À Charles Spon, le 14 septembre 1643
Note [3]

Préadamites est le nom donné aux hommes qui ont vécu avant Adam, dans le système du préadamisme qui admet l’existence de deux Créations : la première est la Création générale, qui a été l’origine du monde physique, où l’homme existe déjà dans toutes les parties du Globe ; la seconde Création consiste simplement dans le choix par Dieu d’un peuple particulier, le peuple juif, dont Adam fut le premier père. Le Déluge n’a submergé que la Judée et il suit de là que toutes les races humaines ne descendent pas de Noé. Les gentils, antérieurs à la seconde Création, n’ont pu être détruits par Dieu à cause de leurs péchés car, n’ayant pas de lois positives données par Dieu, ils ne commettaient pas de péchés. Les Chaldéens, les Égyptiens et les Chinois sont beaucoup plus anciens qu’Adam.

Guy Patin faisait ici l’annonce, anticipée de 12 ans (v. note [30], lettre 401), des Præadamitæ, sive exercitatio super versibus duodecimo, decimotertio et decimoquarto, capitis quinti Epislolæ D. Pauli ad Romanos, quibus indicuntur primi homines ante Adamum conditi [Les Préadamites ou exercice sur les versets 12, 13 et 14 du chapitre v de l’épître de saint Paul aux Romains, où il est indiqué que de premiers hommes ont été créés avant Adam] (sans nom d’auteur, ni de lieu [Amsterdam], ni d’imprimeur [Daniel et Louis Elsevier], 1655, in‑12o, Gallica ; sans dédicace). Les trois versets cités disent :

« Voilà pourquoi, de même que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort a passé en tous les hommes, du fait que tous ont péché ; car jusqu’à la Loi il y avait du péché dans le monde, mais le péché n’est pas imputé quand il n’y a pas de loi ; cependant la mort a régné d’Adam à Moïse même sur ceux qui n’avaient point péché d’une transgression semblable à celle d’Adam, figure de celui qui devait venir. »

Effectivement connu des lettrés dès 1643 (v. note [5], lettre 402), le livre des préadamites excita en Europe une polémique violente. Le Parlement de Paris le condamna au feu en 1655 et son auteur, Isaac de La Peyrère, fut arrêté à Bruxelles l’année suivante (v. note [5], lettre 452). Il se rétracta en abjurant le protestantisme et fut relâché avec l’appui du prince de Condé. Dans sa lettre du 20 novembre 1656 à Hugues de Salins, Patin, à propos de Caïn et Abel, a ajouté une autre justification biblique à la cause des préadamites (v. note [8] de cette lettre).

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 14 septembre 1643. Note 3

Adresse permanente : //www.biusante.parisdescartes.fr/patin/?do=pg&let=0093&cln=3

(Consulté le 22.01.2020)

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