L. 373.  >
À Claude II Belin, le 10 octobre 1654

Monsieur, [a][1]

Je vous remercie derechef de la bonne chère qu’avez faite à mon fils, [2] il est de présent à Châlons. [3] Laissons là, au nom de Dieu, les médecins de Montpellier : [4] qu’ils se défendent comme ils pourront, je ne vous en écrirai plus, alienam litem non facio meam[1] Votre beau-frère M. Gérard [5] a été ici fort malade d’une dysenterie [6] cruelle quæ adhuc perseverat[2] et n’est point encore hors de danger ; paulo tamen melius habet et magna salutis spes affulget[3] Le pape [7] est mort le 25e de septembre. On ne sait au vrai où peut être le cardinal de Retz. [8] Le roi [9] est à La Fère [10] ubi Cardinalis Maz. ποδαγρικον τι patitur[4][11][12] Je baise les mains à monsieur votre fils [13] et le prie de m’excuser si je ne lui écris, je le remercie de ses deux lettres latines. Le nouveau professeur de Montpellier est fait, il me semble qu’on le nomme M. de Loÿs : [14] la femme du gouverneur de Montpellier l’a fait préférer aux autres contendants qui s’en sont désistés pour la peur qu’on leur en a faite. [5] Ce Perreau [15] dont monsieur votre fils m’a envoyé la lettre, était un médecin de Tonnerre, [6][16] père de M. Perreau, [17] dont on imprime ici le livre contre l’antimoine ; [7][18] il n’y en a plus que six feuilles à faire, mais on ne trouve point ici d’ouvriers. Pour l’épigramme de six vers contre l’Antimoine triomphant du Gazetier[19][20] je vous l’envoie, il a été fait céans dans mon étude par M. Ogier le prieur. [8][21] Nous avons ici plusieurs docteurs qui travaillent sur la controverse de l’antimoine : [22] un pour ce poison, qui est payé et soudoyé de la cabale, et trois contre ; mais c’est folie d’écrire plus ni pour, ni contre, il est ici tellement décrié que personne n’en veut entendre parler s’il est tant soit peu soigneux de sa santé. On imprime ici la vie de feu M. d’Épernon, [9][23] qui sera quelque chose de fort beau. Je m’en vais être professeur du roi [24] à la place de M. Riolan [25] qui me donne sa charge. [10][26] Tout est expédié, je n’en attends que mes lettres qui sont au sceau et que M. le garde des sceaux [27] m’a promis d’expédier lundi prochain ; et dès le lendemain, j’en prêterai le serment. Je me recommande à vos bonnes grâces et suis, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

Guy Patin.

De Paris, ce 10e d’octobre 1654.


1.

« je ne fais pas mienne la querelle d’autrui. »

2.

« qui avait duré jusqu’ici ».

3.

« il y a pourtant un peu de mieux et un grand espoir de salut se met à luire. »

4.

« où le cardinal Mazarin souffre de quelque podagre [podagrikon, goutte du pied (v. note [30], lettre 99)]. » V. note [37], lettre 372, pour le faux bruit insistant que Guy Patin colportait sur la mort du pape Innocent x.

5.

Contendant : « qui aspire à quelque chose, qui la plaide, qui la dispute contre un autre » (Furetière).

La chaire professorale qui était alors en débat à l’Université de médecine de Montpellier était celle de Jacques Duranc, mort en 1652 ; l’affaire ne fut résolue qu’en 1659, avec la nomination de Michel Chicoyneau.

Dans sa liste des docteurs et professeurs de Montpellier au xviie s., Dulieu mentionne un certain François Loya ou Loÿs (écrit Loüis par Guy Patin) qui pourrait correspondre : « N’est connu que par sa participation au concours ouvert en 1638-1639 à la mort de Georges Scharpe et de Jean Delort. Ne figure pas dans les registres de l’École […] a échappé aux sagaces recherches de A.C. Germain. » Il a publié Quæstiones duodecim e medicina depromptæ… [Douze questions puisées dans la médecine…] (Montpellier, Jean Pech, 1638, in‑4o), qui sont celles qu’il disputa du 6 au 8 juin 1638 pour concourir sans succès au professorat. Peut-être Loÿs fit-il une nouvelle tentative en 1654, mais alors elle échoua encore, contrairement à ce qu’en disait Guy Patin.

6.

Tonnerre, ville et comté aux confins de la Champagne et de la Bourgogne (dans l’actuel département de l’Yonne), se situe à 35 kilomètres à l’est d’Auxerre.

7.

Jean Perreau était le père de Jacques, dont le Rabat-joie de l’Antimoine triomphant était en cours d’impression (v. note [3], lettre 380) ; il avait été licencié mais non docteur de la Faculté de médecine de Paris (v. note [24], lettre 662, pour quelques détails complémentaires sur lui).

8.

V. notes [21], lettre 312, pour LAntimoine justifié… d’Eusèbe Renaudot, et [29], lettre 335, pour l’épigramme de François Ogier à son sujet.

9.

V. note [16], lettre 349.

10.

Ce don n’était pas gratuit : v. note [29], lettre 372, pour les 4 000 livres que Guy Patin ne se vantait pas de devoir payer à la mort de Jean ii Riolan.

a.

Ms BnF no 9358, fo 154, « À Monsieur/ Monsieur Belin,/ Docteur en médecine,/ À Troyes. » ; Reveillé-Parise, no cxxv (tome i, pages 212‑213).


Correspondance complète et autres écrits de Guy Patin, édités par Loïc Capron. – Paris : Bibliothèque interuniversitaire de santé, 2018. – Lettre de Claude II Belin à Guy Patin, le 10 octobre 1654.
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(Consulté le 07.10.2022)

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