À Charles Spon, le 1er mars 1650
Note [62]

« La saignée de la saphène {a} est-elle meilleure que celle de la basilique {b} pour la fièvre puerpérale, ainsi que pour l’évacuation des lochies ? » {c}.


  1. À la cheville, v. note [22], lettre 544.

  2. Au bras, v. note [3], lettre 144.

  3. Thèse numérisée sur Medica.

    Sa dernière phrase met en avant les avantages débattus (v. note [3], lettre latine 102) de la saignée saphène :

    Neque vero saphena priuatas tantum sedes, sed et publicas consequenter exhaurit : hoc docet Stymargi famula Idumæa, cuius corpus universum cum tremores occupassent, propter reflua partus purgamenta, illam, secta ad malleolum vena, sanauit diuinus Senex : illa est insuper non soli utero, sed et coxendixi, ischiadi, vesicæ et renibus leuandis peridonea.

    [En vérité, la saphène ne draine pas seulement les parties intimes, mais aussi les parties communes. C’est ce qu’enseigne la servante de Stymargès, qui était native d’Idumée : {i} des tremblements lui agitaient tout le corps, en raison des vidanges de son accouchement ; le divin Vieillard la guérit après l’avoir saignée à la cheville. {ii} Outre l’utérus, cette veine est parfaitement adaptée au soulagement de la sciatique, de la hanche, de la vessie et des reins].

    1. L’Idumée est une ancienne région de la Palestine (actuel Israël).

    2. Hippocrate, Épidémies, livre ii, fin de la quatrième section (Littré Hip, volume 5, page 127, § 5).

Cette thèse quodlibétaire (conclusion affirmative) avait été soutenue le 3 février 1650 par Michel Langlois (v. note [3], lettre 569) sous la présidence d’Armand-Jean de Mauvillain (v. note [16], lettre 336), dont c’était la première présidence (Baron) et dont Guy Patin se faisait déjà un ennemi.

Thomas Corneille a soigneusement défini les lochies :

« Grand flux de sang qui arrive aux femmes aprés l’accouchement, les lochies sont appelées par quelques-uns le sang des couches ou les vidanges de la matrice. Ce sang n’est pas pur, et on voit sortir avec lui au bout de trois jours une gelée séreuse qui rend le sang aqueux, {a} et semblable à des lavures grasses de chair. {b} Dans la suite il n’y a qu’une matiere visqueuse et une espèce de mucilage {c} qui sort avec peu ou point de sang. Les lochies consistent en ces trois liqueurs, savoir en sang pur, qui coule ordinairement pendant trois jours avec abondance ; en lavures de chair, qui selon les circonstances coulent quatre jours ou environ ; et le mucilage en dure cinq, six ou sept. La suppression des lochies est fort dangereuse et cause quelquefois l’apoplexie, et on a même l’exemple d’une accouchée que la purgation insuffisante de ses lochies fit tomber en frénésie ; mais si cette suppression est à craindre, le flux immoderé des lochies l’est encore plus. Il arrive souvent aprés les môles {d} ou le fœtus mort, et particulièrement dans les avortements et dans les accouchemens avant le terme, ou même dans le temps légitime, quand l’arrière-faix {e} est trop fortement attaché à la matrice. Les causes de cet excès sont tantôt le sang trop abondant ramassé pendant la grossesse dans les jeunes femmes d’un grand embonpoint, tantôt le sang trop séreux, aqueux et fluide, et tantôst les remèdes spiritueux et salins donnés pour avancer l’accouchement un peu difficile. Ces remèdes, étant agités et fermentant ensuite avec le sang, le font sortir avec plus d’impétuosité et d’abondance. Le mot de lochies est grec, ta lokhia. » {f}


  1. Qui empêche le sang de coaguler.

  2. Lavure : eau qui a servi à laver la vaisselle.

  3. Gelée visqueuse.

  4. V. note [21], lettre 419.

  5. V. note [2], lettre de François Rassyne, datée du 27 décembre 1656.

  6. Lochiaen latin, Λοχεια en grec, est une épithète de Diane (Artémis, v. notule {a}, note [16] du Borboniana 5 manuscrit), déesse qui présidait à l’accouchement.

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x Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – À Charles Spon, le 1er mars 1650. Note 62

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(Consulté le 13.08.2022)

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