Autres écrits : Ana de Guy Patin :
Borboniana 7 manuscrit, note 9.
Note [9]

« “ sur la mort de Peregrinus ”. Voyez le Lucien édité par Jen Benoît, {a} tome 2, page 756, dans l’argument, {b} et page 766, {c} et tome 1, page 879. » {d}


  1. Cette addition marginale du Borboniana renvoie à trois passages des Luciani Samosatensis Opera omnia [Œuvres complètes de Lucien de Samosate] éditées par Jean Benoît (Saumur, 1619, deux tomes in‑8o, v. note [5], lettre 774).

    J’ai aussi consulté la traduction française de Nicolas Perrot d’Ablancourt (Paris, 1654, v. supra note [8]), mais seulement pour mémoire parce que celle d’Eugène Talbot (Paris, Hachette et Cie, 1912, 2 tomes in‑16) est beaucoup plus fidèle au texte grec.

  2. L’Argumentum de « La mort de Peregrinus » n’est pas un texte de Lucien, mais un préambule de Jean Benoît (tome 2, page 756). Il y résume la vie et les idées de Peregrinus (Peregrinos), dit Protée, philosophe grec du iie s. Converti au christianisme, ses coreligionnaires le chassèrent de leur communauté en raison de ses thèses tenues pour hérétiques :

    Insectatur hic Lucianus, arrogantiam et insanam gloriæ cupiditatem, præcipue Philosophorum, ut cuius gratia plerique omnia audeant. Atque eius rei exemplum, Peregrini huius mortem describit, qui ut famam aliquam sui relinqueret, in Olympiis constructo rogo, seipsum in ignem ultro coniecerit, atque ita extinxerit. Quanquam autem potissimum ea commemorat, quæ circa mortem illius acta sunt, id quod etiam inscriptio ac titulus pollicentur, interim tamen et vitam eiusdem, et facinora persequitur, a quibus progressus ille, ad hoc genus studiorum postremo sese contulerit, et hoc sub aliena persona, a qua ipsum etiam modum et caussam mortis, in qua præcipue nitebantur sectatores illius, refelli ac refutari facit. Nimirum ut eam invidiam a seipso removeret. Apparet enim illis tum temporibus Peregrini nomen, non ita vile apud multos fuisse, præsertim imperitiores, quibus facti huiusce novitas admirationem incusserat. Quemadmodum et ex A. Gellio animadvertere licet, qui ipse quoque honorificam illius mentionem facit libro 12, cap. 11. Cæterum fuit hic Peregrinus, philosophus quispiam ex severioribus illum Stoicæ disciplinæ professoribus (Lucianus Cynicum videri vult) patria Parianus, ex Ponto, temporibus Traiani vivens, æqualis Epicteto, Dioni, Musonio, etc., quem se Gellius vidisse quoque ait, Athenis extra urbem in tugurio quodam habitantem. A principio Christianorum quoque religionem aliquandiu secutus fuit, sed mox ad philosophiam relapsum, ab illis, ut Luciano placet, propter ritus ipsorum neglectos atque præteritos, repudiatus.

    [Lucien s’attaque ici à l’arrogance et au désir insensé de gloire qu’on rencontre surtout chez les philosophes, et qui poussent la plupart d’entre eux à commettre toutes les audaces. Pour illustrer cela, il décrit la mort de ce Peregrinus qui, lors des Jeux olympiques, pour s’acquérir quelque réputation posthume, fit édifier un bûcher, se précipita dans le feu et y périt. Comme le promet le titre de son récit, Lucien relate principalement cet événement, mais il s’attache aussi à la vie et aux forfaits de ce personnage : d’où il est venu ; à quel genre d’études il s’est ensuite consacré, et ce sous une autre identité ; à quoi ont tenu les modalités et la cause de sa mort ; sur quoi s’appuyèrent principalement ses sectateurs. Lucien décrit toutes ces choses pour les contredire et les réfuter, et assurément pour s’affranchir lui-même de toute accusation de jalousie à l’égard de Peregrinus. Il est en effet clair que, pour bien des gens, surtout des ignorants, le renom que ce personnage s’est acquis de son vivant n’était guère méprisable, car la nouveauté de ce qu’il a fait leur a inspiré de l’admiration. Il est par exemple permis de prendre garde à Aulu-Gelle qui mentionne honorablement Peregrinus au chapitre 11 du livre xii. {i} Du reste, ce philosophe fut l’un de ceux qui professaient la doctrine stoïque (Lucien veut le faire paraître cynique). Il était originaire de Parion, dans le Pont, et a vécu au temps de Trajan, contemporain d’Épictète, de Dion, de Musonius, etc. {ii} Aulu-Gelle dit aussi l’avoir vu à Athènes, où il demeurait dans une espèce de chaumière hors les murs de la ville. {i} Initialement, il a suivi quelque temps la religion des chrétiens, mais il est bientôt retourné à la philosophie après que, selon Lucien, ils l’eurent chassé de leurs rangs pour avoir négligé et omis leurs rites].

