dogmaticorum, exscripta ex commentariis Facultatis medicinæ.

Audita renunciatione censorum, quibus demandata est provincia examinandi libellum a magistro Petro Palmario editum, cui titulus est, Lapis philosophicus dogmaticorum : Auditis etiam responsionibus eiusdem Palmarii in eum finem articulo speciali citati : Collegium Medicorum in Academia Parisiensi legitime congregatum unanimi consensu libellum istum erroribus, fraudibus, imposturis, et mendaciis plenum damnat, et indignum luce iudicat : Statuit ut Palmarius, intra sex menses, eiusmodi errores, fraudes, imposturas, et mendacia scripto publico agnoscat, et abiuret : profiteatur se in Hippocratis, Galenique doctrina et scholæ Parisiensis disciplina constanter permansurum. Interea priuetur omnibus scholæ emolumentis, erogandis, Nosocomii pauperibus. Huic decreto si intra semestre non rite satisfaciat, e doctorum regentium catalogo expungatur, et omnibus scholæ emolumentis, et ornamentis, Academiæque privilegiis spolietur. Hortatur omnes Academias, ut eodem sint animo adversus talia opinionum portenta. Hoc decretum in commentarios facultatis referatur, et typis excudatur, ut omnes atque adeo posteri intelligant, Medicorum Parisiensium scholam nihil antiquius habere, quam ut antiqua et vera medendi ratio retineatur, Hippocratis, Galenique doctrina, et vetus disciplina conseruetur illibata. Datum Lutetiæ in scholis superioribus, sub minore sigillo facultatis, die xxviij Ianuarii, Anno reparatæ Salutis humanæ, 1609.

Subsignavit, Cornuti, Decanus.

[Censure contre le livre de Me Pierre Le Paulmier, La Pierre philosophale des dogmatiques, extraite des commentaires de la Faculté de médecine.

Après avoir entendu le rapport des censeurs à qui elle avait confié la mission d’examiner l’opuscule que Maître Pierre Le Paulmier a publié sous le titre de La pierre philosophale des dogmatiques ; après avoir aussi entendu les réponses de ce même Le Paulmier, convoqué à cette fin par article spécial : le Collège des médecins de l’Université de Paris s’est régulièrement réuni pour condamner d’un consentement unanime ce livre plein d’erreurs, de tromperies, d’impostures et de mensonges, et pour le juger indigne d’être publié ; il a arrêté que, dans les six mois, par écrit public, Le Paulmier reconnaîtra les erreurs, tromperies, impostures et mensonges de cette sorte, et les reniera ; il s’engagera à demeurer constamment dans la fidélité à la doctrine d’Hippocrate et de Galien et à la discipline de l’École de Paris. En attendant quoi, il sera privé de tous ses émoluments de l’École qui seront distribués aux pauvres de l’Hôtel-Dieu. S’il ne satisfait pas selon les règles à ce décret dans le délai d’un semestre, il sera rayé du catalogue des docteurs régents, et dépouillé de tous les honneurs et émoluments de l’École, et des privilèges de l’Université. Il exhortera toutes les universités à rejeter pareillement de telles monstruosités d’opinion. Ce décret sera consigné dans les commentaires de la Faculté et imprimé, de sorte que tous ceux qui viendront après nous comprennent que l’École des médecins de Paris n’a rien qui remonte plus loin dans le passé que de préserver l’ancienne et véritable manière de remédier, par la doctrine d’Hippocrate et de Galien, et de conserver les vieux enseignements intacts. Fait à Paris dans les les hautes salles des Écoles, sous le petit sceau de la Faculté, le 28 janvier de l’an de grâce 1609.
Signé Cornuti, doyen].

Eodem momento Decanus decretum supra scriptum coram omnibus doctoribus assidentibus, qui illud tulerunt, pronuntiavit magistro Petro Palmario, qui respondit se facultatis decreto satisfacturum. Actum in scholis superioribus, die et anno supra scriptis.
Subsignavit Cornuti, Decanus.

[Au même moment, devant tous les docteurs présents, qui avaient adopté le décret ci-dessus, le doyen en a donné lecture à Me Pierre Le Paulmier ; il a répondu qu’il satisferait au décret de la Faculté. Accompli dans les hautes salles des Écoles, aux jour et an susdits.
Signé Cornuti, doyen].

Le Paulmier en appela devant le Parlement le 16 mars suivant, mais la Cour donna gain de cause à la Faculté le 9 juillet 1609 (O. in Panckoucke et Triaire). Guy Patin a cité ce litige en exemple dans sa plaidoirie contre Jean Chartier (v. note [6], lettre 273).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 28 mars 1643. Note 18

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(Consulté le 17.09.2019)

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