À Johannes Antonides Vander Linden, le 28 mars 1659
Note [2]

Guy Patin reprenait mot pour mot ce qu’il avait écrit à Christiaen Utenbogard dans sa lettre du 20 mars 1659.

V. notes [10], lettre 560, pour l’« Essai anatomique contre la circulation harveyenne du sang » de François ii Umeau (Poitiers, 1659), et [6], lettre latine 119, pour le livre de son grand-père, François i, « sur la rate » (Paris, 1578), avec la critique de Caspar Hofmann.

Ce second sujet m’a paru mériter d’aller regarder ce qu’en ont dit les deux autres anatomistes cités par Guy Patin.

  • André Du Laurens a cité Umeau dans la Quæstio xxv du livre vi de ses Opera omnia [Œuvres complètes] (édition de Guy Patin, Paris, 1628, v. note [3], lettre 13), page 355, De Lienis usu contra Galeni calumniatores [Sur l’utilité de la rate, contre les calomniateurs de Galien] :

    Pictauiensis quidam Medicus, Franciscus Vlmus, libello quem edidit de Liene, elegantissimo, nouum et inauditum Lienis usum commentus est. Vult præparari in Liene vitalem spiritum, id est, tenuissimum sanguinem, vitalis spiritus materiam, inde per Lienis Arterias in sinistrum Cordis sinum ferri, ibique cum aere misceri et perfici, perfectum in Arterias omnes, tanquam tubulos et aquæductus refundi. Rationibus satis validis et veri specie quadam adumbratis, nouum hoc dogma stabilit.

    [Un médecin poitevin, François Umeau, dans le très élégant opuscule qu’il a publié sur la Rate, a conçu une fonction nouvelle et inédite de la rate. Il veut qu’y soit préparé l’esprit vital, c’est-à-dire le sang très délié qui est la substance de l’esprit vital, lequel serait de là transportée par les artères spléniques dans la cavité gauche du cœur, pour y être mêlé à l’air et parachevé, puis une fois dans cet état, se répandre dans toutes les artères, comme autant de tubules et d’aqueducs. Il appuie ce dogme nouveau sur un raisonnement assez solide et dépeint avec quelque apparence de vérité].

  • Dans son Anthropographia [Anthropographie] de 1649 (Opera anatomica vetera [Œuvres anatomiques anciennes], v. note [25], lettre 146), Jean ii Riolan a examiné l’hypothèse d’Umeau (livre ii, chapitre xxiii, De Liene, pages 134‑135) :

    Galeni sententiam Franciscus Vlmus multis rationibus destruxit, quibus Laurentius non satisfecit. […]

    Vlmus diligens et fervidus est in refellenda Galeni opinione, sed frigidus in sua confimanda. Nam ut probet Lienem sanguinis arterialis officinam, docet arteriosum sanguinem spiritu et humore constare, spiritus materiam, aërem in Pulmonibus præparari, priusquam ad lævum Cordis Ventriculum accedat ; ideoque humorem pari elaboratione indigere, quæ fit in Liene venis et arteriis innumeris frondose implicito. Siquidem Natura nunquam istos plexus efformare solet, sine alicuius præparationis maxima necessitate

    [François Umeau a opposé quantité de raisons contre la sentence de Galien, {a} mais elles n’ont pas satisfait Du Laurens. (…)

    Umeau met diligence et ardeur à réfuter l’opinion de Galien : pour prouver que la rate est l’officine du sang, il enseigne que le sang artériel est composé d’esprit et d’humeur ; que la matière de cet esprit est l’air procuré dans les poumons, avant qu’il ne parvienne au ventricule gauche du cœur ; et que cette humeur a donc besoin d’une préparation égale à celle qui se fait dans la rate où s’entortille un réseau touffu d’innombrables veines et artères ; étant donné que la Nature n’a jamais coutume de former de tels plexus sans nécessité absolue d’opérer une telle préparation]. {b}


    1. Selon laquelle la principale fonction de la rate est d’accumuler l’atrabile.

    2. Dans ce qui suit, Riolan cherche à modérer l’hypothèse d’Umeau, qu’il jugeait exagérée, pour conclure :

      Nunc autem legitimum Lienis officium exponamus, quod est hæmatosi opitulari.

      Exposons toutefois maintenant la légitime fonction de la rate, qui est de contribuer à la fabrication du sang].


Toutes ces spéculations étaient erronées : dans les circonstances normales, la rate n’a plus de fonction hématopoïétique après la naissance, et le sang ne se forme alors ni dans le foie ni dans le cœur, mais dans la moelle des os (v. note [1], lettre 369).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Johannes Antonides Vander Linden, le 28 mars 1659. Note 2

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(Consulté le 25.01.2022)

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