    1. Aulu-Gelle, Nuits attiques, loc. cit. :

      Philosophum nomine Peregrinum, cui postea cognomentum Proteus factum est, virum gravem atque constantem, vidimus, cum Athenis essemus, deversantem in quodam tugurio extra urbem. Cumque ad eum frequenter ventitaremus, multa hercle dicere eum utiliter et honeste audivimus. In quibus id fuit, quod præcipuum auditu meminimus. Virum quidem sapientem non peccaturum esse dicebat, etiamsi peccasse eum dii atque homines ignoraturi forent. Non enim pœnæ aut infamiæ metu non esse peccandum censebat, sed iusti honestique studio et officio. Si qui tamen non essent tali vel ingenio vel disciplina præditi, uti se vi sua ac sponte facile a peccando tenerent, eos omnis tunc peccare proclivius existimabat, cum latere posse id peccatum putarent inpunitatemque ex ea latebra sperarent. “ At si sciant, inquit, homines nihil omnium rerum diutius posse celari, repressius pudentiusque peccabitur. ” Propterea versus istos Sophocli, prudentissimi poetarum, in ore esse habendos dicebat :

      Προς ταυτα κρυπτε μηδεν, ως απανθ’ ορων
      Και παντ’ ακουων, παντ’ αναπτυσσει χρονος.

      Alius quidam veterum poetarum, cuius nomen mihi nunc memoriæ non est, “ Veritatem Temporis filiam esse ” dixit.

      [Pendant mon séjour à Athènes, j’ai vu le fameux philosophe Peregrinus que, dans la suite, on surnomma Protée, homme grave et constant, qui habitait une espèce de chaumière hors des murs de la ville. Je lui ai souvent rendu visite et, par Hercule ! l’ai entendu tenir maints propos honnêtes et utiles. Entre autres, disait-il, un homme sage ne fautera pas, quand bien même les dieux et les hommes ignoreraient qu’il a fauté. Il jugeait en effet que ce qui empêche de fauter n’est pas la crainte de la punition ou de l’infamie, mais le souci et devoir de justice et d’honnêteté. Cependant, si leur intelligence ou leur instruction ne prédisposaient pas simplement les gens à ne pas fauter naturellement et spontanément, ils seraient profondément enclins à fauter, en pensant pouvoir cacher leur faute et en espérant que cette excuse leur conférerait l’impunité. « Mais, disait-il, si les hommes savent qu’absolument rien ne peut demeurer très longtemps caché, ils mettront plus de retenue et de prudence à pécher. » Il ajoutait qu’il fallait donc avoir à la bouche ces vers de Sophocle, le plus sage des poètes :

      N’espérez pouvoir rien cacher,
      le temps voit, entend et dévoile tout
      .

      Un autre poète ancien, dont le nom m’échappe sur l’instant, dit que « La vérité est la fille du temps »].

    2. Parion était une ville de Mysie, dans le Pont (v. note [48], lettre 348). Trajan a régné de 98 à 117 (v. note [2], lettre 199). Le philosophe grec Épictète (v. note [2], lettre 530), l’historien Dion Cassius (v. note [35] du Borboniana 6 manuscrit) et le philosophe stoïcien romain Musonius Rufus étaient contemporains de Peregrinus.
  • Dans Benoît, la page 766 du tome 2 correspond aux § 15‑16 de « La mort de Peregrinus ». Le philosophe est accusé d’avoir tué son père en l’étouffant, et revient imprudemment à Parion (Perrot d’Ablancourt, tome 2, pages 421‑422, et Talbot, tome 2, pages 388‑389) :

    « § 15. Ainsi l’effervescence n’était point calmée, mais l’accusation devenait imminente, et il allait avant peu s’élever quelque orateur contre lui. Le peuple témoignait hautement son indignation : on plaignait ce bon vieillard, que tout le monde connaissait, d’avoir été si affreusement mis à mort. Mais voyez comment le prudent Protée trouve moyen de parer à tout et d’éviter le danger : il s’avance dans l’assemblée de ses compatriotes, les cheveux longs, enveloppé d’un mauvais manteau, une besace sur l’épaule, un bâton à la main, en vrai costume de tragédie ; affublé de la sorte, il déclare qu’il leur abandonne tout le bien que lui a laissé son vénérable père, qu’il en fait un don public. À ces mots, tout le peuple, gens pauvres et toujours avides de largesses, se met à jeter des cris : “ Vive le philosophe ! vive le patriote ! vive le rival de Diogène et de Cratès ! » {i} Cependant, les ennemis de Peregrinus ont la bouche close, et si quelqu’un eût essayé de parler du meurtre, il eût été lapidé sur-le-champ.

    § 16. Peregrinus reprend donc sa vie errante, accompagné dans ses courses vagabondes par une troupe de chrétiens qui lui servent de satellites et subviennent abondamment à ses besoins. Il se fit ainsi nourrir pendant quelque temps ; mais ensuite, ayant violé quelques-uns de leurs préceptes (on l’avait vu, je crois, manger de la viande prohibée), il fut abandonné de son cortège et réduit à la pauvreté. Il imagine alors, en manière de palinodie, de redemander à sa ville natale la donation qu’il lui avait faite, et il présente à l’empereur une requête à l’effet d’obtenir que ses biens lui soient restitués sur son ordre ; mais ses compatriotes avaient, de leur côté, envoyé une députation qui rendit sa réclamation inutile, et il fut sommé de laisser les choses dans l’état où elles étaient, vu que sa donation était toute volontaire. »

    1. V. note [5], lettre latine 137, pour Diogène le Cynique, dont Cratès de Thèbes fut un disciple (au ive s. av. J.‑C.).

  • Toujours dans Benoît, la page 879 du tome 1 appartient au § 25 du traité Alexander seu Pseudomantis [Alexandre ou le faux prophète], histoire d’un faux prophète contemporain de Lucien ; Perrot d’Ablancourt ( tome 1, pages 533‑534) et Talbot (tome 1, pages 463‑464) :

    « Déjà cependant plus d’un homme sensé, se réveillant comme d’une profonde ivresse, commençait à s’élever contre l’imposteur, et notamment tout ce qu’il y avait de sectateurs d’Épicure : insensiblement, l’on perçait à jour, dans les villes, tout ce charlatanisme et cet appareil de comédie. Alors, pour servir d’épouvantail à ses ennemis, il s’écria dans un oracle que le Pont était rempli d’athées et de chrétiens qui osaient blasphémer indignement contre lui ; il ordonnait de les chasser à coups de pierres à tous ceux qui voudraient se rendre le dieu propice. Au sujet d’Épicure, il rendit un oracle à peu près en ces termes : quelqu’un lui ayant demandé ce que ce philosophe faisait dans les enfers, il répondit “ Chargé de chaînes de plomb, il est assis dans un bourbier ”. Sois étonné ensuite de la gloire à laquelle son oracle s’était élevé, quand tu vois de la part des visiteurs des questions aussi ingénues et aussi profondes ! Au surplus, il avait déclaré à Épicure une haine implacable et sourde ; et l’on comprend bien pourquoi : à quel autre, en effet, un fourbe, un charlatan, ami des prestiges, ennemi du vrai, peut-il déclarer la guerre à juste titre qu’à Épicure, dont l’œil perçant pénétrait la nature de toutes choses, et qui seul connaissait réellement la vérité ? À l’égard des disciples de Platon, de Chrysippe ou de Pythagore, {i} ils étaient les amis d’Alexandre, qui vivait avec eux dans une paix profonde. Mais “ l’inflexible ” Épicure, c’est la qualité qu’il lui donnait, était son ennemi acharné, parce qu’il apprend avec raison à tourner tous ces sortilèges en ridicule et en plaisanterie. »

    1. Philosophes déistes, opposés à l’athéisme d’Épicure (v. note [9], lettre 60).

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    Correspondance complète de Guy Patin et autres écrits, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Autres écrits : Ana de Guy Patin :
    Borboniana 7 manuscrit, note 9.

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    (Consulté le 22/05/2024)

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